Aurores, enfants martyrs, et autres moments choisis, au hasard de la vie, random…

Numéro 42

1er  juillet au 7 septembre 2006

Un texte de
Sandra Klein

Publié le 1 juillet 2006 dans
Fiction, Poésie

Aurores, enfants martyrs, et autres moments choisis, au hasard de la vie, random…

Le soleil se lève, encore une fois. Du haut de mon 22e étage maintenant légendaire, je scrute attentivement l’apparition des premiers bourgeons de feu de la journée… Ne suis pas encore couchée, pas, encore…

C’est si beau, si bouleversant, immense, intangible…
Si mélancolique, inexplicable et divin à la fois…
Sans un seul nuage ce matin.
D’autant plus troublant, d’ailleurs, cette aurore sans nuages.
Un peu trop carte d’assurance maladie.
Soleil éclatant.
Pureté plaquée.
Comme les sourires aux dents immaculées des idoles de notre génération.
Génération sans nom, dont je fais partie intégrante. On ne va tout de même pas se contenter d’une vulgaire lettre d’alphabet…

Déficits d’attentions et personnalités limites traitées chez le dealer du coin.
A grands «calls» de Robin des Bois, qui vient faire voler les riches en éclats:

«Lucy in the sky with… Sandra… and Mary, and Den’s, and Olivier, and Ben, and Jean–Mi, and j’en passe…»

Pour moins de cent dollars on vous met les points sur les «i» et les barres sur la table. Sans souci.
On vous trace la ligne de conduite, ou la clef du succès. C’est selon…
Dites-nous ce que vous voulez projeter, on vous dira quoi ingérer. Comme un test de personnalité, personalisé.
K, E, Speed, jus, coke MDMA… Rien d’autre, promis. On n’est pas des finis de la vie non plus! Juste des «extrêmes épicuriens chimiques».
Table d’hôte ou à la carte. Pilules a motifs divers, et rendement variable…
Gélules aux reflets satinés et effets chatoyants, qui s’harmonisent à ravir tant avec le vin choisi qu’avec l’écharpe Louis Vuitton pourpre.
Quelle que soit la méthode d’absorption préférée, nous avons ce qu’il vous faut pour vous évader.
Pour ce qui est des drogues douces… très peu pour nous. Ça nous rend paranos et ça donne les «munchies», extrêmement mauvais pour la ligne.…

Jeunes et moins vieux, s’adonnent à cœur joie à la pupille dilatée et au regard vaseux; Énergie artificielle et transpiration excessive sur planchers de danse encore pleins à sept heures du matin.
Éphèbes imberbes. Se tortillant sans beat…
Machos-métros confus. Gays assumés laissant t-shirts au vestiaire question de partager fluides corporels avec inconnus.
Filles de joie, festives, à l’appétit partiel et aux désirs refoulés.

Aussi marginaux et uniques sommes-nous les uns des autres, un point commun nous relie tous, faisant de nous, la génération que nous sommes:
Cette profonde confusion commune, face à la vie, à l’amour, l’amitié et la famille. L’éclatement officiel de ce que nos géniteurs ont tant bien que mal essayé de préserver: L’utopie du couple monogame: On ne nous la fait pas! Sexe débridé entre amis, renfloué, ponctué de subites fusions charnelles intenses à mort puis de déchirements sanglants et cruels. Sarcasmes aigus d’amants pinces sans rire, qui nous connaissent déjà trop.
Le tout, servi sur fond de cacophonies d’ego, en si bémol.

Cette masse de corps sveltes et sculptés aux hormones ou au collagène se réunissant chaque semaine, religieusement, au rythmes de leurs dieu-dj’s préférés, est non seulement une réplique glam-trash des publicités de fringues «trandy» mais aussi, une des tranches de société les plus diplômées et performantes.
Une meute d’esprits éduqués par du «bourrage de crâne de luxe» et du «par cœur universitaire». Vêtus d’étoffes riches, de tissus choisis, style dernier cri:
«Déchirés, les jeans, tout comme vous et moi! Trois cents balles s.v.p »

Enfants rois, mal sevrés, grandis en captivité. Manque d’attentions diverses et particulières. Jamais satisfaits et vite lassés.
En quête du fameux «plus», du célèbre «toujours mieux», du bout d’la marde, de la pilule bleue, celle qui vous rappelle que, quand il n’y a plus d’espoir de bander, il y en a encore…

- Exemple de cocktail célèbre et éprouvé. (Pour n’en nommer qu’un); Coke&Ghb&Viagra

«Oui… vas y! C’est bon! Pousse fort! Performe! Encoreeee…»
Gémit-elle avant de s’évanouir…
-Wiping garanti, ou argent remis.
Jusqu’au brusque, brusque trop.

Trop.
Encore ce mot…
Quatre lettres, une syllabe, trois consonnes une voyelle.
Troublant de nous savoir si… trop, pas assez, sans plafond ni limites, la tête dans les nuages…
Et pourtant… la vie continue et n’attend pas…
Le soleil se lève sur nos âmes couvertes par le toit du dernier after “in” en ville… et on le manque pour de bon.

Mais revenons à nos rayons…
L’aurore. La vraie. Celle d’aujourd’hui.
Quand même.
Devant laquelle je ne dors pas encore. Qui me réconforte. Malgré tout… La chaleureuse, l’authentique.
La boréale, pétillante, fondamentale, cruciale.
Qui se lève. Tout le temps.
Rose Sang.

Sans Draps.

(sic)

ANNONCES CLASSÉES

Aurore à louer:

Modique somme, petit extra toujours inclus.
Flamboyante et ponctuelle, peut causer anxiété.
Meilleurs résultats lorsque admirée reposée.

Ou encore :

Aurores. Enfants martyres, recherchés pour études cyniques:

Désenchantés, un atout.
Must be: blasé.
Disponibles pour apitoiement de groupe, communautés de médiocrité et de commérages.
Atelier intensif de création de potins sur sujets absents ou innocents.
Classes d’hypocrisie diplomatique et méchanceté gratuite.
Efficacité éprouvée pour agrémenter quelconque vie insipide.



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