Dix femmes, dix mythes

Numéro 151

24 au 30 avril 2009

Un texte de
Fabbie Barthélémy

Publié le 24 avril 2009 dans
Culture, Musique

Dix femmes, dix mythes

Sur les elles de Gainsbourg.

Après les succès des albums seventies de Sylvain Cossette et de Lost in the 80s des Lost Fingers, P45 savait pertinemment qu’un album de covers verrait le jour au printemps.

Or, on ignorait sous quelle forme il se présenterait à nous. C’est un inconnu provenant de la France du nom de Stéphane Lucas, un boxeur slash acteur slash mannequin slash chanteur installé au Québec depuis 2002, qui a ce mérite. Il ne reprend avec des comédiennes (sans emploi), des animatrices (en sabbatique) et des chanteuses (finies) rien de moins que le répertoire de Serge Gainsbourg.

Le prétexte? S’il était toujours vivant, Gainsbourg aurait 81 ans ce mois-ci. Euh, OK, mais encore? Gainsbourg avait tendance à demander à des non-chanteuses de chanter. Bon.

C’est simple. C’est authentique. P45 ne fait pas partie des puristes qui considèrent l’œuvre du poète maudit comme étant sacrée. Non, pas du tout. Au contraire, P45 adore les reprises et les spectacles au Medley, alors pas de quoi s’énerver.

Toutefois, Lucas a non seulement revisité l’œuvre de Gainsbourg, il a en plus permis à dix personnalités québécoises de renom (Marie Carmen, Patsy Gallant, Virginie Coosa, Geneviève Borne, Maxim Roy, Nelly Arcan, Julie Salvador, Chantal Fontaine, Mélanie Renaud et Caroline Néron) de dévoiler l’étendue de leur talent en rendant hommage à un titan de la musique.

Vous vous dites: c’est immense. Vous n’avez pas tort. L’album, intitulé Sur les elles de Gainsbourg, non seulement contribue-t-il à enrichir notre culture, il déconstruit également dix fausses idées reçues. P45 les a notées pour vous.

1er mythe: les sportifs ne devraient faire que du sport

Faux. Avant de déboulonner ce mythe, il faut mettre les choses au clair.

Stéphane Lucas est un ancien boxeur. Ne faites pas comme nous et ne confondez pas Stéphane Lucas avec Stéphane Ouellet (le boxeur/poète de Jonquière) ou Éric Lucas (l’autre boxeur que P45 connaît). P45 vous le confirme: Stéphane Lucas n’est pas une coalition de ces deux boxeurs légendaires, il est un être unique avec deux noms communs. C’est tout.

Cela dit, les athlètes ont quelques fois des difficultés à dénicher une place crédible dans le monde des arts et spectacles. Pourtant, bien des sportifs ont enrichi culturellement l’imaginaire collectif.

On pense à Hulk Hogan dans Monsieur Nounou, à Shaquille O’Neal dans Kazaam, à Jacques Villeneuve avec son album Private Paradise, à Guy Lafleur et ses instructions version disco, à Vincent Damphousse et ses pellicules, à Annie Pelletier dans son maillot en cotte de mailles, à Alexandre Despatie dans À vos marques, prêts, party et à Deano Clavet dans tout ce qu’il entreprend.

Tous sont des exemples que sport et médias peuvent faire un mélange explosif. Pendant qu’on y pense, à quand une collaboration entre Stéphane Lucas et le rappeur/hockeyeur Jonathan Roy?

2e mythe: un site Internet doit être de son temps

Faux. Le site de Stéphane Lucas surprend. Si le début du site nous impressionne avec des citations telles «force et douceur» et «vivre l’instant présent», on reste d’autant plus subjugués par la seconde partie.

Stéphane doit faire partie de ces gens qui croient très fort en l’adage «une image vaut mille mots» parce qu’il ne s’est pas trop handicapé de proses pour nous enticher. Ah non! Cliquez sur Interprète et vous serez tout simplement témoins d’un moment intense d’interprétation. Cliquez sur Acteur et vous y verrez des photos de casting. Bref, pas un mot sur les films auxquels il a participé. Pas besoin. Les photos suffisent.

Stéphane Lucas est un homme mystérieux. C’est également un homme du monde. Si vous vous dirigez vers Rencontres, vous pourrez admirer des photos de lui escorté de vedettes québécoises à certains lancements et premières. Un régal pour l’oeil.

3e mythe: le Loft peut tuer une carrière

Faux. Virginie Coosa, dont le dernier contrat prestigieux était celui d’animer la quotidienne du Loft et de collaborer à l’émission dominicale à titre de faire-valoir, refait surface sur la pièce Chez les Yé-Yé. Marie Plourde, tu vois, il y a de l’espoir.

4e mythe: un rôle trop important dans une carrière peut marquer un artiste au fer rouge

Faux. Chantal Fontaine n’est pas que Virginie. Elle a d’autres cordes à son arc. On hésite, on ne sait toujours pas si on la préfère chantant Un petit garçon nommé Charlie Brown ou tournoyant dans des pubs de crèmes de matantes. C’est unanime, l’équipe de P45 est convaincue que son rôle de serveuse dans le trop méconnu film érotico-poche Coyote (avec la délicieuse Mitsou) supplante (encore) tout le reste.

5e mythe: faire des jeux de mots homonymiques, c’est dépassé

Faux. Il y a des choses dont on ne se lassera jamais. Parmi celles-ci, on retrouve les chorales d’enfants et écrire «elles» au lieu d’«ailes». Justement, P45 pense déposer une motion à cet effet: tout projet féminin devrait intégrer le terme «elle». Les «Elles» de la mode. Battre de l’«elle». L’amour donne des «elles», les «elles» du désir… On a déjà le nom de l’album des reprises de Charlebois: Si j’avais les «elles» d’un ange.

6e mythe: gagner la révélation de l’année dans un gala s’avère être une malédiction

Faux. Lili Fatale, Fabienne Thibeault et Nuance ont beau dire le contraire, des exemples concrets nous ont prouvé que ce prix était un tremplin.

Mélanie Renaud peut en témoigner. Son apparition sur la page couverture du toujours très élégant Summum ne ressemblait en rien à un cri de détresse ou à un moyen désespéré de redémarrer une carrière en perte de vitesse.

Le premier succès de l’ancienne choriste d’Éric Lapointe s’intitulait J’m’en veux. Voilà, c’est tout, on tenait à le mentionner. Juste comme ça. Vous en faites ce que vous voulez.

7e mythe: il est impossible d’avoir une carrière quand on est le frère de ou la sœur de

Faux. Parlez-en à Maxim Roy qui n’est pas juste la sœur de Gildor Roy. Elle est également la fille qui faisait les pubs de Toyota.

8e mythe: Michel Brûlé pense à tout

Faux. L’éditeur derrière la très pertinente suite du Petit Prince a dû s’en mordre les doigts.

Voir un inconnu s’entourer de nos personnalités chouchous et chanter en duo avec elles afin de donner une nouvelle couleur aux chansons de Gainsbourg a dû le tarabuster au plus haut point.

Il ne fait aucun doute que Brûlé aurait produit quelque chose d’encore flamboyant*. Reste qu’on ne s’inquiète pas trop pour notre Michel. Après son pamphlet révolutionnaire anglophobe, il a sûrement une idée encore plus agitatrice derrière la tête.

*P45 a vraiment été tenté d’insérer une blague en comparant Brûlé à Icare, mais on s’est retenus. Fort. Très fort.

9e mythe: l’acharnement ne mène à rien

Faux. Caroline Néron l’a très bien compris. Si son second album, intitulé Reprogrammée (on se souvient toujours du clip Colle-toi à moi), et ses films Éternelle et L’âge des ténèbres n’ont pas remporté le succès escompté, Caroline Néron a toujours persévéré. En avril 2009, elle ouvrira sa première boutique de bijoux au Carrefour Laval.

10e mythe: il y a déjà trop de versions de Je t’aime moi non plus

Faux. Si Jane Birkin, Brigitte Bardot, Donna Summer, Nick Cave, Cat Power, Karen Elson, les Pet Shop Boys, Cibo Matto, Asia Argento, Chayanne, Miss Kittin, Kylie Minogue, Macha Grenon et Patrice Coquereau (oui, oui, Patrice Coquereau!) ont susurré «je vais et je viens entre tes reins… et je me retiens», on ne voit pas pourquoi Nelly Arcan et Julie Salvador se seraient gardé une petite gêne.

On a longuement réfléchi. Pour renflouer nos coffres, P45 pense sortir un album de duos uniquement féminins de Je t’aime moi non plus. Pour l’instant, on désire ardemment un duo avec Fabienne Larouche et Chantal Fontaine, un duo avec Marie-Chantal Toupin et Marjo et un autre avec Nathalie Simard et Véronique Cloutier. Juste ça, on serait ben contents.

Et s’il y a quelque chose que P45 aime encore plus que les covers, c’est bien les suites d’albums de covers. Nous avons quelques noms à proposer pour le second tome de Sur les elles de Gainsbourg: Bianca Gervais, Annie Dufresne, Mahée Paiement, Chantal Lacroix, Anne-Marie Losique, Audrey de Montigny, Kathleen, Gabrielle Destroismaisons, Juliette Powell et Jacynthe René.

Ça pourrait s’appeler Sur les elles de Gainsbourg 2.


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Discussion

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  1. Kim ST-P says:

    Je te lis deux fois de suite, parce que c’est si bon!

  2. Clarice says:

    je ne comprends pas tout de votre article. C’est une blague? Nelly Arcan chante?

  3. Laurence Coté says:

    HA ha ha elle est bien bonne celle là …pour votre information Marie Carmen est une des plus imposantes interprètes que nous ayons au Québec, Patsy Gallant est une des rares artistes à pouvoir marcher sur le territoire de Céline Dion en donnant le vertige à la protégé de René, Virginie Coossa est une des animatrices leus plus en demande dans son métier,Geneviève Borne en pause est la meilleure animatrice que Belle et Bum ne s’est jamais offerte, Maxim Roy est à Toronto pour des tournages sur des productions majeures , Nelly Arcan est une de nos romancières ayant la plus reconnue, Julie Salvador est une des interprètes les plus forte de sa génération , Chantal Fontaine a relevé un des défi les plus imposant en comédie avec 12 ans de présence quotidienne à Radio-Canada, Mélanie Renaud repéré par Plamondon nous a fait honneur en France dans Notre-dame de Paris et Caroline Néron qui ne laisse pas sa place par sa détermination et sa capacité de travail)

    On ose même pas imaginer ce que vous auriez à dire de l’album Duos de la tendresse avec Dan Bigras et ses co-interprètes féminines…humoriste inclus!!!!

    Au fait Fabbie Barthelemy…qu’avez vous fait au juste dans la vie……

  4. «la meilleure animatrice que Belle et Bum ne s’est jamais offerte»: dit comme ça, c’est vrai que ça nous confronte à l’insignifiance de nos propres accomplissements.

  5. FB says:

    J’appréhendais ce type de commentaires. J’y suis peut-être allée trop fort.

    Eh bien, je ne suis pas aussi bien renseignée que vous Mme Côté et j’en suis embarrassée. Néanmoins, je vais vous avouer une chose et je tiens à ce que ça reste entre nous. Je connais bien mieux le répertoire de Marie Carmen que celui de Gainsbourg. Enfant, à une vente de garage, on m’avait donné (j’insiste sur le mot donner) une cassette de Miel et Venin. Marie Carmen avait dès lors bercé mes premières nuits d’insomnie. Je ne comprenais d’ailleurs pas pourquoi les Français l’avait vilipendé pour sa reprise de l’Aigle Noir. Des années plus tard, Marie Carmen nous prouve qu’elle a “des couilles en acier trempé”. Après Barbara, Gainsbourg…

    En ce qui concerne Virginie Coosa que je connais depuis ses débuts, j’étais inquiètée par sa disparition au petit écran. Après Musique Plus, Palmarès, le Loft et la très regrettée émission Suite 309, je pensais qu’elle était en sabbatique.

    Personnellement, je ne suis pas prête à dire que Geneviève Borne est la meilleure co-animatrice de Belle et Bum. Roxanne St-Gelais, Claudine Prévost et Sophie Durocher ont toutes su tirer leur épingle du jeu. Cependant, j’ose affirmer que je m’explique mal sa présence sur cet album. Sa carrière va effectivement très bien (vous avez vu ses pauses beauté à TVA?), contrairement à Nelly Arcan qui est reconnue soite, mais dont le dernier roman a été reçu avec une certaine indifférence, non?

    J’ai écouté Éternelle jusqu’à la fin (nous ne sommes pas beaucoup à pouvoir s’en vanter). J’ai même l’édition du Summum où Caroline Néron s’inspire de Britney Spears, c’est vous dire.

    À propos de Maxim Roy, elle, aussi, jouait dans Coyote.

    Et une amie m’a rappellée aujourd’hui que Chantal Fontaine a fait partie de la campagne Tourisme Ontario. Un oubli que je ne suis pas à la veille de me pardonner.

    Point positif de cet album, il est coréalisé par Julie Salvador, une femme. Un fait rare dans l’industrie musicale.

    Reste que les publicités tapissant les murs du métro nous affirment que Sur les elles de Gainsbourg est l’album événement de 2009 et encore plus drôle, ils se sont décernés cinq étoiles.

    Aussi, sur une des affiches, on peut y voir Marie Carmen (qui chante sur l’album la Chanson de Prévert) avec Stéphane Lucas (et son indescriptible moue) lisant avec intensité Paroles de Prévert.

    Je ne peux m’empêcher de rire à chaque fois.
    C’est comme ça que je vois cet album et ce personnage de Lucas, comme un hymne à l’humour, à la dérision, alors pourquoi ne pas en rire?

    Qu’est-ce que j’ai fait, moi? Trop peu de choses, trop peu encore…
    mais c’est vrai que j’aime les covers.
    Seulement pas ce genre-là.

  6. MC says:

    Journalisme créatif et autres chambardements, drette dans ta face.

  7. Samuel Dion says:

    Joli portrait de la Has-been Académie!

  8. Laurence Coté says:

    Enfin Mme Barthelemy vous devenez raisonnable! Et puis ce Lucas il est pas mal du tout…je l’ai vu à l’émission Cocktail pop cette semaine et il semble vraimant sympa! On veux en savoir plus sur ce mystérieux personnage comme vous le dite si bien!

    Sans rancune !

  9. Marie-Claude Veilleux says:

    L’exercice est très amusant je trouve ! Mais j’ai un petit problème avec vos commentaires : J’ai l’impression que vous condamnez l’album sur un a priori vis des interprètes. Ok, vous n’aimez pas ce qu’elles ont fait avant, mais qu’est-ce qu’elles ont fait sur cet album ? Est-ce que vous l’avez seulement écouté ? Ou bien vous êtes vous contenté de regarder les photos dans le métro ?
    Ça m’intrigue de savoir ce que votre texte nous montre.
    Non pas que j’ai tout aimé de cet album, mais la chanson de Prévert est remarquable, la voix de Maxim Roy (personnellement je me fiche bien de ce qu’elle a bien pu faire ou pas en dehors de la musique et de sa famille) se prête merveille pour la reprise de l’anamour et Julie Salvador est plus qu’une femme qui co-réalise (il y en a peu, c’est dommage et merveilleux que ce soit différent ici, mais vous ne dites même pas si son travail vous a plu !? ), c’est aussi une voix magnifique et son duo avec Nelly Arcan vaut l’écoute !
    Bref, on ne s’ennuie pas en vous lisant, on se remet au fait des potins et pseudo-actualités mais la critique musicale manque cruellement.

  10. L’auteure de l’article n’a jamais prétendu faire une critique musicale du disque. Mais si vous en voulez une, écoutez celle de Sylvain Cormier.
    http://www.radio-canada.ca/emissions/frequence_libre/2008-2009/chronique.asp?idChronique=79601

  11. Marie-Claude Veilleux says:

    Merci pour le lien, mais je suis bien contente d’avoir échappée à vos critiques avant d’acheter l’album. C’est certain que je ne l’aurais pas fait sinon, ce qui aurait été dommage.
    Je suis en total désaccord avec Sylvain Cormier, lui aussi semble avoir un parti pris. Vos critiques sont faciles ! L’eau à la bouche n’est pas le morceau que j’aurais choisi pour représenter l’album… J’incite les gens à se faire une idée en écoutant plutôt la chanson de prévert, l’anamour, scenic railway, l’hélicoptère et bien entendu “je t’aime moi non plus” (à moins que le duo féminin de cette pièce n’en dérange certain !?).
    Voici un autre lien où l’on peut avoir un son de cloche un peu différent du votre :
    http://www.rockdetente.com/montreal/actualites/showbiz-rockdetente/87927-sur-les-elles-de-gainsbourg/

  12. PierreBG says:

    moi j’aime bien que le site web soit : http://www.gainsbourg.biz
    C’est pas du tout une opération commerciale déguisée en disque…
    C’est pas être puriste que de dire que des mauvais covers c’est des mauvais covers… ;-)

  13. Annie Q. says:

    Sur les elles de Gainsbourg 2. Fort. J’aurais par contre aimé que quelqu’un replogue le si beau titre d’album qu’il avait conconcté à une Vanessa post-pubère: “Variations sur le même t’aime.”

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