5 raisons d’haïr Air

Numéro 12

7 au 12 février 2004

Un texte de
Sarah Lévesque

Publié le 7 février 2004 dans
Chroniques, La liste

Leur musique sans heurt, sans violence, sans dissonance, évite de froisser votre propre chien…

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Gai, le groupe Air? Le groupe pop le plus efféminé de la France aime laisser ses fans dans le flou quant à ses préférences amoureuses. Veut-on ici nous tromper ou tout simplement surfer sur cette nouvelle tendance masculine, celle d’être hétérosexuel tout en flirtant avec les tics et les habitudes des homosexuels? Comme Indochine, Jayjay Johanson et Tiga, Air a bien compris les rouages du capitalisme. Tout est une question d’instinct, du premier, le plus basique de tous, cette envie de cul ou celle que les biologistes nomment la reproduction.

Si les magazines européens ont étiquetés de «métrosexuels» ces hommes qui découvrent leur féminité, nous, on croit qu’il s’agit d’un manque de clarté pour mieux nous berner, pour mieux vendre quoi ce soit à n’importe qui. Des ambigus sexuels, ces Air? Clairement. Air = flou sexuel.

2.
Après le départ de Syd Barret, Pink Floyd n’a jamais été le même. Leur album le plus vendu, The Dark Side of the Moon, prouve tant par sa pochette que sa musique, la longue descente en enfer, avec ces voix aériennes qui annonçaient le new age et les solos de saxophone, l’emprise possible de Kenny G sur les soupers romantiques des années 80.

Étrangement, Air s’accroche sur les plans aériens du rock progressif comme s’il existait dans cette musique un salut possible. Le seul salut qu’on y voit, c’est celui d’être bourgeois, ringard, tout en s’illusionnant sur sa capacité d’être hippie et de dormir sur un matelas de sol lors d’un voyage en Inde. Air = rock progressif.

3.
2015. Vous êtes dans une salle d’attente. Sur une table basse, des revues, toujours les mêmes, rapportent le vingtième divorce de Jennifer Lopez et sa nouvelle amitié avec la vieille Liz Taylor. Autour, des gens avec des visages qui ne vous disent rien, qui ont l’air à s’emmerder plus que vous. Une couleur en tête. Le gris. Et le lilas fané. En bruit de fond, de petites voix comme des chants de baleine et surtout des claviers sirupeux, un peu de guitares acoustiques, une musique sans intonation qui parle de voyage intergalactique et de planètes.

Vous reconnaissez finalement. Tiens donc, Air s’est recyclé en muzak. Il vous semblait aussi que l’ascenseur à votre boulot était tout à coup plus spatial, une allure de fusée. Air = muzak = coït impossible dans une salle d’attente.

4.
C’est étrange… Air, ça fait penser à Nike et leurs annonces d’espadrille, dans lesquelles on vous faisait presque croire qu’après quelques enjambés, vous arriveriez à voler ou sauter comme la femme bionique. En les achetant, vous avez réalisé qu’on vous avait bien eu. Croire aux publicités, c’est comme croire au père Noël.

Air, ça ressemble donc à une marque de commerce, à un groupe qui s’identifie à une substance qui nous glisse entre les mains, un duo qui est heureux comme toutes les publicités d’assurance et de voitures à la télévision. Air, c’est une utopie, une bulle, une mélodie du bonheur à laquelle on aimerait bien croire.

Mais nous, ce qu’on aime, c’est les cordes vocales qui saignent, c’est les images crues, sans trop de maquillage, le passé troublé des musiciens, les shacks perdus au bout d’un rang, bref, les anti-héros parce qu’ils nous ressemblent tous. Les concepts publicitaires, trop propres, trop blancs, trop parfaits, nous donnent le goût de les salir, de les barbouiller, d’écrire sur eux des grosses vacheries, de devenir anorexique. Air = just don’t.

5.
Air ressemble à un vieux couple, pas à des meilleurs amis qui font des coups masculins et mordants comme les Jackass. En fermant les yeux sur leur musique, des images d’amoureux et de leurs activités sans vague vous assaillent. Les soupers à la chandelle, les lectures sous la couverte, les promenades main dans la main, les couchers de soleil en buvant le même pina colada, la Saint-Valentin au restaurant. Ouach! Leur musique sans heurt, sans violence, sans dissonance, évite de froisser votre propre chien. C’est dire… AIR = de l’air.


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