Ce mois-ci au Manitoba…

Numéro 40

6 mai au 2 juin 2006

Un texte de
Pasquale Hache

Publié le 7 mai 2006 dans
Carte postale, Société

Ce mois-ci au Manitoba…

À P45, on en apprend toujours plus sur nos amis canadiens. Le Canadian Bacon, des faits divers, la chronique de notre correspondante aux mille sauts d’humeur.

Première partie

Faire de la saucisse
par Miss Prairie

J’ai toujours crû pouvoir comprendre une culture en analysant le contenu de l’assiette du brunch dominical d’une région donnée. L’English breakfast témoigne incroyablement bien de l’ambiguïté anglaise envers la bouffe. Pour un peuple surconsommateur de légumes bio et de trash télé filmant des personnes souffrant d’embonpoint suivre de violents régimes, comment expliquer l’oeuf trop cuit, la tomate frite, le champignon beurré, l’énorme saucisse et la tranche de bacon bien trempée dans son gras ? L’exception française, il faut se le dire, s’exprime aussi dans la quasi-inexistance du gros-déj’. Correction: la pote Anabelle me confie que le brunch est dans la hype parisienne depuis quelque temps…

Au Québec, c’est le menu-buffet qui est à l’honneur. La possibilité de mélanger sucré-salé, sauce hollandaise et crème anglaise ravit le plateautien qui se respecte. Je le sais, mes mains de jeune universitaire ont jadis fait des refill à tout le quartier, et ce, pendant trois ans.

L’identité culturelle se reflète dans le brunch du dimanche. Enfin, je m’imaginais avoir trouvé mon étalon-or. C’était une belle illusion. Fraîchement débarqué downtown Winnipeg, je peine à appliquer ma grille d’analyse.

Choix de bacon ou de Canadian bac?

C’est bien là l’unique particularité de menu, bien à l’image de cette ville du milieu. Bacon ou canadian bacon? Cet étrange sentiment de ne pas comprendre cette bourgade 650 000 habitants, où survit une communauté francophone bien plus importante que je ne l’aurais jamais cru. Saint-Boniface est un anachronisme plus que romantique. Une société tricotée serrée avec une histoire glorieuse sur un territoire hostile. Une langue rescapée, mais qui pourrait, inexorablement disparaître.

Chez les anglophones, les Manitobains sont les plus friands question écoles d’immersion. On est pourtant loin d’un parfait bilinguisme. À l’opposé du spectre « peuples fondateurs du Canada », une communauté autochtone beaucoup plus présente que n’importe où au pays, un peuple éclopé, pauvre, stigmatisé. Ici, le « trouble » des journaux à faits divers n’émane pas des activités des blacks ou des Arabes. Il vient des réserves.

Étrange réflexion de tout un pays mal à l’aise avec ses exceptions.

Bacon? Allons-y pour du Canadian.

Deuxième partie

Le palmarès « Ce mois-ci au Manitoba »

L’accessoire du mois :
Une tasse carton Tim Horton « Déroule le rebord ». La seule actualité québécoise des dernières semaines : deux familles de gamines se disputant un 4×4. Pas un, mais deux éditoriaux consacrés à l’événement. Sans compter les autres textes tentant d’expliquer l’engouement du concours de Mister Horton. Incroyable!

Le choc culturel du mois :
Se faire rabrouer par un chauffeur de taxi pakistanais sur les intentions derrière les célèbres commandites de Jean Chrétien. Pour moi, c’est l’intention elle-même qui est scandaleuse. Pour mon ami chauffeur, c’est justement l’intention qui excuse notre ex-premier ministre. « Canada is a beautiful country you know! », m’a-t-il dit avant de ne plus m’adresser la parole.

Le coup de pouce spirituel du mois :
Première lettre reçue à la maison : Catholic missions in Canada, le « magazine du travail missionnaire au Canada, édition printemps 2006 ».

La bourde du mois :
Publiquement m’étonner devant la mainmise du parti conservateur au Manitoba, alors que le gouvernement provincial est le … NPD.

L’ovni du mois :
Terminer ce papier sans parler charcuterie serait un péché. Je ne peux m’empêcher d’être à chaque fois envoûtée par les four du 7eleven qui grillent et re-grillent des saucisses à hot-dog. Il fait bon vivre occasionnellement dans un épisode des Simpsons.


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