septembre06 > Musique > Culture > Magazine
Personnificateur féminin en transit
Un texte de Marie-Ève Corbeil
Montréal, ville gaie? Avec la récente tenue des Outgames et du festival Divers/Cité, personne n’en doute plus… Profitant de l’effervescence du moment, P45 s’est entretenu avec V.nus, une bête de scène qui s’apprête à ensorceler New York à l’aide de ses perruques extravagantes et de ses déhanchements lascifs.
Sortant à l’occasion dans le Village, je connaissais déjà la sublime V.nus. Celle-ci est une véritable star du milieu gai montréalais. Contrairement à Mado Lamothe et aux drags queens qui bitchent sans relâche, ce personnificateur féminin ne tombe pas dans la parodie. Grâce à son travail acharné, il se concentre plutôt à avoir l’air d’une vraie fille sur scène, et c’est un pari est relevé haut la main. Chanceuse, V.nus est réellement très belle, et n’a pas de problème de cellulite…
Blague à part, l’homme qui se cache derrière le personnage s’appelle Jimmy Faille. Ce performeur hors pair est dans la jeune vingtaine, mais présente depuis six ans des spectacles dans les clubs. Cet artiste donne vie à ses nombreuses idoles soit: Mariah Carey, Madonna (sa marque de commerce), Jennifer Lopez, Beyoncé, Dalida, Tina Turner et Marie-Chantal Toupin (oui, oui, notre chère rockeuse PQ!). Mais voilà , V.nus considère qu’elle commence maintenant à tourner en rond… P45 voulait en savoir plus sur les motivations de cette diva qui compte délaisser son public en délire pour aller émoustiller les fêtards de la Big Apple…
Bien installée au mythique Sky Pub, votre collaboratrice a donc fait un agréable brin de causette avec cette reine de la nuit et du clinquant. Un peu pêle-mêle, voici quelques passages forts de notre rencontre. Avec fard à joues, mais sans gêne, V.nus nous a confié ses plus folles aspirations sur son métier qui sort de l’ordinaire… (photo: Marie-Claude Fournier)
Personnificateur féminin ?
«Je suis dans le créneau du personnificateur féminin et je donne l’impression d’être une vraie femme sur scène. Une drag queen est plus une exagération de la femme avec un côté burlesque. Si on veut une comparaison facile, il suffit de penser à Mado Lamothe. Elle et moi, c’est comme le jour et la nuit. Contrairement à ici, les personnificateurs féminins n’existent pas à New York. J’arrive là -bas comme un révolutionnaire puisqu’ils n’ont que des drags queens et transsexuels.»
Madonna ou Mariah Carey?
«Je suis allé récemment aux États-Unis, ils s’en foutaient de Madonna. Ce qui les intéressait eux, c’est que je sois Mariah Carey. C’est sûr que ça dépend du marché, mais Mariah pogne plus auprès d’un public qui aime les pitounes. À l’inverse, ça devient quasiment schizophrénique à Montréal quand je fais Madonna. L’énergie des gens devient alors plus palpable. Pour l’instant, je peux dire que ma préférence va plus à Mariah.»
Le Montréal médiocre
«Je veux pas insulter personne dans le milieu, mais j’amène une qualité de produit qui est unique. J’ai beaucoup de talent et ce n’est pas de la prétention. De plus, je suis un des seuls qui danse véritablement sur scène. La plupart des personnificateurs féminins font dans un autre genre et je suis vraiment seul dans ma lignée. À cause de cela, c’est parfois dur de continuer à être strict envers moi-même.»
Sur la demande à Montréal
«J’ai plafonné et j’ai plus de défis. Il faut dire que j’ai rempli trois fois le Théâtre National et fait le Club Soda. Il me resterait peut-être à faire l’émission Les saisons de Claudine à titre d’artiste invité… Ce n’est pas évident à accepter, mais je dois vivre avec la réalité de la demande du métier, qui a ses limites. Les gens ont plein de préjugés et j’ai été témoin de malaises lors d’événements auxquels j’ai pris part. Aussi, je considère que j’amène un produit de qualité unique ici, mais je suis seul dans ma lignée et c’est dur pour moi.»
Sur son rêve de gloire
«J’avais le rêve d’aller m’investir à Las Vegas. J’y suis allé, mais ça a été très décevant. Le marché est carrément minable. Même si je fais un métier très superficiel, je n’aime pas le fake et c’est l’endroit où le paraître prime. Finalement, j’ai décidé d’aligner mon tir pour New York.»
Sur le milieu artistique à New York
«L’énergie de la ville est incroyable. Plusieurs artistes évoluant dans de multiples sphères artistiques viennent de là -bas. Tout part de New York. En plus, la population est tellement dense. Dans les clubs, ce n’est jamais le même monde chaque soir. Personne ne peut se tanner de toi. En comparaison avec New York, Montréal est un village. Je dois juste me promener et faire mes affaires dans la métropole américaine. Idéalement, je souhaiterais avoir ma propre revue de Madonna sur Broadway. Je suis prêt et j’ai déjà toutes les armes dans ma poche pour parvenir à réaliser mes buts.»
Montréal ou New York?
«Je considère que la scène gaie est très belle chez nous. Le défilé est un des plus beaux et positionne Montréal en tant que ville ouverte à la communauté. Même si je veux percer à New York, je vais continuer à me produire ici en spectacle. Seulement, je ne présenterai pas de gros événements pour la prochaine année. Mais c’est clair que si j’avais un important contrat à New York, je réfléchirais sérieusement à la possibilité de m’y installer pendant un moment.»
V.nus présente Madonna:Confessions, The Tours 1990-2006
au Mado (1115 rue Ste-Catherine, Mtl) les 27 et 28 septembre prochains

