45 idées pour (un peu mieux) réinventer le Québec

Numéro

23 au 30 octobre 2011

Un texte de
Nicolas Langelier et Ghislain Poirier

Publié le 1 octobre 2002 dans
Chroniques, P45 vous aide à mieux vivre

L’équipe de P45 vous présente ses solutions pour faire du Québec un endroit meilleur, plus beau et généralement moins plate.

Ainsi donc, Jean J. Charest et le Parti libéral du Québec ont décidé que, dans l’éventualité où ils formeraient le prochain gouvernement, ils utiliseraient ce mandat pour «réinventer le Québec». Outre le fait que nous soyons un peu perplexes devant la plausibilité logique d’inventer à nouveau quelque chose qui existe déjà, nous ne pouvons qu’applaudir à cette belle manifestation d’un désir sans doute sincère d’améliorer les choses, dans la grande tradition de libéraux québécois comme Jean Lesage et Lomer Gouin.

En théorie, du moins. Parce que concrètement, après avoir lu attentivement, hi-liter rose à la main, de quelle manière au juste le PLQ comptait RLQ, alors là, nous n’applaudissons plus: nous sifflons, nous huons, nous tapons du pied, nous manifestons notre désaccord d’innombrables façons. Nous pourrions même dire, si nous n’étions pas si modestes, que nous réinventons la manière de crier «Chooooou, c’est pourri!»

La première raison de notre si manifeste mécontentement est d’ordre général: la gimmick qu’est la réinvention de quelque chose est aussi vieille que la politique elle-même. La moitié des politiciens ayant voulu se faire élire depuis les débuts de la démocratie l’ont fait avec une plate-forme prônant la réinvention de la quelconque patente qu’ils souhaitaient diriger (l’autre moitié des politiciens, appelés conservateurs, promettent plutôt de revenir à comme c’était avant, dans un passé glorieux et à tout coup idéalisé. Notez cependant que ça reste une forme de réinvention; simplement, c’est une réinvention vers le passé, et non vers l’avenir. Mais nous n’entrerons pas dans ce genre de subtilités ici). Rien de neuf ici, donc. Rien de réinventé, justement. Ça part donc très mal.

(Par ailleurs, la réinvention du Québec en particulier est loin d’être plus original comme objectif. Deux exemples récents: 1) En 2001, Alain Dubuc, éditorialiste en chef de La Presse, faisait paraître une série d’articles sur sa vision d’un Québec moderne. Le titre de la série? «Réinventer le Québec»; et 2) L’objectif du Printemps du Québec à Paris, en 1999? Eh oui, «Réinventer le Québec». Deux morceaux de robot à tout le monde.)

Mais la deuxième – et plus importante – cause de notre profond écœurement devant les propositions du PLQ, c’est qu’elles sont immensément, désespérément banales. Investir dans les soins de santé à domicile et les soins de longue durée? Favoriser la réussite des étudiants des programmes techniques? Simplifier la fiscalité des entreprises? Brancher les régions? Maintenir l’équilibre budgétaire? Si c’est ça un Québec réinventé, le PLQ doit trouver que le statu quo n’est pas pire pantoute… (Et il est important de noter que nous n’avons pas choisi les solutions les plus insignifiantes juste pour prouver notre point. «Valoriser le travail et investir dans le capital humain» ou «Doter le Québec d’une culture de l’innovation», quelqu’un?). Mais ce qu’il y a peut-être de plus décourageant là-dedans, c’est que selon M. Charest «ces priorités d’action sont le résultat de quatre ans de travail, de réflexion et de consultation». Hmmm…

Et voilà donc où nous en sommes, en cet automne 2002. Lors des prochaines élections, nous aurons le choix entre le statu quo (PQ), un statu quo un peu différent (PLQ) et un statu quo beaucoup plus néo-conservateur (ADQ). Désolant, n’est-ce pas? Pourtant, ce n’est pas comme si le Québec n’avait pas effectivement besoin de réinvention. Il y a un million d’affaires qui ne marchent pas ici, ou le font mal, ou n’existent pas, ou devraient être abolies ou modifiées, changées, transformées, repensées… Réinventées, oui, effectivement.

Alors, c’est avec en tête l’infime espoir d’inspirer quelqu’un, quelque part (ne serait-ce que nous-mêmes), que l’équipe de P45 a dressé cette liste de 45 choses qui pourraient faire du Québec un meilleur endroit où vivre. Ces solutions sont le résultat de quatre heures de travail, de réflexion et de consultation. Et on regardait la télé en même temps, en plus.

1
Hausser le salaire minimum de manière substantielle, pas à coup de 10¢. Quand le Conseil du patronat prétendra que cela causera des milliers de faillites, hausser les épaules en disant «Pfff! N’importe quoi.»

2
Interdire toute consolidation supplémentaire des médias.

3
Stéphan Bureau: lui donner un coup sur la tête avec un objet contondant.

4
Échanger Mario Dumont au Minnesota contre des considérations futures.

5
Faire découvrir la musique de notre époque aux jeunes des régions.

6
Enlever toute considération commerciale des objectifs de notre télévision publique.

7
Offrir aux étudiants la possibilité de prendre une année sabbatique entre le cégep et l’université, tout en continuant à recevoir des prêts et bourses s’ils consacrent leur temps à un organisme sans but lucratif, ici ou à l’étranger.

8
Instaurer le péage sur les autoroutes et les ponts entre Montréal et la banlieue, et utiliser l’argent pour financer le transport en commun.

9
Faire quelque chose avec les gens souffrant de toute évidence de problèmes psychiatriques qui se retrouvent dans la rue.

10
Créer une radio publique dédiée exclusivement aux moins de 35 ans, comme il y en a en Grande-Bretagne, en Australie, etc. Oh, et au Canada anglais, aussi…

11
Refuser de subventionner un centre d’interprétation de plus, fut-il sur un sujet aussi important que le crapaud cornu ou la gravelle.

12
Relancer le développement du métro à Montréal: Montréal-Nord, boulevard Pie-IX, Anjou… Et, on lance l’idée, une ligne sur l’avenue du Parc, entre les stations Parc et Place-des-Arts.

13
Créer un comité consultatif afin d’étudier la surexposition médiatique de Ricardo Larrivée.

14
Boycotter GM. Starbucks. Wal-Mart. McDonald’s. Esso. Le Dr Mailloux.

15
Cesser de subventionner l’industrie des courses de chevaux.

16
Rebrander la Côte-Nord.

17
Interdire le dézonage agricole en bordure des grands centres urbains.

18
Après le mariage homosexuel, légaliser le mariage à trois. Ah, pis l’exhibitionnisme et le cannibalisme, tant qu’à être une société vraiment ouverte et tolérante.

19
Taxer davantage les revenus des conglomérats médiatiques et s’en servir pour augmenter les subventions à la culture.

20
Relancer le transport ferroviaire.

21
Définir une danse officielle québécoise que le premier ministre effectuerait lors de chacune de ses apparitions publiques.

22
Financer le développement de stations balnéaires en Gaspésie, avec trains rapides, hôtels, discothèques…

23
Planter des arbres dans les nouveaux développements en banlieue.

24
Nommer Véronique Cloutier à la présidence de l’Assemblée nationale, question de donner un peu de pep à nos élus.

25
Retourner à l’appellation Chicoutimi. Saguenay, c’est juste niaiseux.

26
Saint-Louis-du-Ha! Ha! aussi, c’est niaiseux. Le rebaptiser Saguenay.

27
Doubler la consigne sur les canettes et bouteilles. Les profits pourraient entre autres être utilisés pour expliquer au gars qui conduit le camion de recyclage que tu ne t’es pas fait chier à séparer tes affaires pour qu’après il crisse tout à la même place dans son truck.

28
Interdire toute publicité pour Loto-Québec et la SAQ. Et Brault & Martineau aussi, pour d’autres raisons.

29
Faciliter sur les plans financier et administratif la poursuite d’études à l’étranger.

30
Faire du dumping de sirop d’érable aux États-Unis afin d’affaiblir l’économie du Vermont, puis acheter l’État et en faire le Lebensraum de la Montérégie.

31
Assouplir les règlements relatifs au permis d’alcool.

32
Offrir Murdochville et ses bourgs environnants à Pierre Karl Péladeau en échange de Quebecor. Lui offrir en plus le droit de cuissage, s’il est réticent.

33
Faire le ménage des incompétents qui traînent à Aéroports de Montréal.

34
Radier Rémy Girard de l’Union des artistes pour une période minimale de 5 ans.

35
Trois-Rivières: il y a sûrement quelque chose à faire avec cette ville-là. Organiser une séance de brainstorming.

36
Favoriser le développement d’une automobile québécoise.

37
Peindre le pont Jacques-Cartier en orange.

38
Créer des programmes pour faire venir ici les meilleurs artistes de partout.

39
Limiter la puissance des motos et des motoneiges.

40
Interdire ces invraisemblables stations-service/dépanneurs/restaurants/cafés/vaisseaux spatiaux qui poussent à Montréal. C’est le boulevard Saint-Laurent, ça, pas la 640, pour l’amour de Dieu.

41
Nommer Ménick coiffeur lauréat de l’État québécois.

42
Demander à Jean Lapierre qu’il se ferme la gueule, S.V.P.

43
Mettre fin au développement de mini-centrales hydroélectriques. Fermer celles qui fonctionnent au gaz, au charbon et à l’énergie nucléaire.

44
Demander l’admission à l’Union européenne.

45
Subventionner P45.

Solutions par Philippe Lamarre, Nicolas Langelier et Ghislain Poirier.

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