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Siesta

mai08 > Le boutte, c’est le boutte, point > Chroniques > Magazine

Siesta

Je me réveille dans la même chambre que Sam. Celle que nous avons partagée dans le but d’économiser quelques pesos. Celle qui n’a pas beaucoup d’eau chaude. Et pas de serviettes.

Un peu courbaturé, amoché par une courte nuit sans rêves, je titube sur le plancher, à la recherche de mes yeux et de mon t-shirt. L’idée de déambuler en bedaine devant mon partenaire de route ne m’allume pas vraiment. Pudeur de roux.

J’accroche mon vélo, qui a sommeillé à quelques centimètres de moi, et m’égratigne la cuisse sur le bord du lit métallique. J’en viens vite à la conclusion que c’est un matin précoce. J’ai le goût de retourner au lit, pour quatre heures de sommeil supplémentaires. Mais non, Sam est debout, prêt pour le combat. Alors je m’habille, sans mes yeux, ni mon entrain.

Je file vers le Pemex pour y faire le plein de café et d’autres nécessités. On y vend de sublimes biscuits en paquets de huit. Je trouve ça génial, un paquet de huit. Je n’ai jamais compris les gens qui ne mangent qu’un biscuit. Me semble. Zéro ou huit. Pas un.

Pureté

Sam me rejoint. Il ne prend pas de café. Ni de biscuits. Il dit qu’il profite de ce voyage pour se refaire une santé. Un pur, ce Sam.

Pureté qui me fait réfléchir. Qui m’oblige à filtrer mes pensées. À m’interroger sur ma situation actuelle. Sam prend de l’avance pendant que je recule dans ma tête. Pour finalement mettre le doigt sur le bobo. J’ai le goût de prendre mon temps, d’aller à mon rythme. Je veux m’arrêter dans un village, m’accoter sur une roche et lire jusqu’à l’engourdissement total de mon derrière. J’ai envie de faire une sieste dans un lieu complètement ridicule.

Ou de dormir sous les étoiles, dans un de ces endroits qui nécessitent un long et pénible questionnement au réveil. Du genre «où suis-je et que fais-je ici?» De perdre mes repères culturels. Mes coordonnées géographiques. De ne pas avoir conscience de ma longitude, mais plutôt de ma solitude.

En suivant Sam, je n’ai pas cette latitude. Ça me manque.

Sauvage

À notre première pause, je l’informe de mon intention. Celle de le laisser continuer seul, pour mieux me retrouver seul. Je joue la carte du gars qui doit faire des appels téléphoniques et vérifier ses courriels. Et qui veut prendre le temps de découvrir Ciudad Constitution. Il comprend. Une chance.

Nous prenons notre dernier déjeuner. La scène dégage une certaine tristesse. Disons une peinette (ça, c’est une petite peine). Après l’échange de nos adresses électroniques, nous nous serrons la main (la sienne doit être six fois plus grosse que la mienne). Je ne t’oublierai pas Sam. Je ne pensais pas qu’un Marine pouvait être aussi sympathique. Un autre préjugé qui ne tient pas la route. Surtout en chemin.

C’est dimanche à Ciudad Constitution. Cafés Internet fermés. Ligne occupée. Je sors mon livre et plonge dedans. Tête première. J’en sors deux heures plus tard, à la limite de l’engourdissement fessier.

Je suis persuadé qu’aujourd’hui, Sam va parcourir plus de 200 km. J’approche de la centaine et me sens aussi épuisé qu’après avoir aiguisé un crayon 2B, celui qui est plus pâle que le HB. Pas de côtes. Vent de 20 noeuds qui souffle dans le dos. Pas trop chaud. Conditions idéales pour couvrir une longue distance ou pour faire une sieste dans une école abandonnée.

J’opte pour l’école. Les kilomètres peuvent attendre. La siesta m’appelle. Je m’enfonce dans l’obscurité du bâtiment usé par le temps, me taponne un oreiller avec mon chandail vert et m’endors, enfin seul. Égoïste? Sauvage? Heureux? Oui.

2 réponses à “Siesta”


  1. Huummm, une sieste… c’est fort une sieste.


  2. Une peinette! On a presque envie d’en avoir nous aussi, tellement ça sonne cute.

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À propos de l'auteur

Mathieu Meunier

On a longtemps pensé que les roux étaient possédés et fous. En prenant Mathieu comme échantillon, on est tenté d’appuyer cette hypothèse. On constate qu’il se voit «possédé» par des rêves, des projets et une panoplie de niaiseries. De plus, il est fou de l’écriture, sous toutes ses formes et ses couleurs. Après avoir brièvement tâté le journalisme, il partage aujourd’hui son temps entre le vélo, les voyages et le Nord du Québec, où il travaille pour une compagnie aérienne.

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