Cruising pigeon, troisième partie

Numéro 76

11 au 17 mai 2007

Un texte de
Julie Parent

Publié le 11 mai 2007 dans
Fiction, Nouvelle

Cruising pigeon, troisième partie

Dans le précédent épisode de Tom et Alice, nos héros élaboraient un plan machiavélique pour enfin débarrasser Alice d’un prétendant on ne peut plus obstiné, le beau Georgito – façon de parler.

De quelle façon? En accouplant ce dernier à Parisse Illetonne, cousine de Tom et pitoune émérite. Nous retrouvons donc Tom et Alice, qui attendent les deux pigeons au Jardin botanique, tout en se délectant des champignons magiques ingurgités plus tôt dans la soirée.

Alice (un peu exaltée): Man, il est trop excellent, ton mush!

Tom la regarde d’un air espiègle.

Tom: Tu es vraiment gelée, toi.

Alice: Qu’est-ce qui te fait dire ça, man?

Tom: Tu m’appelles man seulement quand tu as pris beaucoup de drogue.

Alice: Tu me connais trop, man! Eille, man-man?

Tom: Quoi?

Alice (de plus en plus exaltée): J’ai besoin de prendre un tite-marche, une tou-tiiite marche!

Tom: Ok, moi, je reste ici, nos deux moineaux vont arriver d’une minute à l’autre.

Alice: Ah oui, je les avais presque oubliés, ceux-là. Si je ne suis pas revenue d’ici trente minutes…

Tom: …j’appelle des renforts!

Alice se met à gambader. Tom la regarde s’éloigner, puis il se met à scruter les alentours. Il aperçoit alors la silhouette de Georgito et, un peu plus loin, celle de Parisse.

Georgito: Hé, Tom! La bella Alicia n’est pas là?

Tom: Hé, Georgito! Elle est allée se promener, elle devrait revenir bientôt. En attendant, laisse-moi te présenter ma cousine. Hé, Parisse! Nous sommes ici!

Parisse: Ah, bonsoir cher cousin, j’ai eu peur de ne pas te trouver!

Tom: Content que tu aies pu venir!

Parisse: Il n’y a pas de quoi, je n’avais rien à faire ce soir. Mes copines étaient toutes occupées avec leur chum.

Tom: Toujours heureux de te servir de bouche-trou. Maintenant, laisse-moi te présenter Georgito, un camarade de longue date.

Parisse (froidement): Salut, Georgito.

Georgito (indifférent): Ah, salut. Dis-moi, Tom, te reste-t-il des petits champignons?

Tom: Non, on les a tous gobés.

Georgito: C’est dommage. Mais peut-être pas tant que ça, en fait. Si vous l’avez tout pris, ça veut dire qu’Alice doit être gelée en crisse?

Tom éclate de rire.

Tom: Mets-en!

Georgito: Elle sera peut-être alors plus réceptive à mes avances. Le mush, ce n’est peut-être pas l’ecstasy, mais c’est mieux que rien. Comme on dit, qui n’espère rien, n’a rien!

Tom: À ta place, je ne compterais pas là-dessus. Quand elle consomme des hallucinogènes, Alice est, euh, comment dire, tout sauf cruisable.

Parisse: C’est qui, cette Alice?

Tom: Ma meilleure amie! Voyons, Parisse, tu n’as quand même pas oublié ta chère camarade de sixième année?

Parisse (sèchement): Ah, oui. Elle.

Tom: La voilà qui arrive, d’ailleurs. Vous aurez l’occasion de fraterniser de nouveau!

Alice (full exaltée): Tom! TOM! Tu sais pas qu’est-ce que j’ai VUUU?

Tom: Quoi? QUOI? KOUAAAA???

Alice: Les plus beaux RHODODENDRONS du monde!

Tom: Des RHODODENDRONS? Wow! Je dois voir ça!

Il s’en va en courant.

Parisse: Des rhododindons? C’est quoi, ça?

Alice: Ce n’est certainement pas une marque de sacoche!

Parisse: Certainement pas, parce que si c’en était une, eh bien, je le saurais!

Georgito regarde Alice.

Georgito: Je ne sais pas non plus ce qu’est un rhododobrun, mais je peux te dire que tu as une méchante belle sacoche, ma petite Alice!

Parisse (moins froide que tantôt): Tu trouves ça attirant, une grosse poche de tissu brun? Mon sac à moi, il est tout petit et en plus, il a été taillé dans un dispendieux cuir rose nananne. Il est bien plus joli que celui d’Alice! Veux-tu y toucher?

Georgito l’effleure distraitement du bout des doigts, puis se tourne de nouveau vers Alice.

Georgito: Alice, tu es si adorable dans ton délire de champignons magiques! Tu me rappelles quelqu’un, tu sais? Une autre Alice, du pays des merveilles, celle-là!

Parisse (doucereuse): Moi aussi, Georgito, j’ai une homonyme célèbre…

Georgito:
Ah ben coudonc.

Alice: Le pays des merveilles, hein? Dis-moi, Georgito…

Alice le regarde avec un intérêt qui lui fait soudainement espérer un rapprochement.

Georgito (avec empressement): Oui, Alice?

Alice: Au pays des merveilles, y a-t-il des… RHODODENDRONS?

C’est à ce moment que Tom revient, toujours en courant, aussi exalté qu’Alice.

Tom: Stupéfiant! In-cro-ya-ble! BIRDIIIE!

Alice: Les RHODODENDRONS! Tu les as vus, toi aussi, hein?

Parisse: J’en ai assez! Allez-vous enfin nous dire qui sont au juste ces fameux rhododorhums?

Alice: Réfléchis un peu, p’tite ganache. Indice: on est au jardin… BOTANIQUE!

Tom s’esclaffe exagérément.

Tom: Ma pauvre Parisse, laisse-moi t’expliquer. Le Petit Robert définit ainsi le… RHODODENDRON! «Arbuste ou arbre, à feuilles… PERSISTANTES! à fleurs blanches, roses, rouges… VIOLETTES! dont de nombreuses espèces sont… ORNEMENTALES!»

Parisse: Génial, me voilà prise au beau milieu d’un trip d’intellos. Je pense que je vais y aller. Tu viens, Georgito?

Georgito: Je l’aime bien, leur trip. Va-t-en si tu veux, Parisse, moi, je reste.

Oh-oh! Le plan de Tom ne fonctionne pas très bien jusqu’à maintenant. Exaspérée, Parisse veut partir et Georgito, aveugle à ses avances, préfère rester auprès d’Alice. Finiront-ils par se frencher? Pour le savoir, faudra attendre encore une semaine!


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