octobre06 > Cinéma > Culture > Magazine
Déjeuner continental
Un texte de Alexandra Oakley
Continental, un film sans fusil est le premier long métrage du jeune artiste éclectique Stéphane Lafleur. Il se joint à l’équipe de Micro_scope pour porter cette production à bout de canon, reflet d’une relève cinématographique bien portante.
Tel une mosaïque de moments simples de la vie, Continental se veut un film à petit déploiement. Empreint de lucidité et de sobriété, le scénario met en scène un chassé-croisé de quatre personnages dont la rencontre découle de la disparition d’un homme à sa sortie de l’autobus.
Moments simples mais simplistes? Non, loin de là . Le scénario, rehaussé d’une atmosphère ludique, est mijoté à la sauce Lafleur, bien connu pour ses courts-métrages et son appartenance au groupe de musique folk Avec pas d’casque. Le ton est donné, à quelques semaines du début du tournage…
Lafleur a passé près de quatre ans sur ce projet avant de recevoir le financement de la SODEC en mars 2006. Puis, roulement de tambour, Téléfilm décide d’embarquer dans l’aventure en juin. «C’était inespéré! Je ne sais pas ce qui serait arrivé si nous avions eu un refus », nous confie Lafleur. Le fonds Harold Greenberg et d’autres sources de financement viendront boucler le budget de 2,1 millions de dollars.
Même si ce montant fait sourire le principal intéressé, Continental se classe tout de même dans la catégorie film à petit budget. «Plus que t’as d’argent, plus que tout coûte cher! Si t’as 50 dollars en poche, tu réussis toujours à faire quelque chose. Mais si t’as 2 millions, tu trouves toujours le moyen d’en manquer»!
Bien qu’il en soit à sa première expérience de plateau professionnel, Stéphane n’est pas des moins inexpérimentés. «L’apprentissage se fait dans les deux sens. La production a une méthodologie que je ne connaissais pas. En revanche, j’ai des réflexes pratico-pratiques qui me viennent de mon expérience avec Kino et de mon métier de monteur».
Et s’il fait le saut à la réalisation dans un contexte plus «traditionnel», c’est qu’il ressentait le besoin de se jeter dans un projet de plus longue haleine: «Mais ça ne veut pas dire que je ne retournerai jamais à la production de films entre amis, pour m’amuser. L’un n’empêche pas l’autre».
«Quand j’ai vu Les États Nordiques de Denis Coté, j’étais en processus d’écriture. Je voyais bien que mon projet s’annonçait plus lourd et j’étais un peu jaloux de lui! Avec 100 000$, il a réussi à faire un film qui puait la liberté, exactement comme il le voulait. Mais Continental, je le voyais vraiment en pellicule. Ça n’aurait pas eu le même impact sinon».
De ses réflexions, plusieurs portent sur les problématiques reliées au type de financement. «La démarche de Côté m’a beaucoup inspiré. Ça reste un des meilleurs films québécois de l’année. Je me demande des fois si je vais arriver à la fin de mon film et être déçu. D’avoir fait trop de compromis. Mais ça m’étonnerait. Tout va bien avec l’équipe».
Continental, un film sans fusil sortira «quelque part, en 2007». D’ici là , Stéphane Lafleur compte bien poursuivre la lancée du groupe Avec pas d’casque. À noter qu’il signera également quelques pièces musicales de son film.

