Éditorial du 11 mai 2007

Numéro 76

11 au 17 mai 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 11 mai 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

Ce soir, André Boisclair donne une grande réception à sa résidence privée. En attendant les invités, tous se sont installés devant le Playstation 2, une coupe de vin italien sous le genou.

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Pendant des heures ils ont joué cet après-midi. ESPN NHL, offert par DJ Champion en symbole d’amitié un soir de DJ set où il l’avait fait jouer pour couvrir Janette Bertrand qui déconnait grave au micro.

Le jeu tient toujours la route, quoique celui-ci sera bientôt vieux de 4 ans et qu’une certaine surutilisation l’a vraisemblablement – à voir les manettes – vidé d’une partie de son potentiel «rigolade».

«C’est pas avec ça que je vais me refaire une carrière politique» lance à la blague André pour bousculer légèrement l’intimité de assemblée. La plupart sont trop occupés à grignotter leurs hors-d’oeuvres pour écouter leur hôte. Ils l’entendent, mais ne l’écoutent pas. André Boisclair rit un instant dans sa barbe, se ravise puis se rétracte.

Sur son trio préféré: Sidney Crosby, Sheldon Souray et Robert Bourassa. Il faut dire qu’Ali Farka Touré patine très fort et qu’il est particulièrement efficace au centre. Mais c’est bien en comptant sur les membres de son trio, Søren Kierkegaard et Éric Salvail, qui constituent certainement le trio d’hommes forts. Et que dire de Gengis Khan à la défense, qui est toujours prompt à s’allonger sur la glace pour arrêter un lancer de l’adversaire. Ou dans les buts, Mohandas Karamchand Gandhi. Un vrai dream team.

On sonne à la porte, André Boisclair va lui-même répondre tandis qu’il revêt un visage d’une tristesse solennelle tout en arpentant le vestibule. En rangeant la veste d’un convive sur un cintre, il se remémore une vieille histoire de hockey qu’un compatriote québécois lui avait racontée à Harvard.

Michel Ouellet, jeune joueur de Rimouski qui avait subitement eu une illumination pendant une partie contre Matane. Il avait compté trois buts cette fois-là, et il allait bien jouer au hockey ainsi toute sa carrière. L’année précédant son premier repêchage, il s’était rendu à Calgary pour faire tout de même acte de présence. Sur le pouce, tellement il y croyait.

C’est un peu sur cette pensée qu’André refait son entrée dans le salon où la partie doit reprendre. Ses yeux sont d’une vaillance à tromper un électeur. Il s’installe sur son fauteuil, prend une gorgée dans une coupe de champagne qui traîne, et lance un «Go» à peine audible tellement ce simple mot incarne la bonne parole que tous n’espéraient plus voir prononcée par le chef déchu.

Tout son être est silence; personne n’ose dévier son regard de la prestation de Chris Chelios en ailier défensif, ou de celle de Pierre Lambert qui sort de nulle part avec son troisième tour du chapeau en autant de matchs. Toute la maisonnée s’agglutine derrière André Boisclair. Anxieux, on croise et décroise les mains. Il gagne. Il crie. Victoire. Victoire.

Pour une petite philosophie du sport: c’est sur la glace que ça se décide.


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