Quand je me réveille à l’auberge de jeunesse d’Austin, je réalise à quel point cette ville texane correspond à mon idéal urbain. Adossée au lac, l’auberge offre un isolement, un recul que seule une étendue d’eau peut offrir.
Le puceau
J’arrive à Austin, enrobé de cette fébrilité qui m’accompagne chaque fois que je débarque dans une ville inconnue.
L’indice
IMC. La première fois que ces trois lettres ont franchi le cap de mon attention, le docteur Béliveau, Mitsou et Stefano s’activaient dans une cuisine télévisée, un certain vendredi soir.
Essais infinis
On ne peut pas dire que je n’ai pas essayé. Environ deux fois par année, depuis au moins 15 ans, je tente le coup.
Conseils de King
Je déteste les conseils. Les manières de faire, les protocoles ou les recettes trop précises. Si un jour je m’automutile, ce sera avec les rebords d’un mode d’emploi.
Les gentils
Aux alentours de la Sorbonne, les petits cafés me déstabilisent complètement. Ils engourdissent ce qu’il me reste de rationnel, pour ainsi me transformer en loque de terrasses.
Dans un salon de Paris
Dans mon imaginaire, Paris s’est forgé une place subtile. Probablement dans une fissure entre les rêves et les fantasmes.
Le jeu belge
Il y a des choses qui nous suivent partout. C’est la troisième fois de ma vie que je mets les pieds en Europe. Et comme lors de toutes mes visites précédentes, y a un bouton qui m’a poussé sur le front.
Le prétexte du pedleur
J’ai connu un bonhomme assez ordinaire. Le genre de personnage où l’inscription «ne me faites pas confiance» pend à la chair de son deuxième menton. On l’appelait le pedleur.
Refuge d’hiver
Un drôle de sentiment m’envahit depuis quelque temps. Je ne sais pas si le mot «sentiment» traduit avec justesse mon état. J’hésite entre sentiment et maladie. Allons-y avec le premier, c’est moins cru et cela n’implique pas de guérison.
La fin justifie les moyens
C’est toujours la même histoire. Quand je dépose mon pied pas trop marin sur un bateau, je tangue vers l’inconnu, vers une douce incertitude bénéfique. Je largue les mares de questionnements qui enrobent ma tête et m’embarque vers un autre quelque part. Avec une extase toute singulière.
La perle et le petit bout
La Paz me fait un bien immense. Mon genou, lui, me fait mal. Un petit élancement le parcourt depuis quelques jours. Comme une cadence harmonique au niveau de la rotule, peut-être pour m’indiquer qu’il est temps de reprendre la route.
La règle
À la limite de l’insolation, j’entre dans un café pour me payer un genre de cappuccino glacé, sucré, pas bon. Trop sucré.
La Paix
Paix. Une petite syllabe. Une grande signification. Qui se termine par un «x», comme si on voulait mettre un bec à la fin d’un mot rempli de sens.
Sous le pont
En 2e année du primaire, je détestais mon enseignante. Elle avait les dents croches. Un point de beauté, comme une graine de toast sur un morceau de fromage, prenait naissance près de sa bouche pâteuse. Elle dégageait tout, sauf de la douceur.
Siesta
Je me réveille dans la même chambre que Sam. Celle que nous avons partagée dans le but d’économiser quelques pesos. Celle qui n’a pas beaucoup d’eau chaude. Et pas de serviettes.
Petit casque
Douze minutes de route. Douze millilitres de sueur. Douze crampes musculaires éparpillées entre les mollets et les horripilateurs. Sam et moi nous arrêtons pour un peu d’eau et quelques clichés.
Sam
Je donne rendez-vous à Sam dans 45 minutes, au petit bar qui a l’air le plus défraîchi de Loreto. Le moins accueillant.
La liste
Crème solaire, vélo, chiens errants, Coke froid. La liste de choses à faire de Mathieu Meunier.
Contraste
Mon voisin de siège me sert un regard paternel, réconfortant. Il me demande si c’est mon premier vol. Confus, légèrement surpris de cette affirmation, je lui réponds qu’en deux jours, ça doit être la huitième fois que me fesses épousent un siège d’avion.
La confiance
Peu importe la forme et la rugosité de la roche, il est toujours possible de s’y adosser confortablement. Si, et seulement si, elle fait face à la mer. Je suis arrivé à cette conclusion à Loreto, en ce début d’après-midi paresseux.
Coup de coeur
Quand j’ai franchi les limites de la charmante Mulege, j’ai eu le souffle court. Une douleur à la poitrine et un engourdissement latérale ont suivi. Je crois que ça s’appelle un coup de cœur. Ou un coup de foudre, sans la pluie.
De l’huile et des huîtres
J’ai pédalé les rues de Santa Rosalia et me suis senti bien. Tout de suite. À cause des voiliers, au loin, qui tanguaient doucement sur la mer de Cortez.
Les cure-dents
Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui. (Théodore Monod)
Le guerrier noir
L’histoire ne dit pas tout. Elle dit qu’il a quitté les États-Unis. Qu’il a laissé femme(s) et enfants. Qu’il roule sans arrêt depuis son départ. Qu’il a commis des niaiseries nébuleuses au pays de l’Oncle Sam. Nébulosités qui riment avec violence et conjugale. Mais l’histoire ne dit pas tout.
Coup de pouce
Je me sens fatigué de la face. Habitué à dormir sur des lits poussiéreux, qui grincent aux mouvements rotationnels de mes rêves, je m’éveille dans un décor princier, celui de l’hôtel de La Pinta.
La Pinta, ça va
Je ne sais plus vraiment combien il me reste d’argent. Moins qu’hier, pas plus que demain. (Je n’ai pas l’habitude de m’éterniser sur l’aspect monétaire des choses, mais je dois ici faire une parenthèse.
Manque (de peau, d’argent et de musique)
Sur mon index droit, jadis, il y avait de la peau. Aujourd’hui, il y a une plaie ouverte de la grosseur d’un peso, d’où jaillit un flux d’hémoglobine. C’est en changeant mon pneu avant que ce morceau épidermique est allé rejoindre les fourmis et les grains de sable. Un tout…
La pantoufle
Je roule dans le désert depuis bientôt deux heures.
Le vieil homme et la mer
Le vieil homme arrête sa Toyota et me demande si je veux bien embarquer. Heureux de l’offre, je grimpe dans son rafiot, mon nouveau pneu sous le bras, prêt à naviguer les rues en compagnie de ce drôle de capitaine.
Palmarès du boutte: une année de vélo sur la côte Ouest
Mathieu Meunier fait la route de Vancouver à la Terre de Feu à vélo, bout par bout. Il raconte son périple fidèlement aux lecteurs de P45 depuis novembre 2006, date de son départ.
Le chaos
J’aime bien le désordre et l’absence de perfection. Un petit chaos ne m’a jamais dérangé outre mesure.
Plan B
Le plan B. Ça peut signifier le nom d’une petite pilule utile quand certaines choses, dont la fonction première est de protéger, cèdent sous le poids d’une certaine excitation.
La lime et les ongles
Aussitôt arrivé à Playas de Tijuana, je déniche un restaurant qui me semble à la fois sympathique et hors contexte. Malgré tout, il est trop propre.
Le mur du son (et des odeurs)
Tijuana, land of the broken dreams Harry Manx
La bordure
Un jour, j’ai avalé un bloc Lego. Un petit. Un de ceux qui n’avaient que deux pitons.
Clowns et léger malaise
Suivie de près par la neuro-chirurgie, il y a une profession pour laquelle je porte une admiration sans bornes, c’est celle de clown. Je ne sais pas trop pourquoi.
Soif de Santa Barbara
On dit qu’une trop grande exposition aux soaps américains peut provoquer une légère dépendance.
Histoire de surf, de vin et de serin
Rien à faire, ça ne voulait pas lever.
Les boucles
Je quitte Big Sur en ne me demandant qu’une chose: pourquoi? Laisser derrière soi tant de beauté et de perfection, c’est comme embrasser son amoureuse avant de partir pour un long voyage.