Archive pour la catégorie 'Cinéma'

La définition du cinéma américain selon Bazzo.tv

Vendredi 22 février 2008

Les combats sont à la mode. L’un d’entre eux se déroulait cette semaine à Bazzo.tv où l’on tentait de consacrer le meilleur film américain de tous les temps. Mais qu’est-ce qu’un film américain?

Jeudi, le titre honorifique a été octroyé au Parrain II, défendu par Louis Champagne. Les autres panélistes étaient: Dany Laferrière (Annie Hall), Jean-François Lisée (Mr. Smith goes to Washington),Valérie Blais (The Shining) et Diane Lemieux (La liste de Schindler).

1. D’abord, tenez-le-vous pour dit, un film américain, c’est narratif et ça donne un feeling

«Il faut que l’histoire soit éternelle. Il faut que la narration soit bonne, que les acteurs soient attachants. Ou révoltants. Il faut qu’ils génèrent une émotion.»

Jean-François Lisée, lyrique.

2. Un film américain, c’est mieux quand c’est adapté d’un livre
— Annie Hall aurait gagné à être adapté d’un livre…
— Il y aurait eu encore plus de mots. Il ne faut pas pousser quand même.

Jean-François Lisée, littéraire.

3. Un film américain, ça réussit à être bavard tout en ayant plusieurs «changements de lieux»
«Il a tout fait de manière ambiguë dans ce film. C’est un film qui paraît bavard dans lequel, pourtant, il y a le plus grand nombre de changements de lieux qu’aucun des autres films. Ça bouge sans cesse dans l’extrait qu’on a vu. Ils étaient dans l’appartement. Ils sont dans la rue. Ils marchent pour parler avec des gens.»

Dany Laferrière, ambigu, à propos de Annie Hall.

4. Un film américain, il faut que ce soit mondial

«Je l’ai “revisionné” hier encore et je me disais: c’est bon, moi, j’adore ça! Mais c’est pas un public large, mondial.»

Valérie Blais à propos de Annie Hall.

5. Dans un film américain, il faut que le personnage dise «Je»

« Le seul personnage qui dit “Je” dans tout le cinéma américain, il s’appelle Woody Allen».

Dany Laferrière, cinéphile.

6. Un film américain, bien entendu, ça doit être «pas plate»

«Toute la première partie du film est assez plate et à la limite mal jouée.»

Jean-François Lisée, à propos de Shining.

7. Un film américain, ça ne comporte aucun piège

— Ça été un film important, mais il y a un piège: cette immigration qui est associée à la mafia. C’est…
— C’est comme Le Chaperon rouge, associé aux juifs avec les grands méchants loups.»

Diane Lemieux, l’âme politique, à propos du Parrain II.

8. Enfin, règle des règles, un chef-d’œuvre doit être un chef-d’œuvre AU COMPLET

— C’est un chef-d’œuvre au 3/4. C’est-à-dire qu’on a vraiment le chef-d’œuvre; le froid, l’enfermement et tout. Et dès qu’il a pris la hache, moi j’ai lâché.
— Mais comment voulez-vous tuer quelqu’un? Il faut bien que ça finisse dans le sang!
— Moi, la hache dans un film d’horreur, je lâche.
— Ah oui?
— Je trouve que c’est un cliché.

Danny Laferrière, prude, à propos de Shining.

Et en bonus, pour ceux qui maîtriseraient déjà les règles précédentes et qui voudraient aller (un peu) plus loin:

— C’est le petit frère, Michael Corleone, qui prend la place de son frère, John Cazale. Ce qu’on découvre à force de le voir, c’est que John Cazale est assis sur une chaise. C’est les décisions de Coppola… Sur une chaise molle, basse, qui rebondit.
— C’est vrai qu’il n’y a pas une telle chaise dans M. Smith

Louis Champagne expliquant à Jean-François Lisée une leçon de cinéma. (Louis que l’on remercie d’avoir tenté quand même de ramener le débat à des questions esthétiques; on parlait bien d’un art, non? Euh, non.)

Cinéma: Image et Nation: vous avez tout vu, vous êtes sûrs?

Vendredi 16 novembre 2007

Image et Nation est le festival international gay, lesbien, bisexuel et transgenre de Montréal (du 15 au 25 novembre), dont c’est la vingtième édition cette année.

C’est aussi le 3e festival cinématographique le plus couru en terme d’affluence au Québec. Une centaine de films et de courts-métrages qui tournent autour de la question queer, de la révolution culturelle et sexuelle à travers le monde. Vous vous dites: j’ai vu C.R.A.Z.Y et Brokeback Mountain, j’ai déjà tout vu. En êtes-vous sûrs?

Saviez-vous que…

1. Les gays norvégiens jouaient au handball? Ne soyez pas si choqués! (Hullabaloo, Kenneth Elvebakk, Norvège)

2. Des jeunes Israëliens gauchistes, amateurs de Star Académie et de raves, pouvaient aider un séduisant Palestinien clandestin, mais que leur bonne volonté a des limites? (Bubbles, Eytan Fox, Israël)

3. On peut se moquer avec une certaine tendresse de la fixation qu’ont certains milieux homosexuels pour les drogues, le sexe et la jeunesse grâce à un gay cherchant des amitiés véritables dans les soirées orgiaques? Nous lui souhaitons bonne chance. (The Houseboy, Spencer Schilly, États-Unis)

4. Une jeune lesbienne nipponne pouvait annoncer à ses parents son homosexualité et que ses derniers en profiteraient pour faire de même? Franchement, il y a des gens qui ont le don pour voler la vedette, c’en est déplaisant. (Love of My Life, Koji Kawano, Japon)

5. On pouvait mélanger Bollywood, poulet Tandoori et tension lesbienne? (Nina’s Heavenly Delights, Pratibha Parmar, Grande-Bretagne)

6. Des amantes bourgeoises lesbiennes juives françaises, sœurs par alliance, résistantes nazis, mais collaboratrices artistiques ont décidé dans un esprit surréaliste de se travestir et d’adopter des noms unisexes dans les années entourant la Seconde Guerre mondiale pour défier la question du genre? Ah, ce qu’on est prêts à faire quand on veut passer le temps. (Love other: The story of Claude Cahun and Marcel Moore, Barbara Hammer, États-Unis)

7. On pouvait s’attarder au sort des pratiquants musulmans gais? (A Jihad for Love, Parvez Sharma, É-U, G-B, France, Allemagne, Australie)

8. Cuba est le pays le plus ouvert d’Amérique du Sud envers l’homosexualité et pourrait offrir dans un avenir pas si lointain des chirurgies de changement de sexe gratuites aux Cubains transsexuels? (Two Homelands: Cuba & the Night, Christian Liffers, Allemagne)

9. L’humoriste féministe à l’humour corrosif Kate Clinton a célébré ses 25 ans de carrière et qu’elle a encore des choses à dire? (Kate Clinton: 25th anniversary tour, Andrea Meyerson, États-Unis)

10. Steve Buscemi a joué dans un classique gay qui défie les stéréotypes en adoptant un angle nouveau aux victimes du sida des années 80 (voir photo)? Oui, oui, vous avez bien lu, une histoire de victimes du sida qui défie les stéréotypes… (Parting Glances, Bill Sherwood, États-Unis)

Vous avez tout vu, vous êtes sûrs?

2 documentaires que vous ne verrez pas au RIDM

Vendredi 9 novembre 2007

Bien sûr, la sélection des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, qui se déroulent du 7 au 18 novembre, est impeccable. L’environnement, la résistance, les Chronique de la vie quotidienne de Jacques Leduc et des récits bouleversants de toute la planète sont au programme.

Toutefois, une enveloppe brune qui a judicieusement abouti aux bureaux de P45 (judicieusement situés à proximité des locaux de l’émission Enquête – dans ta face Alain Gravel!), a permis à la rédaction de mettre la main sur une liste comprenant les synopsis de deux documentaires qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas été retenus par les organisateurs des RIDM.

1. Profession: butineur

Synopsis: Un rappeur d’abord mal compris du public (il porte le turban, est-il violent?) s’affranchit au fil des albums de sa dégaine de fond de ruelles et gagne la confiance de sa communauté. Grâce à sa verve et à des propos éclairés, quoiqu’un brin démagogues, Biz devient porte-parole de sa génération et peut en toute légitimité se prononcer sur tous les sujets possibles et inimaginables: le rap, la musique émergente, les jeunes, l’indépendance, les livres, le français, la paternité, la convergence médiatique, la guerre en Irak et la politique étrangère des États-Unis en général, la poésie, la langue seconde du capitaine du Canadien, les quotas francophones du CRTC, les incendies d’écoles juives, Mike Harris, la musique classique, l’éducation et l’hiver, pour ne nommer que ceux-là.

En 2007, Biz est porte-parole des RIDM et travaille sur deux essais: L’art de l’éditorial et La vérité derrière le complot de la droite contre l’UQAM.

Raison du refus: Pu capabe!

2. Une réputation, ça n’a pas de prix

Synopsis: Un ancien premier ministre conservateur reçoit 300 000 $ d’un marchand d’armes germano-canadien dans des chambres d’hôtel de Montréal et de New York. En raison d’une enquête de la Gendarmerie royale du Canada, qui soupçonne les deux lurons en question d’avoir reçu près de 2 milliards de dollars en commission pour la vente d’avions Airbus, il oublie momentanément de verser au fisc canadien sa part des 300 000 $ (une valise parmi 6 666 semblables, ça s’oublie vite).

En raison d’un manque de preuve de la gendarmerie évoquée ci-haut, la poursuite tombe, l’ancien Premier ministre est lavé de tout soupçon et son ancien employeur, soit le peuple canadien, est condamné à lui verser près de deux millions de dollars en compensation. En 2007, il lance ses mémoires et met à jour son blogue Par la bouche de mes canons, en exclusivité sur Canoe.ca.

Raison du refus: Vous vous êtes trompé. Ce n’est pas les Rencontres internationales de la fiction de Montréal, mais bien du documentaire. Désolé. (Pfff, une histoire pareille, ce réalisateur nous prend pour des cons ou quoi?)

Palmarès des meilleurs films du FNC selon les catégories habituelles

Jeudi 11 octobre 2007

L’an dernier, j’ai eu quelques coups de cœur au Festival du Nouveau Cinéma. Notamment Avril et Congorama, qui ont égayé un automne un peu déprimant.

Avec de la suite dans les idées, et afin d’éviter les déceptions, je vous ai donc concocté cette année une sélection de films à voir comportant un mois de l’année, un prénom ou un nom de pays ou de ville. Pas folle, la fille!

Au travers de ma recherche, j’ai trouvé des films aux titres évocateurs que j’ai aimés ou détestés. Alors voilà comment P45 choisit un film – de la façon la plus superficielle qui soit – pour un marathon cinématographique de haut calibre.

Titres alléchants

1. Boxing Day, de Kriv Stenders (Autralie)
Si ça ne se passe un 26 décembre dans un Future Shop, je sors immédiatement de la salle. Point à la ligne.

2. The Bodybuilder and I, de Bryan Friedman (Canada)
On espère voir des muscles découpés au couteau et de l’amour charnel. Je ne sais pas si vous avez chaud, mais moi oui.

3. Smiley Face, de Gregg Araki (Etats-Unis)
Oui, oui, Gregg avec 3 g. Peut-être apprendrons-nous enfin pourquoi J est si heureux. Espérons que ses rivaux et amis : P et ; D feront une apparition.

4. Young People Fucking, de Martin Gero (Canada)
Titre clair et précis. Prend des notes, Larry Clark.

5. Unbuckling my Bible Belt: le sud dans tous ses états, de Patricia Tassinari (Canada)
L’image est tellement texane, vous ne trouvez pas? Ça me donne le goût de sortir pour l’occasion mon drapeau de la Confédération et mon fusil de chasse.

6. I’m a Ciborg But That’s Ok, de Park Chan-Wook (Corée du Sud)
Qui a osé dire qu’être cyborg n’était pas correct?

7. Sperm, de Asujaak de Taweewat Wantha (Thaïlande)
On vous conseille d’aller le voir en famille avec les enfants et grand-maman.

8. L’Âge des ténèbres, de Denys Arcand (Québec/Canada)
On a entendu de vilaines choses sur le dernier Arcand. Les Inrockuptibles a même dit que c’était un film de vieux con, ce n’est pas très gentil ça. On souhaite seulement que ça soit meilleur que Stardom.

Titres avec un nom de pays ou quelque chose du genre

1. Japan Japan, de Lior Shamriz (Israel)
J’aime bien la répétition, la répétition surtout qu’un autre film – un court-métrage – durant le FNC est présenté sous le nom de China China (de Joâo Pedro Rodrigues et Joâo Rui Guerra Da Mata – Portugal). Évidemment, nous reviendrons sur lequel est le meilleur des deux. Le meilleur des deux.

2. I love Hip Hop in Morocco, de Josha Asen (Etats-Unis)
S’il y avait une compétition de titres de films, celui-ci aurait de très grandes chances.

3. Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Parronaud (Iran)
Un long-métrage d’animation fort attendu et aux allures fort sympathiques malgré le sujet (La Révolution Iranienne de 1979-80 du point de vue d’une jeune fille) qui a gagné le Prix du Jury à Cannes. On a hâte. Pour vrai.

Titre avec un le nom de quelqu’un

1. Ce que je sais de Lola, de Javier Rebolla (Espagne)
Après le retour télévisuel de Chambres en ville, enfin le long-métrage!

2. Christopher Columbus, The Enigma de Manoel de Oliveira (Portugal)
Si le film s’intitulait Christopher Columbus, on l’aurait même pas remarqué, mais avec le «The Enigma», on s’attend à plusieurs révélations sur cet énigmatique Christophe Colomb.

3. Elle s’appelle Sabine, de Sandrine Bonnaire (France)
L’actrice nous présente sa sœur autiste dans ce documentaire intimiste. On imagine le tout touchant sans être larmoyant, du moins, on l’espère.

4. Suivre Catherine, de Jeanne Crepeau (Québec Canada)
Au Québec, on a le don pour les titres affriolants.

5. Lynch, de Blaskand White (Etats-Unis)
Seul film où l’on voit Lynch (David de son prénom) travailler. On y va parce que le maître de l’embrouille n’a jamais voulu être observé au travail et qu’il a dit oui pour la première fois. C’est mieux de valoir la peine.

Prix du titre le plus court

XXY, de Lucia Puenzo (Argentine/France/Espagne)

Ex-aequo avec

MUR, de Benjamin D’aoust (Belgique)

Prix du titre le plus long et on a compté

This is not an Anchor, This Boat is not an Anchor, de Marianna Milhorat (Québec Canada)

Prix du titre le plus difficile à prononcer en public

. ….. . :. :… ::::CCCCOccOOOO, de Ben Pointerker
(on ne fera pas d’erratum si une erreur s’est glissée dans le titre)

Pour le FNC, on vous suggère les Nuits de la Louve à la Sat (osphère) essentiellement parce que c’est gratuit. On vous conseille les films de Temps Zéro parce qu’ils sont irrévérencieux et que vous ne les verrez sûrement pas ailleurs et finalement, on vous propose d’aller vers les rétrospectives pour la magie de voir de vieux films au cinéma.

L’Amour en 2007

Vendredi 5 octobre 2007

Saviez-vous qu’en 1914, le Cinéma l’Amour servait de théâtre et de cinéma yiddish? Si certains voient en sa nouvelle vocation, cinéma porno, une désaffection de Yahvé sur le monde occidental, P45 s’est posé cette question: comment le Cinéma l’Amour peut-il être encore en vie en 2007?

Intriguée, j’écris un courriel exhaustif à mon rédacteur en chef et lui suggère de parler éventuellement du cinéma l’Amour. «C’est gratis, le lundi et le mardi pour les couples, est-ce que ça te tente de venir avec moi?», lancais-je à la blague. Il me répond «mardi soir, tu peux?». Ce mardi! Mais je ne suis pas prête!

J’ai accepté malgré tout, même si je ne savais pas quoi mettre pour une sortie au cinéma de l’amour. Son envie pour la pornographie semblait viscérale, ma curiosité était à son paroxysme, les questions superficielles n’avaient donc pas leur place. Comme Jocelyne Cazin et Gaëtan Girouard, nous étions de vrais journalistes d’enquête…

Pee-Wee

Je vous avoue que j’étais un peu anxieuse à l’idée que Xavier soit trop dans son personnage, se mette à l’aise, un peu trop à l’aise si vous voyez ce que je veux dire…

Ceux qui se rappellent Pee-Wee se souvienne que c’est dans une salle de cinéma pornographique qu’il a terminé sa carrière, je ne voulais pas hériter du même sort. Cependant, comme nous ne sommes pas aux États-Unis et que nous ne sommes pas les vedettes de l’émission pour enfants la plus populaire du moment, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.

Pour me rassurer, j’appelle au cinéma. J’ai droit au plus chaud des messages préenregistrés que j’ai entendu de ma vie. Nous avons le choix entre Take It All Vol 1 à 19h02 et Eat My Black Meat à 21h03. Première impression: on ne peut reprocher à ces administrateurs de manquer de précision. Ce qui me turlupine par contre, les représentations débutent à 11h00 le matin, ce n’est pas un peu tôt? Bon, voilà que mes préjugés refont surface. Comme si on n’avait pas le droit d’écouter de la porn pendant la pause-déjeuner…

En entrevue, Steve, le gérant de l’entreprise familiale indépendante, m’apprend qu’au contraire, plusieurs clients se ruent à sa porte le matin surtout le mercredi, la journée des nouveautés.

Public averti

Rendez-vous avec mon collègue devant ledit endroit à 21h00. J’attends devant, rue Saint-Laurent, encore et toujours en construction. Je constate la machine à jus qui est placée dehors près de la porte. Je ne suis pas la seule que ça tarabuste, Julie Parent en parlait en 2004.

Mon patron arrive enfin: «T’es sûre que tu veux y aller?», me demande-t-il, l’air attentionné. Xavier ignore que depuis des années cet antre cinématographique me tourmente, alors pas question de reculer.

Un barbu nous accueille. Une dame s’occupe du ménage, les murs sont tapissés de DVDs pornos. Du pop-corn, du Sprite et des Kleenex sont au menu, c’est abordable, mais on évite pour l’instant. Une pancarte nous avise qu’il est interdit de fumer et qu’aucun acte sexuel ou à caractère sexuel ne sera toléré dans ces lieux sous peine d’expulsion immédiate et sans aucun remboursement. Quoi? Pas le droit de se masturber? Ça ne semble pas déranger Xavier. Tant mieux.

Pop-corn pas cher

«Bienvenue au Cinéma L’amour, vous êtes un couple, c’est votre première fois au Cinéma l’Amour?», demande le commis. Nous nous permettons un oui timide. J’ai l’impression qu’il en a vu d’autres, ce monsieur. «Ok, puisque vous êtes un couple, vous pouvez rester au premier étage dans la salle principale ou aller en haut dans la salle VIP, mais c’est 30 piasses, qu’est-ce qui vous tente?» Même si la salle VIP semble alléchante, on est ici parce que c’est gratis. «On reste en bas.» Nous franchissons enfin la porte de la salle. Le film est déjà entamé, ils en sont rendus à la pénétration vaginale. J’imagine que je ne saurai jamais comment ils se sont connus.

La salle est superbe, une des plus belles de Montréal. Beaucoup plus grande que je l’imaginais, au moins une vingtaine de rangées, calcul rapide: 400 places. Il parait que dans les années 70, la salle était toujours pleine, toujours selon le sympathique gérant. Dans ma tête, ça fait de belles images. En parlant d’images, je n’ai jamais vu des organes génitaux en si gros format et ce n’est pas nécessairement ce qu’il y a de plus beau, mais le malaise n’est pas là, ni dans les «Fuck yeah» répétitifs de l’actrice suivis des «Oh! A big black cock!».

Non, ce sont plutôt les quelques messieurs dans la salle qui nous fixent depuis notre arrivée et notre guide qui parle étonnamment fort qui me troublent…

«Vous pouvez vous asseoir où vous voulez, mais on a une section pour les COUPLES. Vous voulez aller dans la section pour les COUPLES?» «Euh, oui?» chuchotons-nous. Nous suivons l’homme et je sens les regards médusés des autres spectateurs. Il nous amène au centre de la salle, nous nous heurtons à une chaîne de plastique blanche qu’il ouvre et referme derrière nous.

C’est ça, la section couple? Une rangée de dizaines de bancs clôturés par une innocente chaîne! Étrangement, on se sent plus en sécurité, cependant les autres nous scrutent, se lèvent à tout bout de champ, se déplacent un peu n’importe où, s’approchent, nous observent avec l’œil du curieux. Nos bancs couinent à chaque mouvement, je me demande bien si c’est exprès.

C’est drôle, ça, je ne m’y attendais pas. Les gens discutent comme les vieux du café du coin, comme les gars de la taverne, comme les petites vieilles du centre commercial. Pas moyen de regarder de la porn en paix. « Certains sont clients ici depuis plus de vingt ans, alors ils sont devenus amis», nous explique le gérant.

L’ambiance de la salle est intense. Il faut aimer l’exhibitionnisme pour ne pas se sentir mal à l’aise devant tant de regards explicites. Pourquoi se déplacer au cinéma pour voir de la porno quand tout est sur le net? Heu, peut -être pour la même raison qu’on va au cinéma? Pour l’ambiance et… pour le fantasme. Steve nous fait savoir qu’habituellement, chez les jeunes, ce sont les filles qui traînent leur ami de cœur au Cinéma L’Amour, «les garçons sont très gênés». Xavier ne fait pas exception.

Sens mon doigt

Le film continue, nous en sommes à la seconde partie. Une demoiselle est sur le bord du chemin. De valeureux jeunes hommes à la peau d’ébène lui proposent un lift. La blonde qui aime un peu trop le cosmétique leur raconte que son copain l’a laissée là. Fâchée, elle aimerait bien se venger. Quelle meilleure vengeance que de sucer un étranger dans sa fourgonnette?

On l’ignore, des suggestions? Xavier semble un peu déçu, il préfère les adaptations, comme celle de Pirates (adaptation du Pirates des Caraïbes avec une blonde pulpeuse dans le rôle de Johnny Depp) comme l’indiquait l’affiche à l’entrée.

Steve nous console en nous rassurant: «Pirates étaient d’une platitude extrême, ma clientèle a détesté ça». Nous sommes sous le choc. Ce film avait pourtant fait des ravages au Adult Video Awards, mais Steve a de l’expérience, il est dans l’industrie depuis au moins vingt ans. Des films de cul, il en visionne beaucoup par semaine. Ses critères: la langue originale, «pas de films doublés, ça sonne faux, ce n’est pas excitant» (mais où sont les sous-titres?), la luminosité, les angles, une bonne histoire, etc.

Ah bon? En entendant cela, je lui demande comment ont-il pu présenter One Night in Paris featuring Paris Hilton étant donné l’absence d’esthétisme du film: «On ne l’a jamais passé ce film, c’est tout. C’était trop mauvais. Le temps de la pornographie a changé. Il fut un temps où la compétition entre le Beaver, le Ève, le Bijou et le Papineau était féroce. Aujourd’hui, on annonce le Cinéma l’Amour, pas le film. Ici, c’est comme un bar, tous les bars ont les mêmes boissons, mais chacun essaie de vendre une ambiance, un environnement, même chose pour nous. Notre style est classique, propre et calme.»

Pour lui, le Cinéma l’amour est au mieux un préliminaire, pas un bordel. Le dernier film joue d’ailleurs à 23h, pas plus tard. Néanmoins, il n’est pas crédule. Son personnel fait toujours des rondes pendant les présentations surtout lorsqu’une femme seule ou un couple peu familier est dans la salle pour s’assurer que tout ce beau monde est en sécurité.

Les jeunes, ça aime la porn

Steve l’avoue, il essaie de rajeunir sa clientèle, mais pas à tout prix, l’important est que sa clientèle reste fidèle. Quand même, entre 100 à 150 clients se rendent sur place chaque jour. Il faut dire que certains retraités reviennent 3-4 fois par semaine, «un peu comme ceux qui vont quotidiennement au casino», remarque Steve. Et il y a des jeunes, au casino? Pas tellement.

Après 45 minutes bien remplies, je pense avoir fait le tour et on quitte sans savoir comment la terrible vengeance de la demoiselle s’est terminée. Allons dans les toilettes avant de partir pour nettoyer nos mains du jus d’amour peut-être répandu sur les sièges, même si, précisons-le, la pièce est d’une propreté indéniable. La salle de bain des dames est propre et spacieuse, il y a même une chaise qui a l’air fort confortable dans un coin. Sur la pointe des pieds, je me rends dans les toilettes des hommes en pensant avoir droit au même aménagement.

Erreur, il faut descendre un escalier et se rendre assez loin pour finalement tomber sur les toilettes et, oh surprise, sur ce que je pense être deux hommes qui se font plus que des caresses. Je me rue jusqu’en haut. Je pense que j’ai assez vu d’amour pour aujourd’hui.

Les plus:

1. L’architecture
2. L’alternance et la diversité des films
3. Le popcorn prêt en 3 minutes
4. Les salles de bain spacieuses
5. Le personnel
6. Le répondeur
7. C’est gratuit le lundi, mardi et jeudi soir pour les couples

Les moins:

1. Les bancs qui grincent
2. Les messieurs qui te fixent

Verdict:

Que vous soyez ou non exhibitionniste et/ou voyeur, il faut y aller au moins une fois dans sa vie si ce n’est que pour le raconter fièrement un jour à ses enfants.

On suggère aux filles d’y amener votre «date» pour votre première rencontre afin de voir s’il a de l’étoffe. Pour vous mesdames et pour les messieurs, amateurs de bermudas, Steve vous suggère d’amener une petite serviette si on a du dédain envers le jus d’amour.