Choisir son dépanneur chinois

Numéro 125

25 September au 2 October 2008

Un texte de
Melle b. Miller

Publié le 26 septembre 2008 dans
Chroniques, La chronique de quartier

Choisir son dépanneur chinois

Le dépanneur de coin de rue est à la métropole ce que la pente inclinée à 45 degrés est à la capitale. Une épidém Un immanquable. (Sauf que bon, le dépanneur, lui, il vend de la bière.)

Si les Couche-Tard et autres chaînes vendeuses de Slush Puppy pullulent et ont fait disparaître en grande partie les dépanneurs de quartier, le dépanneur chinois demeure une des institutions folkloriques par excellence.

Paradoxalement, dans le quartier chinois, il n’y en a pas. Une panoplie de genre de dollo-wok-magasins de souliers, avec bok choy sur la devanture, soit, mais des dépanneurs… jamais.

J’ai fait un tour de ville en me basant sur les suggestions reçues à la suite de mon tour de mailing.

5 dépanneurs à visiter si vous êtes dans le coin:

1. Ho-Ma

On me dit qu’Ho-Ma est bien desservi, question dépanneurs. Un royaume, en fait.

À 60 pieds de marche en pyjamas, on retrouve tout ce dont on a besoin pour une soirée de sport. J’ai un ami dans le coin qui m’a suggéré un dépanneur on ne peut plus québécois, emboucané, vendant une seule sorte de journal et une seule sorte de bière, et, aussi, doté d’une seule sorte de livreur qui apostrophe les clients d’un chic «el’ gros».

Allez chez Môma, rue Centre, Pointe-Santa-Charles.

2. Rosemont

Pas une grande fan de ce quartier, prête à en entendre les pires aberrations, j’ai reçu le courriel de ma copine Noxane avec un plaisir coupable.

Elle me parle du Dépanneur Rosemont, de Rosemont. Avec odeur étrange, mais sans service, sans âme et sans goût. C’est sans fun.

3. Plateau/adjacent Ville-Marie

J’aurais dit chinois, moi, à première vue, mais ma copine Caro, deux fois maître en études asiatiques, me dit Laotien. Argument d’autorité.

N’empêche, ce couple proprio d’un duplex avec dépanneur au premier sur Marianne, coin piste cyclable, est adorable.

On habitait pas loin, trois déménagements ago, et le monsieur venait me porter à la porte les boîtes dont j’avais besoin pour mon départ. À chaque retour dans le quartier, je passe encore dire coucou, comme on passe donner un bec à sa mère-grand.

4. Mile-End

Lise m’a proposé une visite sur Bernard, près de Jeanne-Mance, un dépanneur symétrique.

Les mêmes proprios au nord et au sud de l’avenue B. Une dame, en fait. Qui a eu une ribambelle d’enfants, qui maintenant travaillent dans l’institution familiale, en rotation, au fil du jour. Les gars la nuit, les filles le jour.

Un coup d’oeil à l’extérieur charme le passant: fleurs, plantes, devanture luxuriante. L’endroit est si joli. Quand la matriarche laisse tomber un «merci, c’est pour les études de mes enfants…», on a comme une envie de donner du tip.

5. De Lorimier/adjacent Plateau

De tous les dépanneurs chinois de la ville, le meilleur est sans équivoque le dépanneur Mont-Royal, c’est le mien. (Pas tant que je sois une autorité en la matière, c’est purement subjectif.)

En fait, la valeur de cet établissement ne vient pas tant de sa variété de bières belges ou de sa déco de tôle beige. Le must, c’est la Chinoise à la caisse.

Elle s’appelle Man Li, une variante dépano-sinoise de Bob, chez Normand. Une hôte. Un fil de fille, magnifique et minuscule. Toujours sur son 36 pour te vendre ta douze.

La sagesse séculaire chinoise est dans cette femme qui ne comprend pas notre affection pour le houblon, parle peu français, mais comprend tout.

Accro au Elle Québec et au Devoir, elle possède aussi, un oeil perçant. Sans gêne, son jugement tombe: dors, tu es fatiguée, pauvre petite. Tu vas mal vieillir. (Bang!)

Son 4 pieds se déplace à pas minuscules, semble toujours avoir un pas d’avance. Et quand je mets le journal sur le comptoir, elle s’enflamme, tape sur la couverture du cahier des sports et perd toute retenue: «Beau, Carbo! C’est l’homme!»

Raisonnablement accommodée, Man Li connaît son hockey.


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  1. mudar says:

    Moi je vote pour mon dep libanais, a cause de Sam, un gars sympathique même s’il ne connaît pas bien son Hockey… Il m’expliquait que de nos jours ce n’était pas très facile de s’appeler Saddam, donc il préférait Sam comme surnom !

  2. Hmm, Pointe-Saint-Charles, c’est pas dans Hochelaga… Mais sinon, bravo pour l’amplitude géographique.

  3. Miller says:

    Pointe-St-Charles est effectivement à Pointe St-Charles. On y trouve le dépanneur chez Môma. Tout aussi emboucané, avec livreur de type «el’gros». Vaut le détour…

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