DVD: Fur, un portrait imaginaire de Diane Arbus

Numéro 76

11 au 17 mai 2007

Un texte de
Fabien Loszach

Publié le 11 mai 2007 dans
Culture, DVD

DVD: Fur, un portrait imaginaire de Diane Arbus

Fur
De Steven Shainberg
Avec Nicole Kidman, Robert Downey Jr., Harris Yulin
États-Unis, 2005

Que faire quand on est un jeune réalisateur sans talent? Réaliser un film sur ceux qui en avaient. Steven Shainberg connaît la formule et même si Fur n’est pas un projet personnel (il est une commande de studio), il s’inspire allégrement de tous les biopics à la mode (Walk the line, Ray, Kinsey), nouvelle solution trouvée par les studios de faire de l’argent avec peu d’investissement tout en faisant «indé».

C’est un truisme de dire que Fur n’est pas un projet personnel, en effet, le long moment (2 h 02) de papier glacé qui défile sous nos yeux n’est habité d’aucune identité, et il est quasiment impossible de relever la moindre griffe d’individualité, de prise de partie esthétique. Fur est de long en large fade et insipide, agaçant et plastiquement neutre.

Ce portrait imaginaire de la photographe américaine se construit sur un pattern éculé: Diane Arbus est mal dans sa peau, c’est parce qu’elle vit à New-York dans un grand appartement sans âme et qu’elle travaille comme assistante pour son mari photographe de mode.

Vous comprendrez que sa créativité est brimée est qu’elle devra se révéler (puisque c’est le comble des grands artistes) par l’intrusion, dans le cas de Diane Arbus, d’un personnage extraordinaire, déviant, à l’image de sa production photographique future.

Le film va ainsi se construire autour de cette problématique de la découverte de soi dans l’Autre. L’Autre, avec un A majuscule, c’est Robert Downey Jr, le voisin du dessus, qui souffre d’un stigmate gênant: une pilosité extrême, surtout sur le visage.

À partir de cette rencontre improbable, c’en est fini du film, on entre de plein-fouet dans les références «classiques» édulcorés de leur passif: bienvenue dans le «Freaks» de Todd Browning (1932) remanié à la sauce hollywoodienne, avec psychologisme frelaté et bons sentiments de rigueur.

Ici Cléopatre (la très belle trapéziste de Freaks) n’est pas méchante, elle va vraiment finir par aimer Hans, qui lui n’est pas aveugle sur sa condition. Nous non plus nous ne sommes pas aveugles et l’on comprend assez vite le sous texte du film: il faut accepter l’autre, le différent, le monstre, parce que regardez, c’est peut-être ça le cœur de la création artistique! On frôle les sommets de la philosophie de l’art.

Même si le film était perdu d’avance, condamné par un scénario proche du degré zéro du conformisme propre aux cuistres bourgeois pseudo-intellectuels, on se dit que la distribution d’acteurs «légitimes» aurait pu changer la donne.

Pourtant, rien n’y fait, la direction artistique inexistante les pousse continuellement dans leurs derniers retranchements et ce n’est pas beau à voir. Nicole Kidman cabotine tout simplement, ses spasmes d’anxiété sont indigestes, sa tristesse emphatique. Terrible. Robert Downey Jr n’est jamais crédible, spécialement quand il joue le dandy mondain libidineux à face de loup mutant…


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