Archive pour la catégorie 'Magazine'

La revue du mois de février

Vendredi 5 mars 2010

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Ce mois-ci: le journaliste Julien Cayer.

Quand j’ai commencé à faire cette revue du mois, je me suis dit qu’une bonne façon de ne rien oublier serait de m’envoyer un courriel auquel j’ajouterais les nouveaux éléments de l’actualité à mesure qu’ils surviennent.

En créant mon compte Gmail, j’ai nommé cette seconde adresse «moi2», sans trop d’imagination, en référence à mon ancienne adresse Hotmail. Ça me fait toujours rire d’écrire à «moi2». J’imagine mon alter ego prendre le courriel que je lui envoie et se dire «Wow! Maudite bonne idée, Julien! Way to go!»

Dans le genre «jouer sur les mots», un autre libellé me plait beaucoup. C’est de devoir choisir l’option «arrêter le système» pour fermer mon ordinateur au travail. Chaque fois, j’imagine que j’ai la possibilité de remettre la société à zéro, de faire un gros reset qui donnerait une seconde chance à la société.

Je prends une fraction de seconde pour penser aux conséquences (imaginaires), et je le fais. Il y a quelque chose de très libérateur à cliquer sur ce piton, même si ça fait seulement économiser un peu d’électricité au bureau. Mon côté anarchiste, vous l’aurez compris, ne prend pas souvent le dessus.

Lundi

Le mois de février commence un lundi. Comme je n’ai pas de lien de parenté avec Garfield ou Christiane Charette, je n’y accorde pas trop d’importance.

Huis clos

En février s’est déroulée l’expérience «Huis clos sur le Net», pendant laquelle quatre journalistes des Radios francophones publiques se sont enfermés dans le Périgord avec les réseaux sociaux pour seul contact avec «la réalité». Le but: vérifier s’ils réussissent à se tenir au courant de l’actualité.

Je me pose la question: est-ce que quelqu’un doute qu’un journaliste arrive minimalement à savoir ce qu’il se passe? Je veux dire: les journalistes, on cuisine et on conduit en écoutant la radio. On se détend en regardant Enquête et Découverte. On dîne en lisant les journaux et en pianotant sur notre iPhone. On travaille en commentant sur Facebook. On va même aux toilettes en lisant des magazines. Vous comprenez?

On serait sur la lune avec un séchoir à cheveux qu’on trouverait le moyen de savoir si le Canadien a gagné. Alors, Facebook et Twitter, c’est comme la Cadillac des séchoirs à cheveux.

Bob

Le 8 février, j’apprends en cours de journée que le Canadien de Montréal a convoqué les journalistes afin de procéder à «une annonce importante au niveau des opérations hockey», soit la démission de Bob Gainey.

C’est triste, mais compréhensible. Malheureusement, on n’a pas annoncé la démission du rédacteur des communiqués du Canadien qui a utilisé l’expression «au niveau des opérations hockey». Le gars qui remplit les gourdes pour le Drakkar de Baie-Comeau n’aurait pas dit mieux.

Une vision du futur

Le 10 février, l’une de mes collègues de bureau fait du popcorn. J’exagère un peu dans ma tentative de la sensibiliser aux désagréments que l’odeur pourrait causer aux autres employés de l’étage (j’ai déjà eu un bureau dans le couloir et j’en garde des séquelles) et brise ainsi son petit plaisir d’après-midi.

Le lendemain, en discutant de l’affaire avec d’autres collègues, je me rends compte que je suis seul à trouver déplaisante l’odeur du popcorn. Ça concrétise l’idée que je me fais de moi-même lorsque je serai à la retraite: un vieux grognon qui déverse son fiel dans les pages forum de La Presse. Ça va être ma-la-de.

Pas besoin de coupole

Au travail, je deviens souvent étourdi à force d’alterner entre Gmail, Twitter, Facebook, Groupwise, Buzz et Basecamp. C’est un peu comme si j’avais la télé satellite et qu’une fois que j’avais fini de faire le tour, je pouvais recommencer parce que j’ai l’espoir (légitime) d’y retrouver quelque chose de nouveau.

Un peu de violence

D’ailleurs, une partie de mon travail depuis un an et demi est de gérer des réseaux sociaux. Je gagne bien ma vie entre autres grâce à Facebook et Twitter. Et pourtant, il m’arrive souvent de penser à ce qui se passerait si je me faisais un expert en médias sociaux. Tsé, un de ces pseudo consultants-web-2.0-relations-publiques-interactif qui font croire aux entreprises et aux ministères qu’ils peuvent dorénavant rejoindre directement les jeunes en mettant une «vidéo virale» sur YouTube.

Déprimant. Dans mes rêves les plus fous, je prends mon couteau à pain, j’essuie les graines de bagels et les traces de fromage à la crème, et je leur tranche la gorge. Je mets ça sur YouTube, je fais un lien sur mon Facebook, plein de gens «aiment» ça, et je me retrouve dans le condensé des nouvelles de la journée.

Une autre vision du futur

Le 18 février, Biz, du trio rap Loco Locass, lance Dérives, un premier ouvrage de fiction qui raconte la dépression post-partum d’un papa. On s’en doutait déjà, mais ça commence à être assez clair dans notre esprit: on va être pogné avec ce gars-là pour encore 40 ans. Quarante années de militantisme contradictoire et de démagogie flagrante. Mario Dumont, si j’étais toi, je ferais attention pour ne pas me faire piquer ma job.

QMI

Le 26 février, les journalistes du Journal de Montréal sont officiellement en lock-out depuis 400 jours. Les cadres continuent de produire le quotidien, entre autres grâce aux textes de l’agence QMI.

Après tout ce temps, j’ai encore de la difficulté à comprendre pourquoi la loi anti-briseurs de grève ne s’applique pas. Suivant cette logique-là, le gouvernement Charest pourrait engager 10 000 travailleurs pakistanais, mettre ses fonctionnaires en lock-out et dire qu’il fait affaire avec «l’agence Québec Ministère Intégré».

D’un autre côté, je ne m’explique pas que les employés du Groupe TVA et de Sun Media (les journaux de Quebecor) ne se soient pas encore mis ensemble pour négocier leurs conditions de travail. So-so-so, solitaires?

Un air de printemps

Le 28 février, à 17 h, il fait encore clair. Le thermomètre indique qu’il fait au-dessus de zéro. Un air de printemps flotte sur la rue Bernard, où mes amis et moi prenons une pause cigarette pendant le match de hockey Canada-États-Unis (que nous remporterons 3 à 2 grâce à un but en prolongation de Sidney Crosby).

Un peu pompette, on réalise qu’il s’agit probablement du moment qui ressemble le plus à du hockey de séries éliminatoires que nous vivrons cette année.

Vivement le printemps!




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Avoir le look

Vendredi 5 mars 2010

Quelques considérations cathartiques autour de cinq figures visuelles marquantes de la musique populaire.

1. Kiss avec la langue sortie et du sang qui coule

Sur un plan purement enfantin et partagé avec le groupe Rolling Stones, le fait de tirer la langue évoque une remise en question de l’autorité parentale, sociale ou autre. C’est banal, quoique symboliquement assez puissant. Là où Kiss force la note, c’est en faisant couler du sang de la bouche en tirant la langue.

Aimer, c’est vouloir dévorer l’autre, disait Georges Bataille. «Je te mangerais tout cru», dit-on dans certains moments doux. En faisant couler du sang de leur bouche, les gars de Kiss disent plutôt «je t’ai mangé tout cru» – et nous ayant mangés, ils font maintenant de la musique remplie de notre chair.

Comme une ultime catharsis, le spectateur participe tellement au drame qui se joue sur scène qu’il y laisse carrément sa peau.

2. Flavor Flav de Public Enemy et son horloge au cou

C’est sûrement l’un des symboles les plus puissants du hip-hop. C’est devenu un cliché.

D’abord, évidemment, il y a l’idée de remettre les pendules à l’heure – de redresser la situation après qu’elle eût dérapé. Public Enemy se fait effectivement le porte-étendard d’une critique d’une foule de choses, mais surtout du racisme à peine latent dans la société américaine des années 1980. L’horloge au cou de Flavor Flav crie le besoin de se remettre à l’heure juste.

Mais il y a plus. Il aurait pu y avoir une immense horloge au-dessus de la scène lors des spectacles du groupe. Flav aurait pu décider de porter des montres. Il a plutôt décidé de porter une horloge à son cou. Un objet assez gros, pesant sur la gorge, écrasant celui qui le porte.

Le temps est présenté d’un point de vue heideggerien – écrasant l’être humain, anéanti devant l’abîme de sa propre mortalité. L’horloge est un objet mnémonique porté pour ne jamais retomber dans la quotidienneté médiocre de l’oubli du temps et de la mort.

Le temps est toujours là dans Public Enemy: étranglant, essentiel rappel de l’urgence de faire quelque chose de sa courte vie.

3. Lady Gaga, la star-machine

Manifestement, on s’est inspiré de Marilyn Manson pour élaborer son enveloppe esthétique. Linge en vinyle, air vaguement extraterrestre et identité sexuelle métissée. Là où la star de 2009 déclasse carrément la coqueluche de 2002, c’est en évacuant tous les éléments de Manson un peu trop menaçants pour qu’il ait pu atteindre la notoriété à plus grande échelle.

Je pense à son vague satanisme, à ses relents de musique industrielle froide et finalement au simple fait que l’ambiguïté sexuelle féminine passe beaucoup mieux que son pendant masculin.

Mais sinon, Gaga reprend essentiellement les mêmes plis que Manson. Elle développe la même symbolique de star machinale. Cela se voit en comparant les vidéoclips Bad Romance de la première et The Beautiful People du second.

Dans les deux cas, les artistes sont présentés comme des marionnettes, des fabrications, des Frankenstein. Ils sont le produit dérivé de la société qui les adule, des machines qui fonctionnent tout seul. La star se transforme en l’inaccessible par excellence, inaccessible même à elle-même – rien de moins que la forme pure et désincarnée dont rêvait Platon, puisqu’en effet, l’humain ne semble plus y être. Ne reste que l’idée de l’humain – ni homme ni femme, ni beau ni laid.

4. Tokyo Hotel, The Beatles et la rébellion sans rebelle

Évidemment, sur le plan musical, il est plus que hasardeux de vouloir établir un rapprochement entre ces deux groupes. Malgré le plaisir malin que j’y prendrais néanmoins, mon propos est ailleurs.

En tout cas, les thématiques des chansons des deux groupes sont assez convenues: on traite d’amour et de solitude, de pluie et de beau temps, etc. Malgré cela, les deux groupes émanent d’une certaine remise en question de l’ordre en place – un «je ne sais quoi» qui fait d’eux des rebelles.

Et ça passe par leurs cheveux. C’est commode, bien situé, inoffensif et irrésistible à la fois – c’est mettre la bête en cage, emboîter la différence, conformiser l’anticonformisme. Catharsis sous ordonnance: ni trop, ni trop peu – juste comme nous.

Un peu comme tout le monde, mais avec le sentiment qu’on se distingue néanmoins de la masse.




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Séparés à la naissance: Hamid Karzai et Gérard Deltell

Vendredi 5 mars 2010

«La démocratie, c’est grand de même.»





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P45 hebdo

Vendredi 5 mars 2010

La métaphore de la semaine

Gil LeBreton, du Kansas City Star, qui compare les JO de 2010 à ceux de 1936, organisés par l’Allemagne, et l’omniprésence du drapeau canadien avec l’omniprésence du swastika nazi. Nationalistes, les JO de Vancouver?

Le creux journalistique de la semaine

L’Écho de la Rive-Nord, un des magnifiques nouveaux hebdos de Quebecor, qui fait de l’infopub pour des salons de bronzage dès son premier numéro.

Le verbe de la semaine

Se MarcelLeboeufiser.

Le site web de la semaine

trololololololololololo.com

La lettre de la semaine

Une lettre de Barack Obama himself.

La nouvelle de la semaine

Le Star War Kid = le nouveau président de Patrimoine Trois-Rivières.

La non-nouvelle de la semaine

Jonathan Roy tourne un vidéoclip aux Bahamas. Si seulement il se déguisait en Gilligan, ça serait nettement plus drôle.

Le caméo weird de la semaine

Un poster de M dans un clip de Lil Wayne.

Le communiqué de la semaine

«Grâce à Marie-Mai, le français a eu une place d’honneur dans la cérémonie de clôture des JO de Vancouver.»

– Communiqué des Productions J.


Le chiffre de la semaine

43

Le nombre de Denis Drolet inscrits dans Canada411.

Le moment priceless de la semaine

Croiser Doc Gynéco à son centre local d’emploi.

L’échange surréel de la semaine

@kick1972: «Goddam iPhone ! Plus capable d’insérer les écouteurs dans le trou. Ne rentre qu’à moitié. Explications ? Conseils ?»

@cliqueduplateau: «Goddam Grille-pain ! Plus capable d’insérer la tranche dans le trou. Ne rentre qu’à moitié. Explications ? Conseils ?»

Le fait divers de la semaine

Un vol à la Mission impossible.

L’espoir vain de la semaine

Sophie Durocher quitte son blogue à Châtelaine... pour en ouvrir un nouveau chez Clin d’oeil. Hum.

La blague de la semaine

«Pourquoi Ben Laden boit-il beaucoup de thé vert? Parce que c’est un anti-Occident!»

– Dr. Richard Béliveau.


Le commentaire des inrocks.com de la semaine

«Marre de ceux qui font la guerre aux clichés»

Les messages Twitter de la semaine

@pierrecote: «toujours live pour vous. je me déshabille pour 1000$ US (Broadcasting live)»

@MFBazzo: «Le Canada a viré fou: polices montées lubriques et Captain Kirk qui baise en canot! #closingceremonies»

@ThomaDaneau: «@AgenceMirador J’ai une solution pour vous, quelqu’un qui pourra vous aider : @agencemirador»

@alainfarah: «Montréal, demain. En fait, la semaine passée. En fait, je suis pas parti. (comment pépier en flashback en flashforward et en flashsideway)»

@annebgodbout: «Mon fils a la diarrhée c’est vraiment très intense, liquide et odorant. #jeudimardeliquide»

Les messages Facebook de la semaine

Audrey: «OMG! Je vais chanter le mot PÉNIS demain 10h45 à Christiane Charette!! Moment historique».

Thomas: «je suis malade, mon repas ne reste pas où il devrait être et je partage ça sur Facebook. j’ai un problème».

La citation dépressive de la semaine

«J’ai commencé à écrire des chansons pour sortir ce que j’avais en d’dans. Mais là, je me rends compte que je suis rendu une marionnette qui ne contrôle plus rien. J’ai juste le goût de tout laisser tomber, de changer de pays, de changer de nom. Il y a tellement de jeunes qui poussent de toute façon! Je pourrais aller planter des arbres, je pourrais faire du bénévolat… je pourrais faire n’importe quoi pour me faire oublier.»

Kevin Parent.


Le bon plan de la semaine

Vendredi: We Are Wolves au MAC.

Samedi: Barbecue entre amis au parc Jeanne-Mance.

Dimanche: Faire de l’art sur Chatroulette + manger des Cap’n Crunch devant les Oscars.




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Approuvé/réprouvé

Vendredi 5 mars 2010

Approuvé:

1. Ensuite blogue.
Deux soeurs qui visitent des appartements parisiens.

2. Plastic Beach.
Le nouvel album de Gorillaz. En écoute ici.

3. Quand des adolescents latinos de 15 ans du Bronx font leur propre vidéoclip d’une toune de Pitbull.
Ça donne le goût de faire des niaiseries pendant la semaine de relâche.

4. Passwords.
Les premiers jets de ce nouveau groupe sur MySpace sont pas mal bons.

5. Québec.
OK, c’est pas le revival du siècle, mais avec l’émission Tout le monde s’en fout, le blogue Québec t’aime (une armée de Jeff Lizotte), l’ouverture d’un Urban Outfitters en mai, une playliste underground pour venir en aide à Haïti, les astres sont bien alignés pour une année en santé.

Réprouvé:

1. Être président de la Société québécoise d’hypnose et dire «hynoptiseur» et «hynoptiser».
Ça part mal.

2. La boutique du MAC.
Plus de livres et de monographies, moins de peluches et de vases quétaines.

3. Du surf à Laval.
Si ça fait que tous les surfeurs amateurs guidos vont rester en ville plutôt que d’aller en vacances très loin, nous sommes contre. (By the way, la photo est TELLEMENT bien choisie.)

4. Les reprises de Sabotage des Beastie Boys.
C’est drôle, mais automatiquement raté.

5. Être trop dedans pendant un concert.
OK, tu peux apprécier la musique et vraiment triper. Mais fais pas un fou de toi-même, comme ce gars au spectacle des Trois Accords. Juste, arrête.

En attente de classement:

1. 3 filles en relâche.
Trois étudiantes qui se sont ouvert un blogue pour se désennuyer pendant la semaine de relâche et qui découvrent Internet. Terrible. Malalaisant. Malsain. Mais drôle.

2. Un film inspiré du jeu Monopoly, réalisé par Ridley Scott.
Même nous, on n’aurait pas pensé à ça.

3. Jeff Fillion.
L’homme de radio ferait-il un bon animateur du Bye bye à la télé de Radio-Canada? En tout cas, il fait de bonnes imitations.




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