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La fin justifie les moyens

septembre08 > Le boutte, c’est le boutte, point > Chroniques > Magazine

La fin justifie les moyens

C’est toujours la même histoire. Quand je dépose mon pied pas trop marin sur un bateau, je tangue vers l’inconnu, vers une douce incertitude bénéfique. Je largue les mares de questionnements qui enrobent ma tête et m’embarque vers un autre quelque part. Avec une extase toute singulière.

Pourquoi? Parce que. Il y a toujours quelque chose qui attend de l’autre côté. Un oiseau, des tacos, des expériences et des petits picotements. Des choses comme ça.

La traversée s’inscrit sur la ligne du temps. Un point perdu entre le passé, le présent et l’avenir. Comme un caillou que l’on jette à la mer, en sachant qu’il va atteindre le fond, sans savoir à quel moment.

En attendant, le petit caillou jouit de l’eau qui caresse ses surfaces. Au cours des prochaines heures, j’aurai le temps de me la couler douce, et j’en suis très heureux. Fait du bien des fois de ne rien faire.

Labyrinthe

Un employé de Baja Ferries me pointe une minuscule salle qui semble être le point de départ d’un labyrinthe de tuyaux. Un souvenir surgit alors de ma mémoire. Dans les petits cahiers de jeux de mon enfance, j’ai toujours été plutôt incompétent pour trouver l’ultime issue des labyrinthes. J’aboutissais toujours dans un recoin, un cul-de-sac. Au premier essai, comme au vingt-huitième.

Je faisais disparaître le trait de crayon avec une efface dure et rose, créant ainsi un véritable brouillon, que je finissais par chiffonner en boule.

Je n’ai jamais compris pourquoi les effaces dures et roses existaient. Elles n’effacent pas, elles brouillent. Et les labyrinthes, eux, à quoi ils servent?

J’adosse mon vélo sur un gros tuyau et me lance dans le labyrinthe d’escaliers qui aboutit sur le pont extérieur. Miraculeusement, je ne me perds pas. Ça tombe bien, je n’ai pas le goût de m’effacer.

Là, j’y rejoins des passagers immobiles, les yeux fixés au rivage. Je fais la gaffe de m’infiltrer aux côtés d’un petit couple de Français habillés pareil. Petite culotte bleue pour lui, petite culotte bleue pour elle. Petit chandail gris pour elle, petit chandail gris pour lui.

J’essaie, par tous les moyens, de les trouver «cutes». En vain. Ils m’énervent. Je ne suis pourtant pas en position de juger qui que ce soit. J’ai les cheveux hirsutes, les shorts sales et les doigts tout noirs. Et comme dirait ma sœur, je sens «l’odeur».

Je troque les petits Français pour une couple de Tecate, dans le bar du bateau. Une grosse boule-miroir flotte au-dessus de ma tête. Ça fume. Je suis le seul touriste.

Il y a de la neige dans la télé, qui diffuse un clip d’un chanteur mexicain. Je ne parle à personne, sauf au barman, toutes les dix ou douze minutes. Je sors quand la lumière semble s’évanouir à l’horizon. Je ne me pardonnerais jamais de regarder un clip médiocre en espagnol, pendant que le soleil se met au lit, dans une couette rosée, apaisante.

Je m’endors en boule entre deux sièges. Je me réveille souvent. Puis me rendors. Puis me réveille encore. Je lis, je marche, je m’étire. Puis me rendors en boule. Devant moi, une jeune mère berce son nouveau-né, mignon comme ce n’est pas permis.

J’attends qu’il ferme l’œil, pour la forme. Pour me sentir utile. Et me mets à ronfler, comme ce n’est pas permis. Je le sais. À cause de la face du gars d’à côté.

Bouffe et fluides

Le prix du billet comprend deux repas. Ou plutôt, deux amalgames d’aliments dont la fonction première est d’offrir de l’énergie à un individu. Sans goût, sans texture, sans même un peu de style. On dirait de la pâte à modeler grise et beige. Je suis loin d’être «difficile» côté alimentaire. Même que je mange de tout, à mon plus grand plaisir. Mais là, j’ai un drôle de feeling.

Le bateau approche de Mazatlán, sous un soleil brûlant d’envie de me faire rougir. Sans consulter de carte, je me lance dans les rues avoisinantes au port. Je tourne à droite, à gauche, reviens sur mes pas, continue. Fait du bien de sentir la route. Fait du bien de fouler une nouvelle ville.

Et là, je prends le premier motel du bord. Je dois m’arrêter. Je ne me sens pas bien. Genre de fièvre qui décide de sortir de mon corps par des moyens extrêmes. Depuis toujours, je prise la fluidité des gestes, des pensées, des actions. Mais disons que j’aurais pu me passer de cette fluidité. J’épargne les détails.

Le lendemain, je descends pour reprendre mon vélo et me bute à un cul-de-sac. Mon vélo a disparu, et avec lui, l’empreinte d’un rêve. Cette fois-ci, pour de vrai. Je parle de cul-de-sac, mais c’est plutôt un labyrinthe.

Un cul-de-sac est sans issue. Un labyrinthe a une issue, il suffit de la trouver. Je me promets de reprendre la route, d’ici peu. Sinon, venez me chercher, où que je sois.

8 réponses à “La fin justifie les moyens”


  1. Vraiment content de ce nouveau billet, que je vais lire doucement en sirotant mon café...


  2. Je lis un autre blog de cycliste..et lui aussi s’est fait voler son vélo…Ca va pas ben…Bon courage pour la suite des choses…


  3. Merde. T’as raison qu’il faut jamais, jamais s’habiller jumeau avec son chum.
    Toujours résister à la tentation de.
    Dommage que tu aies perdu ton acolyte, c’est presque irremplaçable,
    ces petites bêtes-là.
    Je sens tout de même qu’on aura de tes nouvelles de cycliste un de ces quatre…
    Hasta la proxima!


  4. Écoute, tu fais signe si tu veux que j’aille te chercher…


  5. Ouin, moi je sais très bien oû tu es et c’est ben trop loin pour que j’aille te chercher… Facque trouve la sortie pis continue à écrire avant d’avoir tout barbouillé avec ton efface rose en forme oblongue à bords biseautés (moi dans mon monde imaginaire, l’efface rose était un sous-marin), tes textes me manquent et se font trop rares, un peu comme la chew à la menthe!


  6. Salut vieux chum. Déçue de voir que t’as perdu ton vélo !! C’est très ordinnaire.
    Je suis certain que tu vas trouver une solution. Bonne chance.

    Je voulais prendre ces quelques lignes pour te souhaiter joyeux anniversaire.
    Si tu viens à Qc, appelle moi.
    Profite de ta journée au Max.
    À bientôt
    Ben


  7. C’est vraiment triste de ne plus avoir son pal man. Bon courage je sais déjà en lisant vos textes que vous en avez à revendre. Ciao !


  8. Allô Mathieu, où êtes-vous maintenant ? Certainement que vous aurez trouvé un autre compagnon avec de meilleures vitesses et de bonnes roues pour aller au bout de votre rêve : Terre de Feu. J’ai bien hâte de vous relire, j’aime beaucoup votre écriture. Ciao !

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À propos de l'auteur

Mathieu Meunier

On a longtemps pensé que les roux étaient possédés et fous. En prenant Mathieu comme échantillon, on est tenté d’appuyer cette hypothèse. On constate qu’il se voit «possédé» par des rêves, des projets et une panoplie de niaiseries. De plus, il est fou de l’écriture, sous toutes ses formes et ses couleurs. Après avoir brièvement tâté le journalisme, il partage aujourd’hui son temps entre le vélo, les voyages et le Nord du Québec, où il travaille pour une compagnie aérienne.

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