Nuit Noire, 17 octobre 1961
D’Alain Tasma
Avec Jalil Naciri, Clotilde Courau et Thierry Fortineau
France
La Haine en parlait, Ma 6-T va crack-er abordait la question et plus récemment, Caché de Michael Haneke évoquait la chose avec ingéniosité: l’Algérie. Cependant, même si quelques films (mais si peu) racontent la guerre d’Algérie, peu relatent le conflit en terres françaises durant cette période confrontant le Front de Libération National (FLN) au gouvernement présidé par De Gaulle.
Tasma a voulu rappeler une date occultée, celle du 17 octobre 1961, la date de la manifestation pacifique de 30 000 Algériens dans les rues parisiennes afin de clamer leurs droits.
Difficile de ne pas avoir parti pris dans Nuit Noire et c’est sûrement une des faiblesses du scénario de Rotman, Rousseau et Tasma , mais il reste que le réalisme opère. De l’adolescent voulant devenir un bon Français en passant par les terroristes calculateurs du FLN et par la bourgeoise activiste, tous les points de vue sont représentés.
Film choral très bien maîtrisé, Nuit Noire trouble et nous prouve que dans toutes les régions du globe, même celles se pavanant de leur culture et de leur civilité, l’homme est quelques fois (et cela trop souvent) un barbare et d’autres fois, heureusement, un humaniste héroïque.
Quinceanara
De Wash Westmoreland et Richard Glatzer
Avec Emily Rios, Jesse Garcia et Jesus Castano
États-unis
Sorte de célébration du passage à l’âge adulte, la Quinceanara est une fête latine qui a lieu lors du quinzième anniversaire d’une jeune fille. Madgalena (Rios) s’apprête à fêter ce rituel dans Echo Park. Les plans de l’adolescente tomberont à l’eau quand elle apprendra qu’elle attend un enfant.
Au début, Quinceanara fait peur avec ses personnages à la sauce latine rappelant Jennifer Lopez à ses débuts et les garçons de Cypress Hill (qui n’ont jamais vraiment changé…), mais après l’adaptation (donnez-vous un bon dix minutes) viennent les questions : Est-ce que ça se passe dans les années 90? L’histoire se déroule au Mexique? Au Pérou? Ah, au Chili, c’est ça? Les gens portent encore du contour à lèvres en 2006? Arrête! C’est une blague, c’est ça? Les réponses sont: non, non, non, non, malheureusement oui et c’est loin d’être une blague, sinon elle serait de mauvais goût.
Dès ces moments passés, vous apprécieriez ce film-bonbon qui est en fait un vrai gros gâteau sucré comme ceux dans les quinceanaras. Écrit et tourné à la vitesse de l’éclair par Wash Westmoreland et Richard Glatzer, Quinceanara est inspiré du mouvement artistique hyperréaliste britannique des années 50, le «Kitchen Sink Drama».
À la fois tordant et cynique, le scénario très bien ficelé et quelques fois improvisé ne tombe jamais dans la morale à deux balles. Au contraire, vivifiant et émouvant, Quinceanara illustre avec respect et finesse son propos.
Enrobé par un reggaeton vibrant, Quinceanara, gagnant du Grand Prix du jury au Sundance Festival et du Prix du public, est simplement un des plus beaux films de l’année et prouve que la poésie du cinéma se retrouve surtout dans des histoires toutes simples. Pour l’occasion, faites-vous plaisir et mettez-vous donc du contour à lèvres.
Discussion