À mon arrivée à San Diego, j’ai sollicité les services d’une navette appelée «Cloud 9 Shuttle». Elle m’a transporté jusqu’à destination avec l’aisance d’un petit cumulus poussé par une légère brise.
Nuage 9. Le nom de la compagnie s’est niché dans ma mémoire, comme on retient le nom d’une drôle de rue, ou d’une drôle de personne.
À quelques mètres de mon auberge, à San Francisco, je découvre une boutique de potteux, comme on en trouve par centaines dans les grandes villes. Pipes, papier à rouler et drapeaux de Bob Marley s’entassent dans un espace restreint. Sur une affiche vieillotte, au-dessus de la porte, j’y lis «Cloud 9 smoke shop». C’est quoi l’affaire avec «Cloud nine»?
Mange ta bile
C’est le genre d’énigme qui me pousse à rechercher d’une réponse, ou une pseudo-explication. Après vérification, j’apprends que l’expression «to be on cloud nine» signifie être euphorique, en extase, «comme sur un nuage». Fallait y penser. Fallait faire le lien. J’y ai pensé. J’ai fait le lien, et me suis couché moins niaiseux dans mon lit superposé, après une douche froide et une bière chaude.
En tout cas, c’est l’avant-dernière fois que j’achète des souliers usagés. Mes souliers rouges ont rendu l’âme, au camping de Half moon Bay, pas trop loin de San Francisco. Ils ont commencé à «manger des camions», par l’arrière, pour finalement m’obliger à retirer la semelle d’un coup sec, comme on enlève un «plaster» sur un genou poilu.
J’ai parcouru quelques kilomètres avec un soulier sans semelle. Bizarre. Un soulier sans semelle, ça me fait penser à une fille qui ne sent pas bon. Ça se peut, ça existe, c’est pas trop grave mais c’est moins agréable. Moins confortable aussi.
C’est dans une friperie de Santa Cruz que je me procure mes nouveaux compagnons. Fabriqués avec du chanvre, ils ont ce look semi-grano. Dans ma vie normale, jamais je n’aurais osé me procurer de telles chaussures, surtout dans une friperie. Seul, à vélo, à des milliers de kilomètres de toutes barrières sociales, je me gâte. Ceux-là devraient durer, je les ai payé 6 $ US.
American Kevin
Je crois avoir rencontré le sosie de Kevin Parent. Justin, de l’Ohio Grand gaillard fort sympathique avec des jambes et la chevelure longues. Il est parti de Seattle, à vélo, et projette de se rendre à San Diego, avec un extra Grand-Canyon pour s’imprégner de sueur et d’images mémorables.
Après avoir installé nos campements respectifs, il vient me jaser, sur ma table à pique-nique. Justin émet aussi des sons, mais beaucoup moins harmonieux que sa contrepartie gaspésienne.
Après quelques minutes de discussion, il lâche une de ces flatulences qui s’inscrit dans l’espace et dans le temps. Qui marque son prochain. Il s’excuse brièvement et poursuit la discussion. Pas que ça me dérange particulièrement, mais j’ai sursauté. Juste un peu spécial le Justin. Lâche pas, comme on dit!
Je reprends la route ce matin, après un gros café pour élargir mes petits yeux. Je ne peux m’empêcher de penser à la signification de «cloud nine». Et puis, pour pousser à l’extrême la réflexion, je me demande comment atteindre ce «cloud nine» si notre ciel est sans nuages. J’en ai pour quelques centaines de kilomètres à ruminer ça…
Discussion
Salut Mathieu!
Voici ma théorie sur le nom du magasin «Cloud 9» : Selon moi, ce nom fait référence entre autre à la chanson «Revolution 9» des Beatles (la chanson où on arrête pas de répéter : number nine!). Je te laisse philosopher encore plus à ce sujet sur encore quelques kilomètres…
Cher Rousette,
Je viens de prendre un peu de temps pour récupérer tes 10 derniers articles. T’es vraiment incroyable et inspirant. J’avais pris un peu de retard, car c’est plutôt rare que je prends un peu de temps dernièrement,je sais pas pourquoi, probablement parce que je ne prends pas le temps de comprendre pouquoi je ne prends pas de temps. Bref, je voulais te dire de continuer à prendre ton temps, c’est important de prendre du temps. Je voulais aussi te dire que pour “cloud 9″, je ne peux pas vraiment t’aider.