David Lynch et la lobotomie artistique

Numéro 76

11 au 17 mai 2007

Un texte de
Benjamin Eskinazi

Publié le 11 mai 2007 dans
Cinéma, Culture

David Lynch et la lobotomie artistique

Si vous vous êtes arraché les cheveux à essayer de comprendre Mulholland Drive, pour Inland Empire, le dernier film de David Lynch, préparez-vous à l’épilation intégrale.

Inland Empire
De David Lynch
Avec Laura Dern, Justin Theroux, Jeremy Irons
Pologne-France-États-Unis, 2006

Totalement déroutant, Inland Empire est une brique cinématographique qui vous atteint en pleine face, vous enterre, et après trois heures de projection vous rejette lessivé dans le monde réel. Les spectateurs sortent hagards, abasourdis. «J’ai l’impression qu’on m’a fait un lavage de cerveau», pouvait-on entendre à la sortie du cinéma.

C’est que le dernier Lynch pulvérise les records de bizarrerie. Les situations les plus délirantes se succèdent, ponctuées de dialogues passant de l’absurde à l’obscur, dédaignant toutes les contraintes du récit cinématographique. Entrer dans ce film, c’est accepter de perdre tous ses repères, c’est pénétrer dans un monde onirique où les unités de temps et de lieu ont disparu.

Inland Empire est comme une collection de dizaines de cauchemars qui s’entrecroiseraient. Des cauchemars où une même porte mène dans un palace, un studio de cinéma, ou en Pologne. Des cauchemars où l’identité des personnages n’est jamais vraiment sûre. L’actrice principale, Laura Dern (remarquable), est à l’écran tantôt Nikki, tantôt Sue, sans que la distinction entre les deux personnages ne soit jamais claire. De nombreux autres acteurs du film incarnent eux aussi plusieurs personnages, ajoutant à la confusion générale.

Tenter de comprendre Inland Empire, c’est essayer d’interpréter un rêve particulièrement étrange et complexe, une armée de psychanalystes n’en viendrait pas à bout. Un film qui se ressent. C’est génial, mais sans que l’on sache vraiment pourquoi.


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