Éditorial du 15 décembre 2006

Numéro 57

15 au 21 décembre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 15 décembre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

«Alors on vit chaque jour comme le dernier, pa-la-pa-poui.» – Corneille

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Un ami m’a demandé de lui écrire un texte grâce auquel il aurait un petit matériel supplémentaire pour écrire la conclusion de sa pièce. Du théâtre personnel, avec allusions à la modernité des formes de représentation de soi-même, ça devrait finir bien, ou mal?

«À moi la bullshit», que je lui ai alors écrit, après la lecture du texte de Fabien Loszach sur le sujet dans le Devoir du week-end section philosophie, et surtout après m’être engueulé solide avec un bon ami à moi.

Il y a des révoltes personnelles qui se vivent bizarrement. On distingue très vite dans nos vies respectives nos ennemis, nos obstacles, et à l’opposé nos objectifs, nos aspirations.

Ces jours-ci, il m’a semblé que l’on a dû apprendre également très vite à intérioriser cette révolte, d’une manière ou d’une autre; que finalement, on se rend tout personnel et que c’est plus fort que nous, ou comme le dit Loszach, on se force, nous, individus, à «s’inventer un intérieur».

Le social très tôt nous pousse à nous remettre en question, de manière à ce qu’on s’en trouve fragilisé ou renforcé, mais désire-t-on vraiment – et perpétuellement – agir ainsi? Y a-t-il des valeurs, des principes, bref, qui soient autres que personnels? Le moi n’est-il qu’une fiction?

C’est parfois ce que l’on ressent à force de fréquenter nos contemporains… Quand les gens crient, parfois, ce n’est pas tant qu’elle tremble la terre, mais eux-mêmes qui la font trembler. En tout cas, on s’encourage tous mutuellement en ce sens.

On se conte des histoires. C’est peut-être aussi notre nature humaine: se raconter des histoires. Dans un monde d’images, en plus de se raconter des histoires, on se déguise.

Comme défi du 21e siècle, s’il faut démasquer les gens constamment dans leurs retranchements égoïstes, ça nous est venu surtout par habitude: ça devient une routine que de prendre du temps pour désamorcer les gens, pour comprendre son prochain.

Pourtant, y’a des jours où les relations professionnelles, l’amour et la solide amitié me semblent être les seuls terrains où il y a une once de vérité possible. Si on ne veut pas perdre de temps avec les problèmes des autres, c’est parfois la voie à emprunter.

Quand le Jugement Dernier est un jugement de tous les instants, on s’en sort pas; quand la bullshit nous propulse hors du monde, on aimerait que ça soit sans nous.

Parler pour parler, ça finit jamais très bien. Ça divertit, c’est tout.

Encore faut-il pour mon copain de mettre en scène la bullshitt… Dans le milieu, beaucoup le font déjà, même qu’il faudrait peut-être y voir un des thèmes dominants en matière de production théâtrale. Alors, merde, comment se sort-on de la bullshitt?


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