C’est comme de jouer une partie de soccer

Numéro 42

1er  juillet au 7 septembre 2006

Un texte de
Julie Parent

Publié le 1 juillet 2006 dans
Chroniques, La liste

C’est comme de jouer une partie de soccer

(Exploits et ratés sportifs d’une non-sportive)

Sometimes you win
Sometimes you lose

Sonic Youth, Winner’s Blues

Fuck. Je dois m’enfermer, m’asseoir devant mon ordi et écrire un article. Un autre.
Avant de commencer, aller m’acheter un café. Douce compensation buccale avant d’oublier mon corps. Chez l’italien où je vais, on regarde le soccer sur écran géant. Brésil contre Croatie. Pendant que le barrista fait chauffer le lait, j’observe du coin de l’œil un beau brésilien captivé par la partie. Chaque fois que le ballon entre en zone adverse, il dit : «Si…».

Si…

Si…

Si…

Si je n’avais pas cet article à écrire j’aurais regardé le match moi aussi.

Si…

Si…

Si…

De retour chez moi. Comme pour me distraire davantage, deux hommes sont en train de changer des tuyaus dans ma salle de bain. C’est important, une tuyauterie bien entretenue. Dans le conte Le roi et l’oiseau de Jacques Prévert, la bergère préfère le ramoneur au roi. On épouse l’avocat, on baise avec le jardinier. Score me a hit baby. L’essence du sport.


« « «


Je me demande encore pourquoi j’ai décidé d’écrire une chronique sur le sport, moi qui suis si peu sportive. Peut-être pour exorciser mes mauvais souvenirs de fille-toujours-choisie-en-dernier dans les équipes au secondaire; pour me consoler avec mes réussites auxquelles la rareté et l’improbabilité confèrent un caractère quasi-spectaculaire; pour le plaisir de la masturbation intellectuelle.
Voici donc en vrac quelques anecdotes n’ayant pas été retouchées par le Photoshop du narratrice-séductrice.

Trois

Parfois, au détour d’une rêverie, j’entrevois le mur de ma chambre d’enfant. Mon attention est tout de suite attirée par un ruban blanc orné d’un «3» doré. C’est une médaille que j’ai remportée aux Jeux olympiques de mon école primaire. Mon seul prix sportif. Pas étonnant que je m’en souvienne encore.

Je m’enfonce un peu plus dans mes souvenirs. Je me revois, faisant la file avec d’autres enfants, devant la barre de saut en hauteur. Ceux qui ne réussissent pas à la franchir sont éliminés. Après plusieurs rondes – oh! elle monte, elle monte – je suis toujours là. J’ai compris qu’en bougeant mon corps de telle et telle façon, je peux sauter plus aisément.

Je suis la plus petite.

Pow!

Recevoir un ballon de soccer en pleine face, ça fait mal en crisse. Surtout lorsque le ballon en question a été botté par l’un des meilleurs athlètes de l’école. Shit. Je ne met plus les pieds sur un terrain de jeu. Jamais. À l’avenir, je vais rester sur le banc, bon.

Allez tous chier.

Je fais même pas cinq pieds

Ça prend toujours un certain temps avant de bien se connaître. Avant d’y arriver, on fait plein d’essais. Des fois ça fait du sens. D’autre fois on est dans le champ. C’est ce qui m’est arrivé la fois où je me suis inscrite dans l’équipe de basket-ball au secondaire.

No comments.

Coin-coin!

Ça c’est un vrai mystère. J’ai joué à peine cinq fois au hockey cosom dans ma vie. Pour les vertus du sport, que je me disais. Bullshit. J’avais juste envie d’être avec une gang de gars. Faut croire que ça m’a inspirée. J’ai scoré un top corner. Alleluia!

Dans les dents

Celle-là ne m’est pas arrivée à moi, j’en ai seulement été témoin. Mais elle vaut la peine d’être racontée. On joue au baseball. La fille au bâton a la fâcheuse manie de pitcher le batte au lieu de le laisser tomber quand elle frappe la balle. Ce qui devait arriver arrive : un gars reçoit le bâton en pleine face. Toutes ses dents d’en avant son pétées. La fille braille.

Une chance que ça existe, les denturologistes.


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