Archive pour la catégorie 'Livres'

Essais infinis

Vendredi 9 octobre 2009

On ne peut pas dire que je n’ai pas essayé. Environ deux fois par année, depuis au moins 15 ans, je tente le coup.

Je sors mes espadrilles aucunement conçues pour la course, un t-shirt quelconque et des pantalons relativement adéquats pour une virée sur les routes. Je mets le nez dehors et commence à trotter. Ça dure au mieux deux mois. Au pire deux jours.

Le jogging. Je commence toujours pour une raison précise. Quand je suis tanné de suer en utilisant l’ouvre-boîte. Quand j’ai de la difficulté à regarder mes angles morts, pour cause d’excès de tissus adipeux. Ou à cause de cette petite boule d’agressivité qui prend naissance dans le coin du diaphragme.

Règle générale, je cours quand ça ne va pas bien. Le maudit jogging. J’arrête toujours pour une raison précise. Quand ça va mieux.

Lire en courant

Je tente de polir ma motivation en me plongeant dans des bouquins de course. Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, d’Haruki Murakami, en est un que j’ai plutôt apprécié.

Même si le titre de la traduction française peut en décourager plusieurs (j’ai des preuves vivantes), le détour en vaut la peine.

Le simple fait de partager les passions de cet écrivain japonais a suffi à me faire prendre la porte pour un six kilomètres. Puis un autre. Il aborde la course et l’écriture d’un même front. Celui de la persévérance. Mot difficile à apprivoiser pour une génération qui désire des résultats rapides, beaux et efficaces.

En pleine lecture de l’Autoportrait, je courais tous les jours, sauf le samedi. Je visitais régulièrement des sites Internet de marathon. Celui de Richmond, en Virginie, me tentait plus que tout. Puis, la persévérance a fait place à d’autre chose, que certains appellent le quotidien.

Lecture infinie

On ne peut pas dire que je n’ai pas essayé. Depuis près d’un an, je tente par tous les moyens de lire Infinite Jest, de David Foster Wallace.

Cette brique de 1088 pages que je traîne dans presque tous mes déplacements, je l’accuse d’être la cause de l’usure prématurée de mon sac à dos.

Comme le jogging, la lecture de quelques pages me demande un décrochage complet et me procure une satisfaction difficilement descriptible. Pas le genre de livre qu’on lit en écoutant Virginie en sourdine. Ni en préparant une soupe.

J’ai commencé à m’intéresser à DFW quand il s’est pendu, l’an passé. Triste de constater que la mort d’un individu nous pousse parfois à s’attarder à sa vie, je me suis renseigné sur l’auteur.

À lire des entrevues, à faire des recherches et à réaliser l’ampleur du phénomène, du symbole. Je me suis procuré Infinite Jest comme certains s’achètent un StairMaster. En sachant trop bien qu’il sera source d’un puissant changement, voire d’une révélation, mais en le laissant croupir dans un coin.

En attendant, je relis compulsivement This Is Water, un speach qu’il a livré à des étudiants américains fraîchement gradués, en 2005. Une histoire de poissons, d’eau et de vie. Genre de petit livre qu’il faudrait lire au moins 24 fois par année. Au moins.

Toujours est-il que je lève mon chapeau à ceux et à celles qui ont lu Infinite Jest. Si je me fie aux témoignages, ces gens comprennent quelque chose que les autres n’ont toujours pas pigé.

De mon côté, je commence à voir la lumière au bout du tunnel.

Grâce à une intervention (je ne sais pas si elle est réelle ou si elle est le fruit de mon imagination, mais je la remercie grandement), j’ai été dirigé vers infinitesummer.org. Et depuis, ma lecture d’Infinite Jest progresse à un rythme plus que respectable.

Comme une course matinale dans la brume, où le coureur ne perçoit pas la ligne d’arrivée, mais s’entête à poursuivre.




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Conseils de King

Vendredi 18 septembre 2009

Je déteste les conseils. Les manières de faire, les protocoles ou les recettes trop précises. Si un jour je m’automutile, ce sera avec les rebords d’un mode d’emploi.

Quand une âme charitable veut me dicter une méthode quelconque, j’oscille du cou et ferme les yeux de quelques millimètres, pour donner l’impression d’une écoute active.

Dans ma tête, je suis à des années-lumière, en train de mâchouiller un bouchon de stylo sur la côte mexicaine. (Il y a toujours des grains de sable qui s’accumulent dans les bouchons de stylo enfouis dans la poche d’un jeans. De toute façon, il est très inconfortable de mettre un stylo dans une poche de jeans. S’asseoir en indien sur une plage, en jeans, tsé, ce genre de choses.)

Il m’arrive toutefois d’absorber les conseils prodigués par certaines personnes.

Attitude postpubère

Tout dépend de la crédibilité que j’accorde à celui ou celle qui veut me rendre service.

Si un héroïnomane me parle des méfaits de s’enfiler une aiguille dans une veine bombée, j’ai tendance à le croire. Si la fille qui vient tout juste de m’étouffer l’œil et de me grafigner le palais veut me parler de SPM, je tends l’oreille (avec une certaine peur).

Cette caractéristique de ma personnalité s’apparente à un genre de scepticisme de l’interlocuteur. Ou à une attitude postpubère qui récuse toute aide extérieure dans le but d’expérimenter mes propres erreurs.

On dirait que je demande le statut de maître/expert/sage à la personne qui veut me conseiller sur un sujet donné. C’est probablement stupide de ma part. Et c’est un peu dans cette optique que j’ai dévoré On writing, de Stephen King.

De cet auteur mythique (maître/expert/sage), je n’avais lu qu’un livre. Christine. Je me souviens que ma vie ne fut pas changée (les livres qui changent nos vies sont rares).

Sauf qu’il m’avait offert une petite évasion, une pause de monotonie. Un regard sur un genre littéraire qui ne m’attirait aucunement.

Mais surtout, la découverte d’un auteur qui étale les intrigues et les mots comme une manie intraitable. Le tout teinté d’une noirceur qui donne presque de la couleur à une journée plate.

Le comment du pourquoi de l’écriture

J’ai trouvé dans On writing ce que je cherchais depuis longtemps: un petit bouquin qui aborde l’écriture comme une manière de vivre. Un auteur qui transmet son savoir sur le même ton que prendrait un clochard qui parle de ses nuits dehors, à -34 degrés Celsius. Il sait de quoi il parle.

Parce que l’écriture suscite chez moi quelque chose que je ne retrouve nulle part ailleurs, j’ai tendance à vouloir comprendre comment les autres écrivent.

Quelles règles balisent leurs actes? Quelles raisons les poussent à s’enfermer dans une chambre mal éclairée pour écrire, au lieu d’aller chez Home Depot pour s’acheter un porte-serviettes?

Alors, les livres qui abordent «l’acte d’écriture» m’intéressent plus que tout. Et me déçoivent souvent, même avant que j’aie lu la première ligne. Comme cette jaquette luisante qui me refléta la nécessité de me «connecter» avec God pour réellement puiser la source de l’inspiration éternelle. Ou encore celui qui propose des exercices quotidiens comme «décrivez les émotions que suscite une photographie de votre choix».

J’allais décrocher de ce genre de livres quand l’ouvrage de King m’est tombé sous la main. À mon plus grand plaisir, l’été m’aura permis de dénicher un petit livre de chevet pour les soirées d’automne et les dimanches pluvieux. Pour les mardis enrhumés, les jeudis de cafés. Et les nuits introuvables.

Peut-être à cause de la bio de la première partie, tout être qui se passionne pour l’écriture (fan de King ou pas) y trouve un petit quelque chose qui le poussera à écrire. Encore et toujours. Malgré ça. Et ça.

Je ne le conseille à personne. Ça serait contre mes principes.




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7 bédés à lire ce printemps

Vendredi 11 avril 2008

7 bédés printanières à lire en avril et en mai, avec de grandes lunettes de soleil, sur la chaise berçante devant son palier.

1. Eva, J.F. se cherche désespérément, Aude Picault. Pour les filles qui sortent déjà leurs mini-jupes.

2. La beauté, Blutch. Pour les contemplatifs qui aiment tourner les pages lentement.

3. Faire semblant c’est mentir, Dominique Goblet. Pour ceux que le ciel bleu, étrangement, rend mélancoliques.

4. Antti Brysselissa, Max de Radiguès. Pour les étudiants qui rêvent de voyager.

5. Gus (Nathalie et Clem), Christophe Blain. Pour les aventuriers (ères) qui enlèveraient un homme/une femme à dos de cheval.

6. Jérôme d’Alphagraph, Nylso. Pour les sages qui notent leurs pensées dans un carnet.

7. Scrublands, Joe Daly. Pour les fous d’art absurde, qui rient jaune, noir et vert.

15 stratégies pour remporter le Combat des livres

Vendredi 22 février 2008

Être consacré grand gagnant du Combat des livres, bien sûr, ce ne pourrait être possible sans utiliser de stratégies pernicieuses, malhonnêtes et démagogiques.

À l’aube de l’événement, l’écurie P45 prodigue quelques conseils à son poulain, puisqu’en matière de stratégies pernicieuses, malhonnêtes et démagogiques, Bernard Landry a pas mal plus de millage au compteur que Nicolas Langelier…

1. Lire tous les bouquins et, surtout, prendre des notes.
Ne pas hésiter à citer, citer, citer. Citer des passages des œuvres, citer des propos des auteurs lus ailleurs ou les concurrents eux-mêmes dans des propos qui pourraient les compromettre. Arriver en studio avec son laptop et un PowerPoint de ses notes. Déjà, avant même d’avoir parlé, Nicolas, tu établis ta supériorité en terme d’organisation. Les autres panélistes en tremblent déjà.

2. Se faire des alliés.
La veille, passer un petit coup de fil à Bernard Landry, prendre des nouvelles de sa femme et se promettre de s’inviter à souper une fois faite l’indépendance du Québec. S’il perd, au moins il votera pour toi Nicolas.

3. Se renseigner sur les autres concurrents, puis les attaquer personnellement.
Très vite, faire réaliser aux auditeurs les Grandes Vérités de ce monde: les vieux sont de la vieille garde, les femmes sont féministes, les artistes sont des êtres émotifs, Sophie Faucher est intolérante au lactose, Bernard Landry est un souverainiste, etc.

4. Être concis dans la réplique.
Paraître brillant en plaçant trois mots, c’est encore meilleur que de paraître approximatif en plaçant trois phrases. Laisser les concurrents s’empêtrer dans leur démonstration puis trancher avec l’argument qui tue.

5. Attaquer les auteurs.
Il est courant de détourner l’attention du public sur les fautes morales des auteurs eux-mêmes afin de délaisser un moment les œuvres. Utiliser de cette stratégie avec modération, mais quand même, elle s’avère toujours utile. À défaut d’arguments, insinuer des saloperies sur les auteurs: Gabrielle Roy était une sympathisante nazie, Mordecai Richler détestait le smoked-meat et les bagels, Jacques Godbout est en fait le vrai père de Justin Trudeau…

6. Faire des liens.
La victoire appartient au candidat qui pourra situer l’œuvre choisie dans la marche du monde comme étant l’Œuvre (avec un grand Œ) qui bouleverse, du moins théoriquement, tous les codes sociaux, culturels et esthétiques. À défaut d’y arriver, convaincre à tout le moins l’animatrice du bien fondé de la démarche de l’auteur par une savante entourloupe métaphysique (quelque chose qui puisse lui extraire un «wow», ou encore un «ça alors» ou même un «arrêtez tout, on a un gagnant!»).

7. Bien manger.
Un gagnant sait bien se nourrir. Une soupe Ramen pour les protéines, des choux de Bruxelles pour les minéraux, des carottes pour la vue et l’intelligence, une coupe de vin pour la circulation sanguine, quelques hormones de croissance et le tour est joué.

8. Jouer la carte de l’image.
Nicolas, tu dois absolument être le plus beau, le mieux habillé et le mieux coiffé. Comme ça, les auditeurs, charmés, enverront des courriels bourrés d’arguments bidons aux autres panélistes pour mieux te voir rayonner. On appelle ça la stratégie Beauduin- Stréliski.

9. Faire appel à des figures d’autorité pour qu’elles vous appuient.
Marc Lévy, Patrick Bruel, Marie Laberge, Céline Dion, le Pape, VLB… ah non pas VLB. L’opportunisme extrême serait d’aller chercher l’appui de Pauline Marois ou de Jean Charest, juste pour faire choquer Bernard Landry.

10. Cacher les livres des autres panélistes juste avant d’entrer en ondes.
Autrement appelé la stratégie du raton laveur. Au mieux trouver un petit coin de terre puis les enterrer. Joindre les mains candidement sur sa chaise, siffler un air niais (Dégénération des Mes Aïeux, par exemple) en levant les yeux au plafond.

11. Faire des jeux de mots.
Ou développer un tic nerveux. Ça ne fait pas gagner, mais ça déstabilisera tout le monde. À utiliser seulement en situation de crise.

12. Emprunter la petite fille d’un ami.
L’amener en studio sous prétexte qu’elle veut voir comment ça se passe, une émission de radio. Lui faire serrer la main de tous les panélistes, sous prétexte que c’est la politesse, alors que c’est pour qu’elle leur refile sa gastro.

13. Lire des passages soporifiques et/ou ridicules et/ou incompréhensibles des livres des autres panélistes en ondes.
Se mettre à éternuer ou à tousser très fort si des panélistes utilisent la même tactique pour descendre son propre livre.

14. Jouer la carte de la séduction.
Nicolas a des chances: il y a deux femmes et un gai parmi les panélistes. S’il réussit à les séduire, ne restera que Bernard Landry à éliminer… Voir la stratégie no. 15.

15. Contraindre Bernard Landry à sortir son latin.
Ça tapera sur les nerfs de tous les autres panélistes. Tous voudront l’éliminer et Nicolas sera le grand gagnant!

Livres: Mon premier Salon du livre de Montréal

Vendredi 16 novembre 2007

Jusqu’à cette semaine, je n’avais jamais mis les pieds au Salon du livre. Peut-être parce que je ne suis pas très Salon en général (mon intérêt pour l’auto, la mariée et l’habitation étant assez limité).

Peut-être aussi à cause de mes expériences lointaines et mitigées au Salon Pepsi Jeunesse (j’avais 9 ans, je suis revenue avec des condoms, mes parents n’étaient pas contents) et au Salon des métiers d’arts (les parents d’une amie au primaire donnaient dans le gossage de lampes à l’huile et on traînait là pendant des heures interminables après l’école).

Ou peut-être tout simplement parce que l’idée de payer 8$ pour apercevoir Bernard Werber du coin de l’œil me laisse un peu froide.

Mais cette année, je me suis laissée convaincre. Parce que j’aime la littérature, bien sûr. Et parce que, comme dirait l’autre, je trouvais que ça manquait à ma culture. J’ai donc bravé les hordes de lecteurs déchaînés et fait fi de mon aversion pour la Place Bonaventure et je suis allée déambuler quelques heures à la 30e édition du Salon.

1. Nombre de célébrités aperçues: 5

Incluant Claude Lafortune (a.k.a. M. Évangile en papier) et un homme qui était peut-être VLB ou peut-être juste barbu. C’est plein de photos d’«auteurs-vedettes» par contre.

2. Nombre d’animateurs de Radio-Canada vus: 0

Surprenant, avec la couverture que la SRC fait du Salon, on a l’impression que tout le monde couche là pendant cinq jours.

3. Nombre de mots retenus du discours inaugural du maire Tremblay: 0

Soit le son des micros n’était pas assez fort, soit je me trouvais trop près du coin cocktail.

4. Nombre de coups de coudes reçus dans la file pour acheter le dernier Michel Tremblay: 0

L’ambiance était plus «bibliothèque municipale» que «centre d’achat un 24 décembre».

5. Nombre de câlins refusés: 1

C’est pourtant Monsieur Câlin, un «pionnier du mouvement Free Hugs», qui offrait. C’est Xavier qui s’est sacrifié.

6. Nombre de signets ramassés: 1

Celui des Trois modes de conservation des viandes de Maxime-Olivier Moutier, très joli.

7. Nombre de regards séducteurs échangés avec un beau garçon en faisant semblant de bouquiner: 0

Dommage. On m’avait pourtant assuré que c’était une bonne place pour cruiser.

8. Nombre de drinks consommés: 1

L’alcool et les pretzels coulaient à flot chez Gallimard et Leméac, mais pas question d’exagérer. Mon premier Salon du livre, je voulais m’en rappeler.

9. Nombre de sueurs froides et/ou de soupirs agoraphobiques: 3

Le Salon du livre est une espèce de non-lieu froid et artificiel. Il n’existe pas vraiment. Du coup, on se doute qu’il y a un piège et je redoute le pire au moindre pas que je fais dans une allée. Mon ex? Un ancien prof de psychologie du cégep qui pue de la bouche? Marie Laberge?

10. Nombre de vertiges ressentis devant l’étendue de la littérature et le temps qui va toujours manquer pour tout lire: trop nombreux pour les compter

C’est pour ça que j’y vais pas, d’habitude.