Clap Your Hands, le disque

Numéro 37

16 décembre 2005 au 4 mars 2006

Un texte de
P45

Publié le 30 janvier 2006 dans
Conversations, critique, musique

“Tel un bateleur, Alec Ounsworth convie, en début d’album, l’auditeur à entrer dans le petit cirque new-yorkais de Clap Your Hands and Say Yeah (Cyhasy). L’ambiance de bastringue pourrait faire penser à Tom Waits, mais la voix du chanteur évoque surtout les aigus étranglés de David Byrne.

Dans leur premier album, baptisé Clap Your Hands and Say Yeah, on perçoit une myriade d’autres références. Le bassiste, Tyler Sargent, semble ainsi avoir beaucoup écouté la façon dont les quatre cordes de Peter Hook ont successivement guidé la mélancolie de Joy Division (Let the Cool Goddess Rust Away très inspiré de l’Atmosphere du groupe de Manchester) et de New Order (le superbe In this Home on Ice).

Les guitares de Lee Sargent et Robbie Guertin, oscillant entre ligne claire et excitation vibrionnante, rappellent comment le rock indépendant des années 1980 se partageait souvent entre la frénésie aigrelette de la pop britannique (The Wedding Present, McCarthy) et les arpèges des héritiers américains du Velvet Underground (R.E.M., Feelies). Ne pas croire pourtant que les chansons de ce quintette sont paralysées par leur érudition. A la manière des Canadiens d’Arcade Fire, Cyhasy dissout ses citations dans une ferveur qui, au bout du compte, impose sa forte personnalité.

Une personnalité mouvante, capable de maîtriser la parfaite limpidité d’une mélodie et l’évidence d’un gimmick — Upon this Tidal Wave of Young Blood, le synthétiseur enfantin d’Over and Over Again (Lost and Found) — comme de disperser une fantaisie nettement plus bruitiste — Is this Love ?, Heavy Metal (plus proche de Blondie que de Metallica). Voire de marier ces deux tendances (le réjouissant The Skin of My Yellow Country Teeth).

Dans tous les cas de figure, la voix d’Alec Ounsworth en profite pour se débrider, assumant, avec le même allant, ses illuminations comme ses dérapages.

Les oreilles trop éprises de justesse comprendront difficilement qu’il agresse ainsi les trouvailles mélodiques du groupe et l’angoisse excentrique de ses textes. Couleur dominante et élément le plus singulier de Cyhasy, cet organe torturé sait aussi transformer la crispation en arme ultime de séduction.”

Source : lemonde.fr


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1 commentaire
  1. Gabrielle TF says:

    Dommage que leur spectacle à La Tulipe ait été dénué de syllabes compréhensibles… Dommage aussi que les reniflements du chanteur aient été si présents. Heureusement, comme dans tout bon band indie, un grand roux avait réussi à capter notre attention en sautillant. Ta ans es miiiinnnnns éééé iiii yeah!

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