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Avec pas d’casque au Vices & Versa
Un texte de Marie-Claude Beaucage
Dans la section «artistes» de mon iPod, Avec pas d’casque se loge entre A Tribe called Quest et Bell Orchestre. C’est ce que j’ai constaté dans l’autobus, alors que j’allais rejoindre Joël et Stéphane au Vices & Versa, boulevard Saint-Laurent. Avis aux groupies (quoiqu’ils prétendent ne pas en avoir encore): ce charmant bar de quartier n’est pas le repère du duo. C’est Alex de l’étiquette de disques Dare to Care qui planifie les rencontres avec les journalistes à cet endroit – simplement parce que c’est près du domicile de l’un des deux membres du groupe.
Et elles ont été plutôt nombreuses, ces rencontres avec les journalistes depuis le concert de lancement et la sortie de Trois chaudières de sang, leur deuxième album. Selon les gars, ça change tout, une licence de distribution avec une petite étiquette de disques qui gagne en crédibilité. En tous cas, ça attire davantage les médias qu’un album que l’on vend à la fin d’un concert en première partie d’un groupe, aussi trendy soit-il. Ça attire tellement les gens que Stéphane a même lu qu’une fille était déçue après la prestation du groupe lors de son lancement, parce qu’Avec pas d’casque n’était pas, selon elle, la prochaine grosse affaire… Bon.
Par souci professionnel, donc, je réécoutais l’album dans la 55, étonnament vide pour l’heure. L’album étant paru depuis déjà deux semaines, il s’agissait néanmoins de la première fois que les chansons de Trois chaudières de sang parvenaient à mes oreilles par le biais des écouteurs de mon iPod. Et j’ai trouvé que cette écoute leur rendait parfaitement justice. Rendait justice à ces textes qui peuvent parfois se perdre dans le brouhaha d’une salle, aussi petite et intimiste soit-elle. Des textes pas tellement drôles ou loufoques, contrairement à la tendance remarquée chez plusieurs jeunes groupes ces jours-ci. Plutôt des textes qui font sourire. Lucides et ambigus à la fois. Si ça se peut.
Cette écoute faisait également honneur aux mélodies des chansons de Trois chaudières de sang, au final assez simples, tantôt dépouillées, tantôt saturées, qui peuvent, selon Stéphane – en fait, ce sont des gens qui lui en ont fait la remarque – finir par toutes se ressembler. Mais par-dessus tout, grâce à cette écoute, j’ai pu déceler l’accord de guitare bien placé de Joël, tel que mentionné dans le livret de l’album. Rien que pour ça, je souris. Au même moment, j’arrive à destination.
Stéphane et moi, on partage un passé glorieux de «travailleurs à la chaîne» – étudiants, on a plié du carton ensemble pour assembler des présentoirs Gillette. Il étudiait en cinéma et me faisait bien rire. Aujourd’hui, il porte une barbe et clâme que c’est en réaction à Gillette.
Divagations et questions sérieuses
Je n’ai pas tellement envie de faire une entrevue trop formelle, parce que ça s’y prête plus ou moins. Je sais que Stéphane jongle entre le cinéma et la télévision – il réalise des courts-métrages et il est également monteur de vidéoclips et d’émissions de télé. Il me dit qu’il travaille aussi à un projet de long-métrage en ce moment. Son long-métrage. Joël, je ne le connais pas. Alors je lui pose des questions plus sérieuses.
Il fait de la musique depuis une dizaine d’années. On voit tout de suite, quand il parle de musique, que c’est sa passion, et ce n’est même pas convenu quand il le dit. Il a joué dans un nombre impressionnant de groupes, surtout des goupes punks, plus ou moins connus des auditeurs de CISM et CIBL. Il est lui aussi monteur en télé. C’est de cette façon que les deux gars se sont connus. Par le travail, mais aussi par une amie commune, presque simultanément. C’est plutôt rare, les gens qui se rencontrent de deux façons différentes. C’est une bonne raison pour former un groupe. J’imagine que c’est ce qu’ils se sont dit.
La veille de notre rencontre, ils étaient à la conférence de presse du Festival d’été de Québec. Ils vont se produire sur la scène de l’Impérial, en compagnie d’André. Ils vont également fouler la scène du Métropolis lors des Francofolies avec leurs amis Malajube. Peut-être que ça sera déjà même chose du passé au moment où vous lirez ces lignes.
N’en demeure pas moins qu’en quelques semaines, ils seront passés de la petite scène du Divan Orange à celle du Métropolis. Bon prétexte pour leur poser une vraie question. Sur quelle scène auraient-ils vraiment envie de jouer leur chansons? Pour Stéphane, c’est la Sala Rossa. Joël lui affectionne particulièrement le Divan Orange.
Je ne sais pas trop comment orienter l’entrevue, considérant qu’ils ont eu une couverture de presse plus importante que je ne le croyais au moment où je les ai approchés pour P45. Ils sont assez gentils et prévenants pour m’aviser si je leur pose une question à laquelle ils ont déjà répondu pour un autre média. En contrepartie, je leur signale si j’ai déjà entendu la réponse qu’ils me livrent. Je nous trouve efficaces.
On boit de la bière. On converse. Finalement, après presque deux heures où nous passons allègrement du coq à l’âne, il serait beaucoup trop long de tout retranscrire nos propos. Mais voici, en toute subjectivité, des moments pas pire d’Avec pas casque au Vices & Versa. À vous d’imaginer le reste.
Sur le nom du groupe
«Quand j’ai entendu l’expression pour la première fois, ça m’a fait sourire; j’aime bien la contradiction. Après ça, Avec pas d’casque, j’ai su que c’est une expression qu’utilise souvent Jean Dion. Il l’utilise apparemment à répétition. Mais les gens déforment tout le temps notre nom.»
Sur leur approche lo-fi
«On joue au meilleur de notre capacité et de notre équipement. On a enregistré avec ce qu’on avait. On aime cette façon de travailler artisanale et on le fait à notre rythme. Mais on a pas mal d’idées et j’ai hâte de voir où ça va nous mener après… Là , je sais que j’ai fait le tour complet du genre, en tous cas, pas mal.»
La consécration
«Ç’a l’air que Les Moquettes nous ont mis sur leur palmarès des meilleurs disques pour les jours de pluie.»
Pourquoi les filles trippent sur les musiciens
«J’ai aucune théorie là -dessus. En fait, je pense que ça relève d’un mythe. On devrait en avoir des théories par exemple. Ça serait drôle.»
Jouer au Métropolis
«Quand j’ai raccroché le téléphone pour dire qu’on acceptait de jouer au Métropolis, j’ai comme le genou qui m’a fléchi un peu.
– Moi, je dis toujours que le pire qui peut arriver, c’est qu’on meurt pendant le show.»
Sur les critiques
«Dans La Presse, on avait autant d’étoiles que Paul Simon. Trois étoiles et demi.»
Sur les critiques- encore
«Nous on fait du bruit pis eux, ils l’écoutent et y’en parlent. C’est un peu ça le deal. Nous on fait le bruit que ça nous tente et eux ils le critiquent comme ils veulent.»
Sur la hype
«On est peut-être une montée d’épingles et on ne le sait pas…»
Faire des spectacles
«C’est comme faire des casses-têtes, mais devant du monde.»
Investissement en plaisir
«J’ai acheté une guitare cette année et deux semaine après, elle était remboursée en plaisir.
– Mais il s’est aussi acheté une contrebasse et il n’a jamais réussi à la rembourser en plaisir.
– Je l’ai revendu et je me suis acheté une caméra.
– Il est déficitaire en plaisir.
– J’ai aussi acheté un beatbox il y a dix ans et je n’ai jamais réussi à le rembourser en plaisir.
– Pourquoi tu me le vends pas à moi?
– Je vais te le vendre.
– Je vais peut-être être capable de le rembourser en plaisir.
– En tous cas, si tu bases ta vie là -dessus, t’es pas mal moins déçu des mauvais coups que tu fais; ça s’applique à tout.»
Vu de cette façon, mon disque d’Avec pas d’casque est pas mal sur le point d’être remboursé.

