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Les yeux dans la soupe

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Les yeux dans la soupe

Alice Ferney n’est pas chanceuse. Alors qu’on lui promettait déjà le Goncourt en 2000 pour La conversation amoureuse – un très grand succès auprès de la critique et du public, puis en 2003 pour Dans la guerre, l’un des rares textes de fiction à aborder le sujet des tranchées de la Première Guerre mondiale, son plus récent roman, Les autres, est carrément tombé dans l’oubli, peu après sa parution.

Peut-être est-ce parce qu’il est arrivé trop tard sur les tablettes des librairies, en novembre, une période suicidaire pour la sortie de livres français dans une rentrée littéraire déjà surchargée, ou alors à son sujet plutôt banal, enfin bref, le fait est qu’Alice Ferney n’a pas eu toute l’attention qu’elle méritait.

Et pourtant… Les autres est un roman extrêmement intéressant, qui, à défaut de briller par son fond (un thème surexploité), éblouit par sa forme. Une réunion de famille pour l’anniversaire du fils cadet devient le prétexte d’une sorte de thérapie de groupe, où toutes les vérités, même les plus sombres, refont surface.

Divisé en trois parties, le roman d’Alice Ferney joue sur les silences et les non-dits, sur les morcellements d’identités d’êtres réduits en miettes, qui se taisent pour moins souffrir, pour éviter d’exposer leurs plaies au grand jour.

Avec comme ton pour Les autres une certaine noirceur, un désespoir glacé qui n’empêche pourtant pas le jour de pénétrer l’obscurité, comme s’il y avait, au-delà de la souffrance, l’ombre d’un compromis avec la nature.

Écrit avec la poésie douloureuse d’une Virginia Woolf donnant sous forme de monologues intérieurs une voix à ses personnages, associé à une froide analyse d’une société engluée par ses mensonges, Les autres, s’il ne révolutionne pas la forme littéraire, a le mérite de nous interroger sur la nature humaine, si instable lors des repas familiaux…

Les autres, d’Alice Ferney, chez Actes Sud.

À propos de l'auteur

Daviel Lazure Vieira

Génie du pousse-mine dès sa prime enfance (il a remporté le Concours de dessin des Jeunes Desjardins en maternelle, de même qu’un prix de poésie en quatrième année, rien de moins), banlieusard assumé toujours en quête de sensations fortes, Daviel poursuit une carrière de journaliste. Accumulant les réussites, comme d’occasionnelles collaborations à Radio-Canada, une chronique régulière pour la revue littéraire “Entre les lignes”, ou la création du magazine “Culbute” à l’âge de 11 ans, il ne néglige toutefois pas ses erreurs de jeunesse (le “s” de “Camus” est muet) et travaille sur l’élaboration d’un premier roman.

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