Banal débat

Numéro 102

8 au 14 février 2008

Un texte de
P45

Publié le 8 février 2008 dans
Conversations, droit, web

FacebookÀ écouter, cette tribune libre de Pierre Maisonneuve ayant pour sujet Facebook, et qui représente à plusieurs égards la technophobie ambiante au Québec.

Pourquoi? Parce que le Québec est vieux.

Non, plus sérieusement, parce que parler de Facebook, c’est trop souvent résumer le phénomène aux risques de dérives où les renseignements des utilisateurs pourraient être fichés et vendus à des tierces partis. Certes, c’est un aspect capital à considérer, mais voilà, ça ne résume pas tout des caractéristiques de Facebook…

Une tribune libre, donc, dans laquelle on entend:


– Un politicien (Denis Coderre) qui trouve que la gestion d’image, ainsi que la cote d’amour du public d’électeurs, ça passe aussi par Facebook.


– Un sociologue (André Mondoux) qui dénonce l’utilisation de Facebook. Son avis: Facebook serait le nouvel avatar d’une société déshumanisée qui noue des liens sociaux grâce à la consommation de produits culturels.


– Un philosophe (en l’occurrence Jacques Dufresne) qui prédit la fin des frontières culturelles nationales causée par les projets «supranationaux» du genre Facebook.


– Des auditeurs qui appellent pour décrire leur torpeur devant ce nouveau Big Brother démocratique et volontaire, alors qu’eux-même ne sont pas des utilisateurs de Facebook.


– Une dérision complète du terme «amis», utilisé comme concept central du partage d’informations sur Facebook. «Ça n’a rien à voir avec de l’amitié», «Les gens n’ont déjà plus de contacts entre-eux dans leur propre quartier», «C’est produire de l’amitié, et banaliser la surveillance», etc. Remplacez «amis» par «contacts», et le débat s’éteint de lui-même.


– Seul Bruno Guglielminetti réussi à relativiser un peu les choses, en commentant le phénomène avec un certain recul. Un recul d’utilisateur de Facebook, et qui évite ainsi quelque peu que le sujet de la tribune tourne au banal débat manichéen auquel on est perpétuellement confronté dans ce genre d’émission.

Ne pas s’énerver

Entendons-nous, il y a certes des risques à utiliser Facebook (lire à ce sujet le texte du philosophe Jacques Dufresne sur le site de l’Encyclopédie de l’Agora), mais aussi faut-il nuancer: Facebook reste un outil de communication. Et qui ne fréquente pas le web 2.0 peut ne pas saisir ce détail qui n’en est pas un.

Ma théorie: Facebook s’additionne aux outils de communication déjà existants (inclure là-dedans le verbal, les médias, les plateformes web, etc.), mais ne se substitue pas à aucun d’entre eux parce que constitué différemment. Le débat a déjà eu lieu, rappelez-vous, autour de l’arrivée de la télévision, puis autour de l’arrivée d’Internet… Au pire, Facebook volera des utilisateurs à des plateformes connexes, comme MySpace.

Certes, chacun peut y avoir quelque chose à vendre, à promouvoir, à communiquer… et alors? On ne vit pas justement dans une société capitaliste et individualiste? S’il faut en parler du système économique actuel, faisons une tribune libre sur le sujet quoi, avec des libéraux, marxistes et anarchistes, mais Facebook, quand même, ne peut à lui seul exprimer tout de l’avenir du monde dans lequel on vit…

On dirait que la montée en popularité du réseau social qu’est Facebook suffit à elle seule à affirmer n’importe quelle ânerie à propos d’une soi-disante ignorance des mouvements de masse, victimes de la technologie. Bon, il y a certainement des phénomènes de ce type, mais ce ne sont pas les seuls.

À ce sujet, Internet et la société de l’information, en général, a le dos large. Paradoxalement, sociologues et philosophes en la matière, et qui jugent sans nuances, s’éloignent eux-mêmes de leur sujet et deviennent, malgré eux, de tragiques interlocuteurs. Pas inintéressants, juste tragiques.

Il faut peut-être déjà arrêter de crier au meurtre tout le temps, surtout en matière de technologies de la communication. Ensuite on pourra parler.


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1 commentaire
  1. m-c says:

    Drôle que vous le mentionniez ici, j’était justement en voiture avec nadia lorsqu’on a entendu tout ca sur R-C radio… en les écoutant on s’est dit que ben voilà, ca y est, ils sont tous excités comme de jeunes garconnets déviergés qui découvrent le web2!

    ;)

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