Dénonçons la surabondance de salons de coiffure à Montréal

Numéro 40

6 May au 2 June 2006

Un texte de
Marie-Claude Beaucage

Publié le 7 mai 2006 dans
Chroniques, Le combat du mois

Dénonçons la surabondance de salons de coiffure à Montréal

Mai… un mois tout ce qui a de plus printanier. Après plusieurs mois à avancer dans la vie avec une tuque sur la tête, telle la rose du Petit Pince de Saint-Exupéry, je me réveille à peine et, comme la rose sus-mentionnée, je suis toute décoiffée… Bon, cette analogie florale/référence littéraire peut vous sembler un peu douteuse à vous, lecteur de P45, mais elle est loin d’être gratuite, rassurez-vous ; elle m’amène, et ne me jugez pas car il m’en coûte, à vous faire une grande révélation, bande de privilégiés. Alors voilà : il fut une période de ma vie où je me faisais coiffer à tous les râteliers, si je puis me permettre.

En des termes moins éloquents, disons que j’ai déjà été une guidoune du cheveu. J’étais à cette époque plutôt fidèle en amour, alors il me fallait bien compenser dans une autre sphère de ma vie. J’ai donc opté pour la sphère capillaire, ce qui ne semble pas, au premier abord, trop impliquant émotionnellement.

De 1999 à 2005 donc, j’étais instable au niveau capillaire. Sara-Jane, Sabrina, Marie-Eve, Derek, Lisa, Nathalie et quelques autres ont donc partagé avec moi leur science et ont su faire de moi une femme heureuse et épanouie… pendant quelques mois seulement.

J’étais en effet très exigeante et plutôt difficile à combler. Il m’en fallait donc peu pour me décider à aller voir ailleurs…jusqu’à ce que je ne sache littéralement plus où donner de la tête.

En effet, il y a de cela quelques semaines, j’errais dans les rues de mon quartier, le bonnet bien enfoncé jusqu’aux yeux question non pas d’affronter le froid, mais plutôt de camoufler une repousse pas tellement esthétique et là, comme ça, ça m’a frappé de plein fouet : en l’espace d’à peine deux coins de rues, une cinquantaine de pas tout au plus, j’ai dénombré cinq salons de coiffure.

Ah bon, j’habite un quartier où il est plus facile d’aller se faire faire des mèches que de tomber sur une épicerie décente, me suis-je dit. Les jours qui ont suivi, je suis demeurée attentive à cette inquiétante prolifération de salons de coiffures. J’en ai remarqué deux nouveaux sur St-Laurent entre Mont-Royal et Sherbrooke, un segment déjà pas mal saturé en matière d’endroits où aller se faire coiffer. Un nouveau salon également sur Fairmount et un autre sur Beaubien et …enfin bref, je pense que vous saisissez où je veux en venir.

C’est quoi ça? Le salon de coiffure est le commerce de l’avenir ? Le nouvel Effexor? Les orienteurs scolaires conseillent la coiffure comme un domaine aux perspectives d’emplois enviables ? Et comment font-ils tous ces salons pour payer leur loyer, rémunérer leurs employés et survivre? Que se cache-t-il vraiment dans leurs arrières-boutiques ?

Quoiqu’il en soit, ça commence franchement à devenir un peu ridicule. Il y aura bientôt, et j’exagère à peine, autant de salons de coiffures que de Montréalais et bon, on veut bien que Montréal soit reconnue comme étant quelque chose comme la nouvelle capitale du rock, mais pas comme la ville qui compte le plus de salons de coiffure par habitant. On n’est pas SI superficiels. Et ce n’est pas comme s’il y avait trop de librairies indépendantes, trop de salles de spectacles ou trop de boutiques de commerce équitable à Montréal.

Je vous aurai averti, l’épidémie nous guette mes amis. Dénonçons collectivement cette surabondance de salons de coiffure à Montréal et pensons vite à l’élaboration d’un plan d’urgence avant que, sans qu’on ne s’en aperçoive, on se retrouve tous avec la chevelure de Lysandre, de Loft Story…


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