10 Québécois de la télévision française

Numéro 24

3 décembre 2004 au 3 février 2005

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 3 décembre 2004 dans
Culture, Médias

p_pal_qcfrance_1204.gifIls ont fait une télé, en font ou en feront une. Les Québécois à la télévision française font des apparitions au compte-gouttes. Pourquoi? Parce que ce sont presque exclusivement les chanteurs que l’on connaît et qu’ils n’ont rien à dire, ou alors parce qu’ils valent trop chers: ce sont tous des stars.

Ils font décidément dans le cliché: gais, sympas, niais. Leur image publique est étroite mais incroyablement positive, et en France, cela demeure sans équivalent. De là à faire l’analogie avec la perception du Québec de la part des Français, il n’y a qu’un pas, qui sous toutes réserves ne sera pas franchi ici. Durant la saison 2003-2004, ces Québécois ont fait de la télévision, exclusivement à titre promotionnel; le présent compte-rendu retrace dix de ces apparitions.

1. Marie-Josée Croze
L’émission phare de Paris Première, Paris Dernière, l’a d’abord montrée modeste. Le concept de l’émission: une caméra DV et de la mondanité. Donc Croze, mondaine comme jamais: ils discutent (elle est toujours modeste à ce moment), entrent dans une de ces boutiques de parfums hyper chics près des Champs-Élysées et là l’attend un long bain de paparazzis auquel se prête une Croze dévouée. À leur sortie, elle reprend la discussion autour des grosses têtes de Paris, mais l’animateur, F. Taddéï, s’excuse et se barre.

2. Natasha St-Pier
C’est notre Britney à nous. La dernière fois chez Ardisson, Baffie l’avait détruite, et elle, elle riait. Fin novembre, elle apparaît habillée en madame, les boucles tombantes et une nouvelle teinture, plus défiante quoi, à la Parisienne quoi. Interviewée, elle est impolie, tutoie tout le monde et lâche des «Oué!» gros comme le bras. Dommage pour elle: le plateau est constitué des plus grands terroristes du gag de France, Jamel Debouze et le duo Erik & Ramzy. Désarroi, et elle se tait.

3. Garou
Il est le meilleur. Il faut désormais l’appeler Gentle-Garou, Garou-nours ou tout simplement Super-Garou. Il est sur tous les plateaux de variétés, gentil comme tout, et joueur. Il a été le seul à se mesurer à Laurent-Baffie chez Ardisson, c’est pas peu dire. Mentionnons ce reportage de la chaîne M6 où Garou revient triomphant à Sherbrooke, sa ville natale. Éberlués, qu’ils étaient tous.

4. Bernard Derome
Sa voix sonne comme un cri de ralliement. Tous les jours à 8h sur TV5, il nous livre de son ton copain-copain les fins détails de l’actualité au Canada. Dans la donne journalistique française, on le qualifierait d’austère, voire de démagogue. Heureusement, ses transitions hâtives (notamment son succès: «Bon!») n’ont d’échos que chez les Québécois en mal de faits divers au pays.

5. Corneille
Il était une star sans même avoir foulé les planches, on n’y comprend rien. Son passage à la trash Paris Dernière le montrait romantique en pleine ballade sur la butte Montmartre. On retiendra sa timidité, son indécrottable don pour tempérer sa double image de victime et de star.

6. Diane Dufresne
Malgré une exposition de toiles dans une galerie ultra bourgeoise avenue Matignon, l’artiste n’use pas moins d’un accent québécois bien gras. Vue sur Canal+.

7. Robert Charlebois
Invité à On ne peut pas plaire à tout le monde, Charlebois, passif, ne dira mot de toute l’émission. Il interprétera finalement «J’t’aime comme un fou», justifiant ainsi sa présence. À ses côtés, et ça explique en partie son mutisme, la totalement impertinente Claudette Dion, en promo pour son spectacle «Je chante Piaf, nah!». Auparavant, celle-ci, sur le plateau de Vie privée, vie publique pour une émission sur les familles des stars, avait été privée de parole dès sa première intervention.

8. Roch Voisine
Eh oui, Roch tombe les dames, et ça ne se dément pas. Entr’aperçu sur un plateau exclusivement féminin de la chaîne publique France 2, il avait à peine descendu les marches de la passerelle, souri beaucoup, fait une chanson, qu’il était reparti.

9. Céline Dion
C’est le gros calibre. De fait, la vedette n’est pas très présente sur les plateaux français, trop modestes pour René Angélil. À Star Academy en 2002, elle avait critiqué en direct le concept de l’émission, sous couvert d’une clause qui lui permettait d’être libre de tous propos durant l’émission (eh René!). Une émission lui est dédiée fin 2003 sur TF1 (la plus grosse chaîne française). En 2004, rien.

10. Les autres
Ces artistes qui ne font pas de télé, ce sont eux qui détruisent peu à peu les stéréotypes, à contre-courant des grands brandings made in Quebec. Pour les plus intéressants, s’ils font de la télévision un jour, ce sera dans les magazines Tracks d’Arte ou SODA ou Ubik de France 5, des chaînes plus ouvertes aux initiatives du genre.


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