Cruising pigeon, dernière partie

Numéro 77

18 au 24 mai 2007

Un texte de
Julie Parent

Publié le 18 mai 2007 dans
Fiction, Nouvelle

Cruising pigeon, dernière partie

Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, revenons un ti-peu en arrière…

Tom: Ma pauvre Parisse, laisse-moi t’expliquer. Le Petit Robert définit ainsi le… RHODODENDRON! « Arbuste ou arbre, à feuilles… PERSISTANTES! à fleurs blanches, roses, rouges… VIOLETTES! dont de nombreuses espèces sont… ORNEMENTALES!»

Parisse: Génial, me voilà prise au beau milieu d’un trip d’intellos. Je pense que je vais y aller. Tu viens, Georgito?

Georgito: Je l’aime bien, leur trip! Va-t-en si tu veux, Parisse, moi, je reste.

Comme vous pouvez le constater, ça va mal dans la cabane. Effectivement, le plan visant à accoupler Georgito à Parisse Illeton est en train de tomber à l’eau, tout ça à cause d’inoffensifs… RHODODENDRONS! Mais attention, il ne faudrait pas sous-estimer le pouvoir de ces éricacées. C’est ce que vous pourrez constater si vous êtes capables de vous rendre jusqu’au bout de ce dernier épisode.

Tom: NOOON Parisse! Ne t’en va PAAAS!

Parisse: Et pourquoi resterais-je? Je n’en ai rien à cirer de vos rhodoredrums!

Tom: Pourtant, tu aurais une bonne raison de t’y intéresser…

Parisse: Vraiment? Alors, explique-la-moi, mon cher cousin!

Tom: C’est simple : à cause de sa racine!

Parisse: Je m’en fous des racines de plantes, je ne suis pas grano, moi!

Tom: La racine du mot, je veux dire. Rhodo.

Parisse: De kessé?

Alice, qui suivait attentivement la conversation pour oublier la présence insistante de Georgito, décide de s’en mêler.

Alice: Ma petite Parisse, quand on va t’expliquer l’étymologie de… RHODODENDRON! tu vas voir que ça va soudainement t’intéresser!

Parisse (un peu intriguée): Vraiment?

Alice: Oh que oui. Ma chèèère Parisse, savais-tu que rhodo, la racine du mot… RHODODENDRON! vient du grec rhodon?

Parisse: Ouin, pis?

Alice: Eh bien, rhodon, ça signifie rose.

Parisse: So what?

Alice: Rose comme dans: couleur rose. Comme dans: la belle couleur rose. Rose comme dans: «Tom, as-tu vu la belle couleur rose de la sacoche de Parisse?»

Parisse: Rose nananne!

Tom et Alice: NON! Rose… RHODODENDRON!

Parisse: Quoi?

Tom: Oui Parisse, ta sacoche est du même rose que les… RHODODENDRONS! que nous avons vus tantôt, Alice et moi.

Alice: Euh, Tom, je ne suis plus aussi certaine que ce soit le même rose. En fait, je pense que le rose des… RHODODENDRONS! était bien plus beau que celui de la sacoche de Parisse.

Tom: Tu crois?

Parisse: (insultée) C’est IMPOSSIBLE!

Alice: Comment peux-tu le savoir? Tu n’as jamais vu de rhododendrons de ta vie!

Parisse: C’est vrai, mais je sens que je vais en voir très bientôt. Ils sont où?

Alice: Là-bas. Tu avances de vingt pas, tu bifurques en direction est-sud-est, puis tu fais cinq pas d’éléphant et trois pas de souris. Tu fermes ensuite les yeux, tu tournes sur toi-même pendant cinq secondes. Quand tu ouvriras les yeux, tu verras les plus beaux… RHODODENDRONS du monde!

D’un pas déterminé, Parisse se met à suivre les indications d’Alice. Après les trois pas de souris, elle s’arrête et se retourne.

Parisse: Georgito, tu m’accompagnes?

Georgito: Euh…

Tom: Tu devrais y aller, Georgito. Quand tu sauras toi aussi ce qu’est un rhododendron, tu pourras embarquer dans le trip d’Alice, pis… tsé-veux-dire!


Il lui fait un clin d’œil.

Georgito: C’est pas fou ton idée, mon Tom. Attends-moi, Parisse, j’arrive!

Alice les regarde s’éloigner, bouche-bée.
Alice: POURQUOI LUI AS-TU DIT ÇA?

Tom: Alice, il fallait absolument qu’ils soient seuls ensemble. Vu les circonstances, la seule façon d’éloigner Georgito de toi, c’était de lui promettre que s’éloigner momentanément de toi l’aiderait à se rapprocher durablement de toi. Tu me suis?

Alice: Euh…

Tom: Oublie ça. Mais crois-moi, je connais assez ma cousine pour te dire ceci : mission accomplie! D’ici une demi-heure, Georgito aura oublié la raison pour laquelle il l’a d’abord suivie. Il aura peut-être même oublié ton nom!

Alice: En es-tu vraiment certain?

Tom: Oui, d’autant plus qu’elle va sûrement l’inviter à jouer au ballon sauvage dans son club privé de filles tounues. Il sera complètement conquis.

Alice: T’es le meilleur! Bon, maintenant qu’on est ENFIN seuls, qu’est-ce qu’on fait?

Tom: On écoute de la musique?

Alice: Oh yeah!

Ils s’asseoient sous un arbre. Tom sort son iPod, place un écouteur dans son oreille, tend l’autre à Alice.

Alice: Qu’est-ce qu’on écoute, iBoy?

Tom: Une toune de circonstances. Tu vas voir…

«Counting flowers on the wall
That don’t bother me at all
Playing solitaire ‘till dawn
With a deck of fifty-one»

Flowers on the wall, The Statler Brothers

Ils rigolent un peu.

Tom: Dis-moi, Alice…

Alice: Quoi?

Tom: As-tu vraiment vu des… rhododendrons?

Alice: Non. (silence) Toi?

Tom: Non.

Alice: Rododendron… Rodhodendron… C’est moins drôle que tantôt, hein?

Tom: Ouais.


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