Je déteste les conseils. Les manières de faire, les protocoles ou les recettes trop précises. Si un jour je m’automutile, ce sera avec les rebords d’un mode d’emploi.
Quand une âme charitable veut me dicter une méthode quelconque, j’oscille du cou et ferme les yeux de quelques millimètres, pour donner l’impression d’une écoute active.
Dans ma tête, je suis à des années-lumière, en train de mâchouiller un bouchon de stylo sur la côte mexicaine. (Il y a toujours des grains de sable qui s’accumulent dans les bouchons de stylo enfouis dans la poche d’un jeans. De toute façon, il est très inconfortable de mettre un stylo dans une poche de jeans. S’asseoir en indien sur une plage, en jeans, tsé, ce genre de choses.)
Il m’arrive toutefois d’absorber les conseils prodigués par certaines personnes.
Attitude postpubère
Tout dépend de la crédibilité que j’accorde à celui ou celle qui veut me rendre service.
Si un héroïnomane me parle des méfaits de s’enfiler une aiguille dans une veine bombée, j’ai tendance à le croire. Si la fille qui vient tout juste de m’étouffer l’œil et de me grafigner le palais veut me parler de SPM, je tends l’oreille (avec une certaine peur).
Cette caractéristique de ma personnalité s’apparente à un genre de scepticisme de l’interlocuteur. Ou à une attitude postpubère qui récuse toute aide extérieure dans le but d’expérimenter mes propres erreurs.
On dirait que je demande le statut de maître/expert/sage à la personne qui veut me conseiller sur un sujet donné. C’est probablement stupide de ma part. Et c’est un peu dans cette optique que j’ai dévoré On writing, de Stephen King.
De cet auteur mythique (maître/expert/sage), je n’avais lu qu’un livre. Christine. Je me souviens que ma vie ne fut pas changée (les livres qui changent nos vies sont rares).
Sauf qu’il m’avait offert une petite évasion, une pause de monotonie. Un regard sur un genre littéraire qui ne m’attirait aucunement.
Mais surtout, la découverte d’un auteur qui étale les intrigues et les mots comme une manie intraitable. Le tout teinté d’une noirceur qui donne presque de la couleur à une journée plate.
Le comment du pourquoi de l’écriture
J’ai trouvé dans On writing ce que je cherchais depuis longtemps: un petit bouquin qui aborde l’écriture comme une manière de vivre. Un auteur qui transmet son savoir sur le même ton que prendrait un clochard qui parle de ses nuits dehors, à -34 degrés Celsius. Il sait de quoi il parle.
Parce que l’écriture suscite chez moi quelque chose que je ne retrouve nulle part ailleurs, j’ai tendance à vouloir comprendre comment les autres écrivent.
Quelles règles balisent leurs actes? Quelles raisons les poussent à s’enfermer dans une chambre mal éclairée pour écrire, au lieu d’aller chez Home Depot pour s’acheter un porte-serviettes?
Alors, les livres qui abordent «l’acte d’écriture» m’intéressent plus que tout. Et me déçoivent souvent, même avant que j’aie lu la première ligne. Comme cette jaquette luisante qui me refléta la nécessité de me «connecter» avec God pour réellement puiser la source de l’inspiration éternelle. Ou encore celui qui propose des exercices quotidiens comme «décrivez les émotions que suscite une photographie de votre choix».
J’allais décrocher de ce genre de livres quand l’ouvrage de King m’est tombé sous la main. À mon plus grand plaisir, l’été m’aura permis de dénicher un petit livre de chevet pour les soirées d’automne et les dimanches pluvieux. Pour les mardis enrhumés, les jeudis de cafés. Et les nuits introuvables.
Peut-être à cause de la bio de la première partie, tout être qui se passionne pour l’écriture (fan de King ou pas) y trouve un petit quelque chose qui le poussera à écrire. Encore et toujours. Malgré ça. Et ça.
Je ne le conseille à personne. Ça serait contre mes principes.
Discussion
J’ai adoré ce livre. C’est un how-to sur l’écriture très bien fait et aussi un laissez-passe VIP dans les coulisses de ce maître du suspense…
Yé! Mathieu a écrit! Je continue toujours de vérifier, ôkazou. Je suis bien contente! Je me demande si je t’ai déjà donné des conseils? Il me semble que j’ai déjà vu ça cette face là avec les yeux qui se ferment légèrement…