Espérons que ce film malgré la présence de Jeanne Moreau ne franchira pas les frontières parce que sérieusement, c’est la honte.
Roméo et Juliette
Réalisé par Yves Desgagnés
Avec Charlotte Aubin, Thomas Lalonde et Jeanne Moreau
Québec, 2006
Yves Desgagnés était à Tout le Monde en Parle dernièrement pour faire la promotion de son projet Roméo et Juliette version urbaine et québécoise de la pièce shakespearienne. Étant une des pires ignominies que le cinéma québécois ait produit depuis longtemps, je m’attendais à ce qu’on tente de justifier tout ce cirque médiatique autour d’un film que tous présagent comme mauvais’
Guy A. Lepage du haut de son trône a plutôt demandé à Desgagnés ce qu’il pensait de l’affirmation de Denis Chouinard à propos du principal intéressé:
«Je ne veux pas pointer personne en particulier, mais quand Denise Robert donne tant à Yves Desgagnés pour faire un film alors qu’il n’a jamais fait un simple court métrage de sa vie, je trouve ça un peu poche, vraiment. Ils vont s’entourer de directeurs photo très professionnels qui vont faire la moitié de la job à leur place. Je trouve que ça dévalue le métier de réalisateur, c’est une profession qui s’acquiert à la longue. Je trouve ça malhonnête et un peu triste pour ceux qui rament derrière, qui prennent leur temps et qui essaient de faire des films de façon plus organique, plus artisanale et qui n’auront pas accès à ces budgets.»
Desgagnés m’a alors fait sursauter lorsque dans une tirade inspirée, il s’est exprimé sur son droit de cinéaste. Non seulement ses nombreuses mises en scène légitiment sa place sous le soleil, mais il avance en plus que dans une société d’abondance (après avoir fait un éloge de la conscientisation) comme la nôtre, le cinéma appartient à tout le monde, donc Monsieur, Madame tout-le-monde peuvent réaliser des films s’ils en sentent l’envie. «Nous sommes dans une société où tout le monde peut faire ce qu’il veut!» Eh voilà, la foule qui applaudit! Applaudir quoi exactement?
Le cinéma est un art, le septième si je ne me trompe pas. Je n’empêche personne de se faire un petit film avec son cellulaire multifonctionnel et de le mettre sur Youtube, mais de là à injecter des millions pour un film sans intérêt d’un incompétent, il y a des limites. Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de principes.
Le Conseil des Arts et des Lettres n’a pas à se faire mécènes de toutes les petites madames de la banlieue qui font des paysages hivernaux dans leur solarium à ce que je sache. Alors, pourquoi devrait-on démocratiser à outrance le cinéma?
La démocratisation des arts est devenue à un point tel que tous se prétendent artistes, cinéastes, écrivains, musiciens ou je ne sais quoi encore. Ce n’est pas le nom, la réputation, l’expérience qui prévalent au cinéma, mais le talent et c’est quelque chose dont Monsieur Desgagnés est dépourvu, en tous les cas au cinéma.
L’art est quelque chose de sacré, pas dans le sens d’élitisme que certains lui accordent, mais dans le sens qu’il n’est pas bon prétendre que tous peuvent se prévoir en être dotés. Non seulement c’est absurde, mais c’est insultant pour les véritables cinéastes. N’est pas artiste qui veut et n’est pas mécanicien qui veut non plus. Chacun son métier dans le fond. Et banaliser à ce point l’essence de l’art, c’est ne pas comprendre l’apport de l’art dans une culture.
La culture, ce n’est un produit banal, c’est une forme d’expression qui définit une nation. Mais puisqu’il n’est pas bon parler nation ces derniers jours, je m’arrête ici…
Roméo et Juliette, la critique
Si on décernait des Razzies au Québec, Yves Desgagnés serait reparti les mains et les poches pleines tant son Roméo et Juliette en mérite. Toutefois, les questions pleuvent et la plus pertinente demeure: Pourquoi? Pourquoi reprendre Roméo et Juliette quand tout a été dit? Pourquoi Desgagnés s’est attaqué à une œuvre qui le dépasse? À qui donc peut bien s’adresser ce film bigarré?
On s’attendait à une bluette familiale ou pour adolescentes en crise de puberté. Nous avons plutôt droit à cette chose obscure qui comporte des scènes sexuelles assez adultes, de la nudité juvénile (était-ce vraiment nécessaire?), en bonus, les seins disons plutôt fatigués de Johanne Fontaine et c’est sans parler des moments homo-erotico-sado-maso qui rendent perplexes.
Avec la-guerre-des-motards-qui-tue-des-pauvres-enfants-innoncents en guise d’arrière-fond, tout sonne faux. Les acteurs se débrouillent du mieux qu’ils peuvent dans ces longueurs mélodramatiques, mais certains pédalent dans la gadoue et ça fait pitié. Mentionnons simplement que le montage est inefficace, la direction photographique ne cesse d’étonner avec ses multiples clichés, les dialogues ne sont pas fameux, la bande-sonore est d’une médiocrité à pleurer et j’en passe.
Ce long clip mal réalisé où le placement de produits est roi reste un ramassis de n’importe-quoi. C’est à se demander comment une œuvre aussi peu abouti a-t-elle pu se faufiler dans la liste des films financés cette année. C’en est simplement fâchant et c’est pour cette raison que Monsieur, Madame Tout-le-monde ne doivent pas réaliser de films, Monsieur Desgagnés.
Discussion
Amen !