Éditorial du 13 octobre 2006

Numéro 48

13 au 19 octobre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 13 octobre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

— J’y ai bien pensé, je serai la prochaine Britney Spears du monde littéraire.


— Euh, attends… quoi?

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— Une jeune femme rencontre un jeune homme. C’est la seule histoire qui tienne. Tout le monde le fait, et ça marche tiens! C’est bien la seule histoire qui tienne.


— Non c’est trop simple. D’abord, les chansons pop, elles racontent des histoires invraisemblables, des condensés d’impressions, et bien entendu, c’est un format court, c’est pas un roman…

— Oui mais la fille est vraiment jeune et mène une vie de bohème chic, et paf, du jour au lendemain, autant ils s’aiment les petits oisillons, ils se détestent.


— Mais Britney… Les lacaniens appellent ça l’inversion des signes. Passer de l’amour au désamour, très vite et sans savoir pourquoi. D’autres appellent ça l’industrie de la musique.


— Ok, ils tuent l’adolescent en eux à travers de frénétiques rituels de séduction dignes de vieux célibataires puis, grâce à un petit pactole amassé grâce à un boulot dans une fabrique de godemichés, ils montent une tournée avec une performance subtile de poésie amoureuse et vulgaire de trash attitude post-moderne…


— Ouais…


— Attends. Emportés par les fans et le succès, ils se noient, quelque part sur la plage de Trouville et un cinéaste étranger de réputation transforme leur fulgurante histoire d’amour en mythe moderne. J’essaierai d’être publiée chez Gallimard.


— Mais pourquoi pas un monologue intérieur? C’est la mode et c’est plus facile. C’est accessible aux enfants en tout cas, comme Britney. C’est vrai que c’est la mode, oui, un récit bien sexuel et pourtant romantique (les brutes n’écrivent pas de livres), avec une sauce au champagne et des soirées cool, vécu comme un trip simili-shizo (ça c’est un bon filon marketing).

Nous sommes tous les esclaves de la modernité quoi, c’est pas compliqué. Question de style, t’inventes pas trop, l’équation s’impose d’elle même, ou tu fais comme Florian Zeller, texto dans son dernier livre, tu fermes les yeux, c’est là le meilleur endroit pour que vienne l’inspiration …

Quand même, j’ai bien aimé ton premier bouquin, ce long aphorisme juvénile que tu peaufines sans cesse depuis tes 18 ans. Remarque, je n’ai pas dit «aimé», mais bien aimé… Faudrait que tu sortes avec un étudiant en arts au cégep, aussi, que vous vous tapiez Dreamers en après-midi…

Britney, c’est pas elle qui ferait des pubs chez American Apparel…


— Je serai la prochaine Christine Angot du monde littéraire.


— Ferme-la.


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