Avant qu’on arrête d’y penser

«Y paraît que c’est ça être jeune».

Je lisais ce texte de Nadia Seraiocco, qui reprend les idées du récent texte de Nicolas (Nicolas Langelier est le fondateur de P45), paru dans l’Actualité ce mois-ci et intitulé «De l’utilisation du mot pute par la jeune femme moderne». Ce matin d’ailleurs, on retrouvait à Christiane Charette une enrichissante table ronde sur le sujet, réunissant l’auteur, Nelly Arcan, Ariane Émond ainsi que Roxanne Arseneault.

Ce texte donc, il m’est apparu comme une brise de fraicheur dans un environnement rempli d’amertume.

À en croire Richard Martineau, Sophie Durocher, ou d’autres, il reste de très bon ton de transformer les débats d’idées en leur penchant moral. Mais c’est triste, parce que ça étouffe les idées, voire ça traumatise les gens. L’énervement passé, une fois que chacun a donné son opinion, qu’est-ce qu’il reste?

Simplement, la question importante au départ, c’était: pourquoi, en 2007, les jeunes filles utilisent-elles entre-elles la dénomination «pute»? Ensuite, on peut dénoncer le phénomène, mais bon, je ne crois pas que ça soit, paradoxalement, sans leur manquer de respect à ces filles. Parce qu’il doit bien y avoir une raison… ce à quoi l’article de Nicolas Langelier a tenté de répondre. Pour le jargon, le terme «pute» aurait donc une valeur de ciment linguistique.

Que l’on cautionne ou non le phénomène, il a une raison d’exister ce phénomène; et jusqu’à avis contraire, les jeunes ne sont pas des imbéciles, des imbéciles dont on suspecterait toutes les allées et venues pour y déceler un nouveau symbole de décadence sexuelle, et ultimement, un nouveau signe que la fin du monde est proche.

L’ironie, le 2e degré, c’est étrange certes, mais tellement bénin… À la limite est-ce une mode pourrait-on dire, une mode du genre grossier qui calque le «bitch» du hip hop américain. Mais il est contextuel, ce mot, genre du type à être utilisé entre initié!e)s…

Ça s’appellerait analyser sans condamner. Dès lors qu’on saute l’étape d’analyse, on condamne, on passe des messages et donc, les clans se dressent, les positions se campent et on ne se comprend plus. En conséquence, il a fallu cette table ronde d’aujourd’hui pour arriver à décrypter un peu mieux le phénomène.

C’est, en quelque sorte, une récurrence lorsqu’un tollé linguistique surgit. Cette récurrence, c’est l’absence d’humour. Comme si les linguistes du dimanche n’avaient jamais été jeunes, et que l’austérité de leur chronique leur conférait à elle seule l’autorité de ceux-qui-ont-su-devenir-adulte-rapidement. Chapeau! Maintenant, votre autorité, c’est du vent. Et merci de ne plus prendre les jeunes pour des imbéciles. Sinon à l’inverse ça donne des jeunes qui prennent les vieux pour des cons…

Je retiens cette phrase d’un communiqué diffusé en France à la fin des années 60 par le Front de libération des jeunes, occulte groupuscule s’il en est un: «Qu’une chose soit claire: nous ne sommes pas contre les vieux, mais contre tout ce qui les a fait vieillir».

Ça a le mérite d’être une affirmation «humoristique», quoique relativement effrontée… Pour le coup, voici un groupe qui avait campé sa position.

Par Xavier K. Richard, 6 septembre 2007 à 0h20 | Dans société

Laisser un commentaire

À propos de l'auteur

Xavier K. Richard

Xavier est potomane, gentleman bidouilleur, lecteur de platanes, chroniqueur profane, radio mélomane, auteur butane, bureau stéphan. Il croit que P45 est promis à un avenir serein, citadin, malin.

Autres textes par Xavier K. Richard

Collaborateurs

Commentaires récents

Catégories

Archives

Recherche

RSS Articles
RSS Commentaires





Facebook P45