Archive pour mai 2004

Station Fabre

Vendredi 7 mai 2004

p_metrocritique_0504.gifSituation géographique
Sur la ligne bleue, cette jeune station a été inaugurée en 1986. Nommée à la mémoire d’un obscur monseigneur Édouard-Charles Fabre (1827-1896), elle est située sur la rue Jean-Talon, dans l’est. Tout près, il y a des choses normales comme des banques, des dépanneurs et des duplexes. Il y a aussi une église qui se nomme Notre-Dame-de-la-Consolata et qui, en 1953, devait être très avant-gardiste et qui, aujourd’hui, ressemble à une aréna tout à fait jolie et chrétienne. C’est une sorte d’hybride Sport et Foi, et ça vaut un peu le détour si vous avez du temps.

Climat
Bon.

Architecture et décoration
Pimpant. Les murs sont recouverts de panneaux en forme de morceaux de puzzle, colorés vert bleu pour la section de la sortie vers l’est et mauve et rose pour la section vers l’ouest. J’aime beaucoup ce genre de concept de «clôture» chromatique, pas que je pense que c’est UTILE et que les gens se servent VRAIMENT du code de couleur dans la vraie vie pour se DIRIGER, mais je trouve ça mieux que d’avoir mélangé toutes les couleurs partout pour rien…

C’est ordonné, et ça me plaît bien de voir un peu d’ordre dans ce monde généralement dominé par le chaos et même parfois l’horreur. Bref, de bien belles couleurs, c’est joyeux et ça fait penser à Pop Citrouille, même si Pop Citrouille, dans le fond, on ne s’en souvient pas beaucoup. Le plus fantastique, c’est cette incroyable idée du tube d’inox qui longe les murs, dans un splendide jeu de courbes et de droites, et qui sert aussi de support aux bancs. Décoratif, utile, pertinent et véritable précurseur des appuis ischiatiques: magnifique. Lorsqu’on monte vers les sorties, il y a les plafonds en structures de béton au motif triangulaire impressionnant, l’espace s’ouvre, de jolis luminaires ronds… Tout est charmant, même si c’est un peu gris et sale.

Clientèle
À voir l’état des murs, un ratio élevé de gens qui ne sortent jamais sans leur canif ou leur petit objet qui gratte bien vont y faire leur tour: des écoliers, des gens que la beauté n’émeut pas, du style qui aiment piétiner les fleurs dans les jardins l’été, des êtres mauvais, mais sûrement aussi plein d’autres gens désolés comme moi.

Constat final
Excellent, malgré le défraîchi et un peu de crasse, réjouissant. Seule choses triste: la porte automatisée sortie Fabre… Note: 8.5/10

L’Association du Sucre

Vendredi 7 mai 2004

p_association_0504.gifDescription

Fondée en 1943, l’Association du Sucre (Sugar Association) regroupe les membres de l’industrie américaine du sucre. Elle a comme mission de promouvoir la consommation du sucre dans le cadre d’une alimentation et d’un mode de vie sains, à travers l’utilisation de données scientifiques.

Des données scientifiques, hein?

Oui. L’Association du Sucre les utilise pour «éduquer les professionnels de la santé, les médias, les responsables gouvernementaux et le grand public sur les bienfaits du sucre».

Ça sonne pas mal lobby, me semble.

Vous êtes très perspicace. Effectivement, les bureaux de l’Association du Sucre sont situés à Washington. Ce qui aurait été utile l’an dernier, quand l’Association songeait à demander au Congrès de couper les vivres à l’Organisation mondiale de la Santé, qui reçoit chaque année 406 millions du gouvernement américain.

Pourquoi?

Dans ses nouvelles recommandations pour combattre l’obésité, l’OMS précisait que les sucres ajoutés aux aliments ne devraient pas constituer plus de 10 % d’une diète équilibrée.

Ce qui correspond à...?

Eh bien en supposant que vous consommez 2000 calories par jour, les sucres ajoutés devraient fournir un maximum de 200 calories. C’est l’équivalent de 13 cuillères à thé de sucre. Or, vous en aurez déjà absorbé 12 en buvant une seule canette de ce cola de marque populaire.

Wow. Il n’en reste plus beaucoup pour les autres aliments sucrés…

Vous avez tout compris.

Et alors que proposent-ils aux 61 % d’Américains qui ont un surplus de poids ou qui souffrent d’obésité?

L’industrie prétend qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur le rôle du sucre dans l’obésité et que la solution passe par l’activité physique. Toujours proactive, l’Association du Sucre propose d’ailleurs, sur son site web, le très cardio-vasculaire jeu «Jean dit» pour faire bouger nos jeunes.

Mise à part toute cette propagande, y a-t-il quelque chose d’intéressant sur le site?

Honnêtement, non. Consultez la foire aux questions (http://sugar.org/facts/questions.html), si vous voulez vraiment savoir comment ramollir de la cassonade pognée en pain. Ou pour écœurer vos amis en leur disant que le sucre brut qu’on trouve dans les petits sachets bruns n’est pas meilleur pour leur santé: il fait juste mal se dissoudre.

Site web: www.sugar.org

Comme Mozart avec un gun

Vendredi 7 mai 2004

p_nouvelle_0504.gifVoici, ô Prétendants, l’épreuve qui vous est proposée. Je vous apporte le grand arc du divin Odysseus. Celui qui, de ses mains, tendra le plus facilement cet arc et lancera une flèche à travers les douze haches, je le suivrai…
L’Odyssée, chant 21

J’avais trouvé un gun et j’avais décidé de l’utiliser dans un projet artistique. L’idée m’était venue pendant que Sixtoo était aux platines, au lancement de Antagonist Survival Kit, et que derrière moi j’avais entendu Pénélope dire «C’est en se servant de ce qu’on connaît qu’on fait le meilleur art». C’est elle qui m’avait appris que tuer un homme pouvait être un art zen. Son art à elle, c’était la mode. C’est pour ça qu’elle s’habillait comme ça.

À l’époque, les Russes de Little Odessa essayaient de s’emparer du marché montréalais de l’héroïne. Pendant des mois, j’avais habilement épié une bande de trafiquants de l’Est de la ville, et j’avais fini par trouver l’entrepôt où ils gardaient leur stock. Puis, une nuit, j’y ai mis le feu.

Plus tard cette nuit-là, trois membres de la bande ont décidé de se rencontrer pour discuter de ce qu’ils devraient faire. Ils se sont rejoints au Bily Kun à 23h, puis se sont assis sur la banquette en demi-cercle, sous le booth du DJ. Je m’en souviens très bien parce que le barman, avec qui je bavardais pour passer le temps, venait de me demander «Est-ce que la raison peut faire mieux que donner de l’éloquence aux préjugés?». Les barmen sont très philosophes, au Bily Kun.

J’ai pris congé des rêvasseries épistémologiques du barman. En sortant, j’ai donné 50 $ à une serveuse pour qu’elle apporte un paquet-cadeau aux gars. Du trottoir, à travers la fenêtre, je l’ai vue aller le porter. Dans la pénombre du bar, l’emballage holographique argenté, comme vivant, semblait vibrer au rythme de la musique et de la lumière vacillante des chandelles sur les tables.

Le paquet contenait quatre choses :1) Un exemplaire de Kid A, le disque de Radiohead. C’était un élément d’authentification qui avait une signification spéciale pour mon employeur. Je ne peux pas en dire plus. C’était semblable à ce qu’on voit dans les films, quand le chef de la bande dit «Assurez-vous de lui tirer une balle dans la tête. C’est notre signature. Une balle dans la tête»; 2) Le gun que j’avais trouvé, auquel j’avais enlevé le percuteur; 3) Un Polaroid de l’intérieur de l’entrepôt juste avant l’incendie, qu’eux seuls pourraient reconnaître; 4) Une note leur étant adressée: «Venez me rejoindre au Blizzarts, à 1h. Je porterai un T-shirt noir avec Dead as tekno inscrit dessus en lettres dorées. Apportez le gun. Signé: Hologramme».

Je les ai attendus au Blizzarts. À ce moment-là, il y avait au-dessus du bar une estampe japonaise que j’aimais contempler. La calligraphie était l’œuvre du maître zen Ikkyu et disait: «Aussi longtemps que de l’air entre dans vos poumons, un cadavre sur le bord de la route vous semble très différent de vous». J’étais assis, fumant une Gauloise, quand le set de DJ Maüs a commencé.

Pour passer le temps, j’ai réfléchi à ma vie. Je me suis perdu dans mes pensées, et les bruits du bar ont disparus. J’étais paralysé, comme hypnotisé par la fumée de ma cigarette. Je pensais à la moralité. À la différence entre le bien et le mal. Je n’avais pas l’impression d’être une bonne personne, mais j’étais un artiste, et une logique différente s’applique aux artistes. Pourriez-vous imaginer quelqu’un qui saurait comment bien agir, mais pour qui ce ne serait jamais le motif de ses actions? En d’autres mots, quelqu’un pour qui les exigences du bien et du mal ne seraient jamais une motivation? Je me suis dit qu’un homme devait faire plus que de se contenter de se donner des airs de moralité. Un homme devait agir en fonction de ce qu’il considérait être la bonne chose faire. Sauf que dans mon cas, la question avait toujours été: comment mon opinion de ce qui devait être fait était-elle reliée à mes motifs pour agir? Mes motifs étaient bons, mais mes actions étaient mauvaises. Pourtant, je faisais toujours ce qui devait être fait. J’avais appris à aller au-delà des notions de bien et de mal. À agir par nécessité. Sauf que…

Mes pensées ont été interrompues par l’apparition à mes côtés de Pénélope. En la voyant, j’ai repris conscience de la musique. En souriant, elle m’a dit: «Je te montre un truc avec un couteau, si tu me paies un verre». Je lui ai bien sûr payé un verre. Je me serais crevé les yeux, si elle me l’avait demandé. Elle a pris son verre sans dire un mot et s’est dirigée vers la piste de danse, disparaissant dans la foule.

Les gars de la bande sont arrivés à l’heure, mais le bar était bondé, et ça leur a pris du temps à me trouver. Je les voyais pousser les gens, à la recherche du t-shirt Dead as tekno. Quand ils m’ont trouvé, l’un d’entre eux a sorti le gun que je leur avais donné et ils m’ont tiré à travers la foule, jusque dehors. Puis, sans dire un mot, ils m’ont amené dans la ruelle derrière le Blizzarts. Le gun est resté collé contre moi tout ce temps-là.

Dans la ruelle, le gars avec le gun a dit qu’ils devraient me tuer tout de suite. Bien sûr, il ne savait pas que j’avais enlevé le percuteur. Sans percuteur, le gun était inutile, c’était juste un accessoire. Mais je pouvais voir que de le tenir lui donnait du courage. Avant qu’ils aient le temps de discuter plus en détails, je les ai poignardé à mort. Les trois. J’ai laissé leurs corps dans la ruelle. Les Russes pourraient venir les ramasser.

Je suis retourné au Blizzarts et j’ai lavé le sang sur mes mains. Qui que vous soyez, aussi fort que vous soyez, c’est toujours long, laver le sang sur vos mains. Après coup, alors que je me rassoyais au bar, DJ Maüs a mis un remix des Clash. La chanson numéro 6 de Combat Rock. Straight to hell. Presque imperceptible sous le beat, la phrase «Go straight to hell, boy» répétée dans une boucle infinie. Tout le bar dansait. J’ai levé mon verre à la DJ et, alors que nos regards se croisaient, elle a monté le son à un niveau assourdissant. «Go straight to hell, boy»… et je suis redevenu un simple groupie de DJ Maüs chantant les paroles d’un ingénieux remix des Clash. «Go straight to hell, boy»…

FIN


À Daoxin, de Little Odessa







Du grenier

DVD: Fur, un portrait imaginaire de Diane Arbus

Fur De Steven Shainberg Avec Nicole Kidman, Robert Downey Jr., Harris Yulin États-Unis, 2005 Que faire quand on est un jeune réalisateur sans talent?

Un tête-à-tête avec l’Opus Dei

Il n’y a pas si longtemps, je ne connaissais pas bien l’Opus Dei. Mais c'est chose du passé car tous

20 nouvelles que tu es sûr d'apprendre sur Twitter même si t'es terré dans le fin fond du Périgord

Une liste de mèmes twitéthiquement parlant pas «politically correct». 1. Que tel historien/personnalité/vedette/auteur est mort. 2. Que Dany Turcotte s'est ENFIN abonné

Recherche

RSS Articles
RSS Commentaires





Facebook P45