Bar Salon le Midway: là où ça vous coûte plus cher en juke-box qu’en bière

Numéro 45

22 au 28 septembre 2006

Un texte de
Noémi Rouleau

Publié le 22 septembre 2006 dans
Culture, Sorties

Bar Salon le Midway: là où ça vous coûte plus cher en juke-box qu’en bière

Je me suis sentie comme chez moi à l’instant où mes faux Converse roses ont passé la porte du Midway.

D’ailleurs, un peu plus et ils y restaient collés, englués dans les tuiles du plancher. Parce que la propreté au Midway, c’est quelque chose dont on peut douter. La clientèle, elle, affiche par exemple sans vergogne son refus des conventions de l’ère du sent-bon et autres savons antibactériens.

Mais c’est là l’essentiel du «bar salon»: les habitués. Ça sent bon la déchéance consommée. Et les bocks sont seulement une grosse piastre. Des petits bocks, ok, mais sur notre inconscient de consommateur, 1$, ça fait son petit effet quand même. Pensez-y, c’est comme aller s’acheter une bière au Dollorama… Et ce barman si sympathique, et old school… Du genre à écouter avec compassion ses clients lui raconter tous les ennuis qu’ils ont rencontrés dans la vie, et comment ils ont fait pour aboutir aussi bas dans l’échelle sociale et ainsi de suite, pendant des heures.

Le tout en essuyant compulsivement des verres, comme dans The Shinning. Pareil, je vous dis. La dimension de l’établissement est aussi assez surréaliste, une sorte de ramassis d’allées de bowling sur lesquelles luisent les néons. D’ailleurs, l’entrée arrière peut être vue par les fenêtres du deuxième étage des Foufs. Juste à côté du nouveau 281, il y a un terrain vague qui a des allures de parking… Mais non! C’est la porte arrière du Midway! Ô joie, enfin un bar où vous pourrez dire que vous être entré «paranarrière». Ça vous fait saliver, hein?

Tous les stades de l’alcoolisme y sont présents, et tous les âges aussi. Au loin, des représentants du troisième âge saouls qui taponnent des donzelles trentenaires endormies la face sur la table collante; des coupes Longueuil, bruyants et lubriques (heureusement seulement entre eux), légèrement pompettes; des représentants des premières nations en état d’ébriété plus qu’avancé.

Pendant que je m’extasie sur la faune nocturne du «bar salon, mon copain découvre la principale distraction de l’endroit: le juke-box. Machine, à ma grande surprise, extrêmement bien remplie de compilations des années 50 à 80, et offrant des heures de divertissement, parce qu’aucun autre client de l’endroit ne daigne dépenser son dollar en musique (toujours l’importance symbolique de la piastre…).

Le Midway, c’est un bar où vous ne voulez pas aller. Malgré tout, les lumières de Noël, le tapis et les glaçons de papier argenté qui décorent le dit endroit, laissent présager des soirées karaoké certainement inoubliables…

Bar Salon le Midway: 1219, boulevard St-Laurent


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