Clowns et léger malaise

Numéro 92

9 au 15 novembre 2007

Un texte de
Mathieu Meunier

Publié le 9 novembre 2007 dans
Chroniques, Le boutte, c’est le boutte, point

Clowns et léger malaise

Suivie de près par la neuro-chirurgie, il y a une profession pour laquelle je porte une admiration sans bornes, c’est celle de clown. Je ne sais pas trop pourquoi. Pour le dévouement à la cause du sourire d’autrui, pour la recherche de l’originalité ou pour le nez rouge? Aucune idée. Une de ces choses qu’on aime sans trop comprendre. Comme de se faire gratter le dos en mangeant des fruits congelés.

J’aime les clowns alcooliques qui se déguisent en Bozo et qui font des ratons-laveurs avec des ballounes, sur une rue passante. Et les vrais aussi. Ceux du Cirque du Soleil, qui m’engourdissent le mental et me font du bien. Qui prouvent que l’originalité n’a jamais, jamais de limites.

J’aime Val et Seb, deux clowns à vélo qui ont sillonné la planète, en proposant des jongleries et des acrobaties aux populations locales. Genre de concept qui m’accroche un coin de bouche. Ils en ont ramené un petit film qui s’appelle Spectacles d’autres mondes. Je jongle avec leurs images depuis quelques semaines. Et pourtant, je ne sais même pas jongler. Ça prouve que tout est possible.

J’aime aussi ce clown, croisé sur le boardwalk de Venice Beach, qui semble totalement déconnecté de la vie. À travers les gros bras qui font de Venice Beach la Mecque du culturisme, il détonne. Planté en face des boutiques de colliers et autres babioles, il donne son show, sans sueur. Pas vraiment comique. Il sème toutefois un quelque chose que je ramasse au passage. Quelque chose qu’on pourrait appeller légèreté. Ou pitié. Sais pas trop encore.

Smog dans la tête

J’approche de Los Angeles. Ça se voit, s’entend, se sent. Plein de monde, d’autos, de camions. De véhicules récréatifs (c’est quoi le bon mot, des campeurs?). Durant environ huit kilomètres (peut-être quatre ou dix-sept, sais pas trop), une série interminable de ces engins qui s’alignent sur le bord de la route, parsemée de cochonneries et de sacs en plastique.

Pour assouvir leur besoin de liberté, de calme et de sérénité, ils ont l’océan. Toujours dans le domaine de l’assouvissement, plusieurs toilettes chimiques s’érigent, à intervalles réguliers. Image moyenne pour celui ou celle qui vient de délaisser Santa Barbara. Un genre de smog se forme dans ma tête.

Malaise balistique

J’y suis arrêté par hasard. Parce que l’endroit s’y trouvait, et moi, sur son chemin. Je lis les notes explicatives qui les présentent sous un oeil gentil, avec leurs noms accrocheurs comme Bullpup, Loon et Phoenix. Il y a aussi Regulus, avec sa charpente plus costaude et son teint plus foncé. Oriole, avec sa tête pointée vers le ciel, qui me semble agile et malcommode.

Je ne me trouve pas dans une animalerie, mais bien dans un endroit où on expose des missiles. Ça m’énerve. Vraiment. Pour toutes sortes de raisons. À ma sortie du Point Mugu Missile Park, un père y entre avec son fils, âgé d’environ sept ans (ou cinq, ou onze). Viens fiston, on va aller voir les missiles. Ça aussi ça m’énerve. Plus encore. Je ressens comme un malaise.

Il se peut qu’un jour, je sois père d’un fils. Ou d’une fille. Et qu’un jour, ils aient six, sept ou dix ans. Et que je décide de les amener voir les missiles. Si c’est le cas, je me déguiserai en clown. Promis.


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2 commentaires
  1. Ben Savard says:

    Salut Mathieu, content de savoir que tout va bien pour toi.
    Tes articles sont vraiment cool. J’aimerais bien aller pédaler un deux ou trois cents Km avec toi.
    Donne moi de tes nouvelles, j’ai bien hâte de voir.
    J’ai hâte de te présenter ma fille Maxim !

    Keep going on my friend

    Bye
    Ben

  2. Hugo Langlois says:

    Trop fort le roux !!!

    B-R-A-V-O

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