Blame it on the boogie

Numéro 171

4 au 10 décembre 2009

Un texte de
Alice DT

Publié le 4 décembre 2009 dans
Fiction, Les rendez-vous manqués

Blame it on the boogie

On est proches, dans ma famille. Ensemble, nous formons un clan très serré, sélect, un peu comme un club élite, comme un hybride créé à partir du S club 7 et de la famille Griswold.

Lorsque je fais des cauchemars, c’est toujours, sans exception, autour du décès violent de l’un d’eux, ça tient presque de la déviance.

Dans ma tête, j’ai érigé un autel avec des coquillages, des cierges pis des cadres avec leurs photos dedans, c’est là que je vais me recueillir quand j’haïs ma job ou qu’un gars me pète sur la joue. Ma mère, ma sœur et mon frère, quoique très capables, ne seront jamais, à mes yeux, coupables de quoi que ce soit. Ce sont des intouchables et gare à celui ou CELLE qui mettra en péril le bien-être de l’un d’eux (lire le mien).

Mon frère, étant le dernier représentant mâle de la folle troupe, est celui sur qui repose tout espoir de réussite (ma mère étant trop vieille pour entreprendre une carrière solo de chanteuse populaire de niveau supramondial, et ma sœur et moi n’ayant visiblement que le talent pour jouer du tambourin et du pipeau). Il ne reste que mon frère pour apporter un peu de crédibilité à notre groupe.

C’est un bon bet, une valeur sûre. Puisqu’il correspond à tous les critères de l’homme idéal, j’ai longtemps pensé qu’il ferait cavalier seul tout au long de sa vie, car, pour de mystérieuses raisons, sa gueule n’engendrait pas les mouvements de foule escomptés.

Pourtant, un magnifique jeune homme si intelligent et si drôle. Je répétais sans cesse, à cette époque, la même histoire à Reuben (notre gérant): «Avec cette tête-là, il pourrait remplir des centres commerciaux, mais il ne rencontrera jamais une fille qui lui arrive à la cheville. C’est poche, je n’aurai jamais de belle-sœur avec qui faire un duetto.»

Faut croire que je n’avais pas de raison de m’inquiéter, c’était certain qu’une quelconque rusée, manipulatrice de micros et croqueuse de talon d’Achille, réussirait à l’ensorceler.

Alors, c’est comme ça, pendant que je m’en faisais avec la lignée des Dufour Thériault, que lui, il en profitait pour se magasiner une pas propre du type trio McHomard. Le genre de grognasse qui colle sur les doigts et qui disparaît, supposément/préférablement, avec l’été. Le genre qui pourrait engueuler tes fans, mettre le feu à tes scrapbooks, perdre Macaire, le chien musicien, dans le bois. Bref, le genre qui pourrait ruiner complètement MA famille Simard.

On peut me taxer d’être une mégalomane mélodramatique, mais c’est que moi, j’y tiens à mon épisode spécial de Noël. C’est comme si y’avaient crissé Yoko dans la dernière saison de la Partridge Family. Les téléspectateurs auraient été conscients du fait qu’elle pourrait foutre le bordel, ils l’auraient su drette en la voyant sur le TV Hebdo.

Après tous les efforts et la sueur que j’ai mis dans le projet pilote. Tout l’héritage du grand-oncle éloigné que j’ai liquidé dans l’achat de tissus qui brillent et pis de micros assortis. Y est pas question que je roule mes cennes pour payer, à mademoiselle, un costume qui fitte avec sa tête de paria. Pas plus que j’y ferai de place dans l’autobus de tournée, ni pour un solo, et pis encore moins sur la chorégraphie de la scène finale avec les orphelins.

Mais bon, ce sera Noël et j’imagine qu’on ne pourra pas se passer de sa présence, elle qui est probablement trop détestable pour se partager la vedette avec sa propre famille à succès. Elle va être de la partie à toutes les minutes et ce, le plus proche de ma face possible. Quelle ambiance! Quelle famille!

En cette période de réjouissances, la dernière de mes volontés est bien de passer, auprès de nos chers auditeurs, pour la sœur tyrannique avide de succédanés, celle qui pense davantage à Eurovision qu’au bien-être de son petit frère.

Je devrai alors me faire une raison et user de mes talents de comédienne/danseuse/chanteuse à succès pour conserver un climat harmonieux pendant les célébrations de Noël. Parce que, la magie des fêtes au sein d’une famille unie, ça vend des records.


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3 commentaires
  1. AnneM says:

    Quelle famille! C’est le cas de le dire!

  2. Beau Papa Ciseau... says:

    Finalement, heureux de ne pas être dans l’autobus de tournée.
    Peut être que je vais quand même etre capable de me téter un billet ou deux

  3. Elizabeth Taylor says:

    Vous avez déjà oublié ce qui est arrivé au petit Michael, l’enfant prodige?

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