Le destin tortueux du Bixi: après le vandalisme, l’invasion publicitaire

Numéro 157

10 juillet au 6 août 2009

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 1 août 2009 dans
Conversations, Montréal, transport

090801_bixi.jpg

Lisez notre autre texte sur le Bixi: P45 a testé pour vous le Bixi.

Le 31 juillet dernier, Bixi, le système de vélo-partage de la Ville de Montréal, mettait fin à sa période de rodage.

À partir de maintenant, plus de forfait extensible: vous payez un an d’abonnement, vous recevez un an d’abonnement.

Petites observations sur la nouvelle ère qui s’amorce pour ce service aux citoyens aussi utile que rassembleur et qui a malgré tout peine à combler notre enthousiasme.

Un service dont on ne peut qu’être fan

Le Bixi s’avère très populaire. Le Tout-Montréal connaît son existence, et Christian Bégin lui a donné son sceau d’approbation.

L’organisation évoque des statistiques mirobolantes; les blogueurs utilisent les vélos et commentent leur expérience; on voit des touristes, des jeunes, des baby-boomers et des costards-cravates l’utiliser.

Même Radio-Canada, pragmatique, sonde ses internautes pour recueillir leurs meilleures suggestions pour ensuite les faire parvenir à Bixi. Et c’est sans parler des plateformes d’échanges qui pullulent sur Internet: la fanpage Bixi sur Facebook, un groupe de soutien sur Facebook, Bixi win et Bixi love sur Twitter, etc.

Bref, le Bixi marche bien. Certains tentent même de faire de l’humour sur le sujet (attention, vidéo douteuse).

Tellement que l’organisation a annoncé il y a quelque temps que la phase deux de développement pouvait débuter. Cela ne s’est pas encore produit, mais ce léger retard ne saurait mettre en doute l’implantation prochaine des nouvelles bornes à vélos.

Le vandalisme

Malgré le succès d’estime, une chose cependant semble faire vaciller le destin du Bixi: le vandalisme.

Déjà, il arrive parfois que les bornes soient hors service de façon généralisée.

Ça m’est d’ailleurs personnellement arrivé récemment, le samedi 25 et le dimanche 26 juillet tard dans la nuit, alors qu’il était impossible d’emprunter un vélo malgré un parcours qui nous a fait passer par six stations.

(D’ailleurs, je pose la question: c’est quoi leur truc? Ils pèsent sur un bouton rouge à la centrale Bixi puis toutes les stations se bloquent? Un genre de bouton alerte générale!?)

090727_bixi.jpg

Le vandalisme, donc, qui s’ajoute à la longue liste de pépins techniques:

- bornes hors service;

- carte web défaillante des disponibilités en temps réel des vélos;

- manque d’informations aux bornes (Bixi a d’ailleurs, très tardivement, entamé la distribution d’autocollants explicatifs aux bornes);

- répartition arbitraire des vélos;

et autres problèmes éthiques:

- faux-vrai blogue destiné à populariser le Bixi de façon malhonnête selon certains;

- camion de réapprovisionnement des vélos dont on laisse le moteur tourner sans vergogne;

- litige douteux entre Bixi et des créateurs d’applications pour iPhone qui utilisaient la marque sans autorisations (Bixi est-elle une marque détenue par des intérêts particuliers ou appartient-elle à la Ville, donc aux citoyens?).

Car, populaire, le Bixi l’est aussi auprès des vandales. Relayé par les médias et le bouche-à-oreille, le vandalisme est devenu un problème majeur pour l’implantation et l’utilisation des bornes Bixi.

Parmi les médias qui ont couvert le vandalisme des Bixi, le réseau TVA aurait même selon certaines sources illustré la méthode pour voler un Bixi dans un reportage (introuvable sur le web). Ce qui aurait créé une augmentation assez notoire du nombre d’actes de vandalisme et qui expliquerait la soudaine généralisation du problème.

Communication défaillante, confiance ébranlée

Soumis à une image déjà mise à mal par la communauté d’utilisateurs, le Bixi doit maintenant composer avec la rumeur négative générée par le vandalisme et qui dit: le service n’est pas fiable.

Tandis que l’image de la marque Bixi a toujours constitué une priorité de Stationnement Montréal (l’organisme paramunicipal qui gère Bixi), il semble que le vandalisme commence à faire de plus en plus de bruit médiatique et à répandre des rumeurs qui déstabilisent la notoriété de la marque.

Étonnamment, en réponse à cette mini-tempête, Stationnement Montréal agit de manière sereine et distante. On remarquera que s’ils continuent de communiquer via la fanpage Facebook de BIXI, le compte Twitter de Bixi, lui, est inactif depuis bientôt deux mois.

Au final, Bixi y va d’appels au calme assez anodins, tandis qu’on fait circuler des photos de l’atelier où sont réparés les vélos et des vidéos corpos.

090727_bixi.jpg

L’invasion publicitaire

C’est un peu en faisant fi de ce contexte que Stationnement Montréal a commencé à remplacer les belles affiches «feel-good» des bornes par de la publicité.

Ainsi, les «Change ta façon de te déplacer en ville», «Change ton attitude», «Change l’indice de smog», «Change ta forme physique» ont cédé leur place à des publicités de caleçons pour homme, de produits de beauté et de bière.

L’initiative pourrait avoir assez d’impact pour miner encore une fois l’image de Bixi, déjà bien entachée par des pratiques bureaucratiques jugées trop strictes et sans âme.

C’est en effet un des arguments principaux de Bixi qui vole en éclat: rendre accessible le vélo-partage au plus de citoyens possible. Car en implantant des bornes dans les quartiers, entre autres, résidentiels de Montréal, c’est aussi servir sur un plateau d’argent aux annonceurs un tout nouveau territoire publicitaire.

Et ça, sauf erreur, ça n’a jamais été mentionné dans les communications entourant l’implantation du Bixi.

Désormais, accepter l’implantation d’une borne près de chez soi, c’est aussi accepter qu’un encart publicitaire (pourquoi pas les chicks de Budcamp?) vienne polluer son coin de quartier, et ce, 24 h sur 24.

La confiance: le défi majeur, loin d’être acquis, de Bixi

Peut-on vraiment aimer Bixi au point d’accepter que Stationnement Montréal fasse des galipettes commerciales sur le dos des citoyens, comme c’est le cas depuis le début de l’implantation, en mai dernier?

On se demande honnêtement comment Bixi fera pour garder le cap avec son message citoyen une fois que celui-ci est devenu si ambigu: l’accessibilité, oui, mais pour qui? Pour les citoyens ou pour les publicitaires?

Honnêtement, Montréal n’est pas une ville où la publicité est trop bruyante. Que Bixi puisse défrayer ses coûts d’activité par la publicité, c’est peut-être une bonne chose.

Mais pourquoi doit-on implanter cette étape du développement de Bixi en cachette? Ne faut-il pas absolument que les usagers aient confiance en la marque Bixi pour que le système fonctionne?

Comme usagers, on se sent un peu à la merci des décisions de l’organisation de Bixi, un peu comme on se sent à la merci des vandales qui décident pour soi si, oui ou non, on aura son Bixi ce soir.

Il semble qu’après le vandalisme, l’invasion publicitaire ne pourra que semer une nouvelle fois le doute dans l’esprit des usagers et des potentiels usagers. Et que le destin de l’implantation du Bixi se perd dans un brouillard d’initiatives douteuses.

L’aventure pourrait-elle virer au fiasco? Personne ne le souhaite en tout cas.

Lisez notre autre texte sur le Bixi: P45 a testé pour vous le Bixi.

Note: Bixi n’a pas encore publié de chiffres à propos des cas de vandalisme survenus dans son réseau. Pour sa part, le réseau Velib’, service équivalent implanté à Paris en 2007, a vu environ 40 % de ses bicyclettes être volées, et plus de la moitié des vélos restants ont été endommagés.


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
Sans commentaire
  1. tchendoh says:

    Ça ne me surprendrait pas que tout le vandalisme que subissent les bixis viennent des groupes qui volent autant de vélos à Montréal.

    Du monde qui a intérêt à ce que le projet ne fonctionne pas.

  2. Julien Simard says:

    Au lieu de dépenser temps et millions a ces operations très “glamour” comme le bixi, la ville doit commencer par finir d’ améliorer les égouts pour en finir avec les refoulements, c est dégueulasse, et en plus les gens ne réalisent même pas que c est insalubre puisqu’a Montréal quand les égouts pour eau de pluie débordent ils rejoignent l’eau des chiottes et c’est cette belle eau qui se retrouvent dans nos caves. Mais bien sur ça, personne en parle , personne ne veut se mouiller!!!

  3. bisondeville says:

    Excellent texte.

    Je suis, comme vous, pro-Bixi et je crois qu’il est pertinent de parler des problèmes d’image (récurrents) qu’a connu le service depuis ses débuts. La saga Morrow Communications m’avait particulièrement dégouté. Faut-il ne rien comprendre à son produit pour tenter de le promouvoir par des moyens qui minent directement ses qualités fondamentales : transparence, accessibilité, vertue.

    Qu’une boîte de communications n’ait pas encore assimilé, en 2009, l’évidence de la leçon de Marshall McLuhan (« The medium is the message. ») est pour le moins surprenant. Que Stationnement de Montréal comprenne aussi mal son propre produit pour donner son aval aux tactiques douteuses de ladite boîte est carrément abasourdissant.

    Comme vous le dites si bien, en essayant de faire entrer la pub par la chatière, ils éveillent encore une fois la méfiance envers ce projet qu’on avait juste envie d’acceuillir à bras ouverts.

  4. Ennev says:

    Je ne suis pas dutout surpris que les affiches qui était la depuis le debut se retrouvent maintenant avec de la pub.

    J’espere que certains n’utiliseront pas ce pretexte pour justifier leurs vendalisme.

    Je ne comprend toujours pas cette pulsion de détruire.

  5. Myriam says:

    En espérant que les vandales s’en donne à coeur joie sur les panneaux publicitaires et laisse enfin les bicycles tranquille

  6. David says:

    Je me suis abonné au Bixi dès l’ouverture des comptes, même si ma résidence est à 500 mètres de la phase 1. J’ai utilisé le service 4 fois et une fois j’ai eu de la difficulté (les bornes refusaient de prendre mon vélo, sur plusieurs stations). J’ai été témoin d’utilisateurs déçus à plusieurs reprises, pour les mêmes problèmes.

    Pour le vandalisme, je suis évidemment amer et déçu, un peu frustré même. Je ne suis pas contre l’installation de caméras sur les stations et une campagne de “sensibilisation” sur les panneaux d’affichage. C’est pour des raisons comme ça qu’on se met à aimer Big Brother.

    Cela dit, je demeure enthousiaste. Et honnêtement, les pubs sur les panneaux ne m’étonnent pas et ne me dérangent pas. Tous les moyens de transports publics utilisent la pub pour se financer et j’aime mieux un Bixi abordable avec de la pub que pas de Bixi du tout.

    Pour le moment du moins (Je serais tout de même déçu d’y voir des pubs d’automobiles).

    J’attends la phase deux et de voir si j’aurai une pub du Camp Bud dans ma fenêtre.

  7. Nadine says:

    Et pourquoi pas taser les vandales tant que vous y êtes ?

  8. xkr says:

    Jesus-Marie-Joseph.

  9. Em says:

    J’ai eu le même problème: les 6 stations que j’ai essayées la fin de semaine du 25-26 juillet ne fonctionnaient pas. Bixi m’a quand même chargé 5$. À surveiller.

    Côté pub il fallait s’y attendre. Et je déteste dire ça, mais le vandalisme aussi…

    Je continue de penser que le concept est bon, j’attends avec impatience les améliorations du système.

  10. xkr says:

    On m’a fait parvenir ce lien qui montre l’affiliation entre Astral Medi Affichage et le BIXI.
    http://www.astralmediaoutdoor.com/fr/produits/mobilier-urbain/bixi/default.idigit

    Il paraît que cette page existe depuis le début de l’implantation des BIXI. Fait invérifiable pour le moment mais si c’est le cas, tant mieux.

    Les usagers de BIXI?

    «Une CIBLE DE CHOIX : Une clientèle urbaine, active et dynamique.» Le nouveau réseau d’affichage urbain de Montréal, PDF, p. 16.

  11. Gabriel says:

    Voilà un bon résumé de la situation.

    Mais je ne me formalise pas trop de la pub. À Paris, c’est même pire, alors que ce sont des publicitaires qui gèrent le vélib (JCDecaux).

    La pub est partout. Et l’erreur serait de considérer le Bixi comme une sorte de réincarnation du Christ, qui échappe aux maux de notre société.

    Par contre, pour rester dans un thème biblique, j’admets que si quelqu’un peut lancer la première pierre, c’est bien P45. Un site sans pub…

  12. La base du problème : Montréal (devrait-on dire l’administration Tremblay ?) lance un projet porteur d’avenir mais continue d’y appliquer une vision rétrograde, basée sur de vieux systèmes corpos.

    Bixi est géré comme si c’était un projet satellite de la STM ou une quelconque sous-entreprise. C’est carrément ridicule. La ville ne voit-elle pas qu’elle a engendré un tout nouveau modèle de projet, où l’implication et la confiance du public sont nécessaires ?

    - -

    Bixi, ce n’est pas du transport en commun. C’est du transport citoyen, individuel, complètement décentralisé. La différence est énorme ! Chaque usager est utile, chaque usager participe, et chaque usager est responsable. Le vandalisme dans le métro n’émeut personne. Mais c’est une toute autre histoire sur les Bixis.

    Le public a une relation personnelle et émotive avec Bixi. Parce qu’on le chevauche. Parce qu’il rentre dans nos quartiers, avec des stations devant chez soi. On l’aime et on aime l’aimer. On y est déjà attachés. À chaque pépin, les passions se déchaînent (lisez les plaintes (souvent exagérées) sur leur groupe Facebook).

    – Créer un faux blogue et jouer la carte du mensonge pour faire la promo de Bixi ? Erreur. Tout le monde est maintenant sur la défensive et ça alimente le cynisme.

    – Surprotéger la marque de commerce Bixi ? Erreur, à l’ère de l’open source et de creative commons. (Et pas très sympa quand des membres du public investissent temps et efforts pour améliorer le service.).

    – Placarder de la pub sur les stations ? Erreur. Cette pub est tellement intrusive, aux coins des petites rues, dans des quartiers vierges, que c’en est insupportable.

    Bixi n’a rien de corporate. C’est un objet du quotidien qu’on utilise, qui nous touche, qui nous rend service. Stationnement de Montréal et Morrow Communications devraient apprendre à communiquer intelligemment, en respectant ces valeurs… ce qu’ils ne font pas depuis le lancement du projet.

  13. Yves says:

    Très bon article sur la vague internet qui déferle autour du Bixi!

    Pour faciliter le suivi des “tags” #bxlove, #bxwin et #bxfail (car oui, il y a aussi des mauvais coups en lien avec le Bixi…) sur twitter, il est possible de consulter le http://www.bxfail.com

  14. C’est tellement brillant, ce que Jean-François vient d’écrire là… Je n’y avais pas pensé avant, mais c’est tout à fait ça.

    Le modèle à suivre, pour le Bixi, ç’aurait été celui de Communauto. Un sentiment d’appartenance, de communauté… Je ne connais pas les statistiques concernant Communauto, mais d’après ce que je peux voir, le vandalisme et le vol sont à peu près inexistants.

  15. xkr says:

    @jfproulx @Nicolas: bonnes pistes…

    En fait, pour moi, ce qui gêne à propos de l’arrivée de publicités commerciales
    aux bornes BIXI, c’est surtout que Stationnement Montréal a pris soin
    de disposer ses panneaux publicitaires à toutes les bornes AVANT d’installer les stickers qui expliquent aux usagers comment utiliser le service (ceux de la phase deux, VRAIMENT mieux faits: http://tinyurl.com/lvjjjx).

    Drôle de message.

  16. Pierre-Luc says:

    Eye!

    Mon video est pas juste louche. Moi aussi je le suis :(

Commenter