Dans un salon de Paris

Numéro 149

10 au 16 avril 2009

Un texte de
Mathieu Meunier

Publié le 10 avril 2009 dans
Carte postale, Société

Dans un salon de Paris

Dans mon imaginaire, Paris s’est forgé une place subtile. Probablement dans une fissure entre les rêves et les fantasmes.

Quand j’arrive à la gare du Nord, on dirait qu’un fin nuage me couvre les pieds. Comme dans un rêve d’anges ou une annonce de fromage à la crème.

Je marche d’un pas décidé sur le quai et j’aboutis sur Place Napoléon. Je réalise que cette fumée qui m’enrobe n’a rien à voir avec un songe fromagé. Elle provient plutôt des Gauloises et des Marlboro de mes voisins. Je ne rêve pas, je suis bien à Paris. Le couple qui s’engueule à mes côtés, avec une vigueur toute parisienne, me le confirme.

«À quel hôtel descends-tu?» J’ai toujours rêvé répondre à cette drôle de question. Et je cherche la justification du verbe «descendre» dans ce contexte. Toujours est-il que je suis descendu à l’hôtel Excelsior, rue Cujas, à un jet de pierre de la Sorbonne. Désolé pour l’expression «jet de pierre». C’est plus fort que moi.

Un hôtel très sympathique. Tout ce dont j’ai besoin. Et je tombe amoureux de l’ascenseur, qui est petit et bizarre. Comme dans les films. Comme à Paris.

Le premier soir, je me rends à la libraire Shakespeare and Company. Lieu mythique de la Rive Gauche où des gens comme Henry Miller et Allen Ginsberg séjournèrent. Y paraît que George Whitman, le fondateur, habite toujours l’un des appartements à l’étage.

Et qu’un écrivain peut y dormir gratuitement à condition d’y lire un livre par jour. Pourquoi ce genre de concept me fait du bien? Pourquoi j’aurais passé encore quatre heures à niaiser dans cette librairie, à lire les petites affiches épinglées aux murs, à écouter des étranges personnages jouer au piano? Je me sens vivre dans ce genre de place.

Le Salon comme raison

Je dors si profondément que j’oublie de rêver. Je me réveille et saute dans le métro, direction Porte de Versailles. Pour aller au Salon du livre, qui est le prétexte de mon séjour à Paris. Mais ça, il ne faut pas le crier sur tous les toits.

Parce que l’individu qui dit aux gens normaux qu’il aime les salons du livre, qu’il a manqué celui de Montréal et qu’il a décidé d’aller à celui de Paris, tout seul, peut passer pour une personne psychologiquement inapte à la vie en société. Alors, ça reste entre nous.

Une autre question vient troubler mon équilibre. Pourquoi, à Montréal, les gens dans le métro me tombent sur les nerfs et qu’à Paris, ça ne me dérange aucunement de me faire étamper la joue sur la fenêtre de la voiture par une horde de Parisiens pressés et bruyants?

J’y songe et perds pied. J’accroche la dame avec la grosse sacoche et elle me regarde comme si j’étais le plus minable des êtres vivants, en lâchant un soupir qui lui demande probablement autant d’énergie qu’un marathon. Ce n’est pas grave, je suis arrivé.

Un salon du livre, c’est une énorme librairie où l’on donne des sacs de plastique à l’entrée. J’aime les librairies et j’ai justement besoin d’un sac de plastique pour mon linge sale. Tu parles.

J’arpente les kiosques avec la voracité d’un pervers dans un sex-shop. Je ne veux pas m’en aller. Il y a trop de livres, trop d’auteurs qui dédicacent des bouquins, trop de petits débats littéraires. L’excitation monte.

Je passe par le kiosque du Québec et j’aime bien. J’écoute, sans dire un mot. Je me sens comme chez la mère de mon ami, qui m’offre du sucre à la crème, un sandwich au jambon et qui parle du dernier livre qu’elle a lu.

Vivre, Vélib’, vélo

Je pars en fin d’après-midi et me promets de revenir le soir suivant, pour en voir encore plus. J’essaie de me prendre un Vélib’ dans une des nombreuses bornes dispersées à travers Paris, mais on refuse ma carte Visa. C’est peut-être mieux ainsi, ils n’ont pas l’air virils, les Vélib’.

J’entre dans une boutique de vélos et deux minutes plus tard, je chevauche à travers Paris. Ceux et celles pour qui le vélo urbain apporte plaisirs et frissons se doivent de rouler dans Paris, un jour. C’est une obligation.

En dévalant ses rues, en frôlant ses camions, en suivant la circulation, je réalise deux choses; j’aime me sentir vivant dans une librairie. Et cette chose que je tiens entre mes mains et que je sens entre mes jambes (le vélo), me fait vivre, aussi.


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1 commentaire
  1. Mylène says:

    Une chance que tu penses tout haut dans tes chroniques.
    C’est difficile à concevoir, mais je ne savais vraiment pas ce que j’allais faire durant un trois jours à Paris cet été.
    Je vais pouvoir remplir mes obligations de cycliste urbaine.
    Et fumer des gauloises et des Marlboro, si le vélo me fait trop de bien.

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