Éditorial du 15 juin 2007

Numéro 81

15 au 20 juin 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 15 juin 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

Il y a un nom laissé pour compte en matière de groupes de musique qui accapare interjections et autres noms du genre «On fait le party et vous devriez le faire aussi».

Le nom ultime, ce même nom qui rappelle que la poésie n’est pas morte avec Kurt Cobain, que Kurt Cobain, ben il n’a rien à voir avec ça, au fond…

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Si j’étais musicien, musicien dans un band de surcroît, je nommerais mon band The Internets. Dans les yeux près du cœur, comme l’entité post-rock électro-trash folk qui devrait naître logiquement d’une ère MySpace comme la nôtre.

Pourtant, rien de moins logique que cette absence: comment ce nom, qui incarne tant l’ironie et l’humour décalé des noms de bands aujourd’hui, a-t-il pu nous échapper jusqu’ici?

Cinq hypothèses pour expliquer cette absence.

1. Personne n’y a songé.

2. Le concept est trop fort. Tellement évident que personne ne trouve le courage de l’utiliser.

3. Trop nul. On pourrait croire à des jeunes de la génération Passe-Partout qui saisissent mal qu’Internet a déjà 10 ans et des poussières.

4. Illégal, le nom étant sous propriété intellectuelle, mis en jachère par un mec qui envisage d’avoir un band rétro le temps de sa retraite venue.

5. Très peu favorable au référencement des moteurs de recherche.

The Internets, pourtant, qui a toutes les chances de passer à la postérité. Imaginons un coup de foudre venu de nulle part. Tout le monde croit d’abord à une blague, ces jeunes qui buvaient du thé glacé en passant des heures à écrire des lignes de programmation tous les samedis soir ne pouvaient atteindre si vite le statut de star.

Puis c’est la montée fulgurante, grâce à Internet, que tout le monde connaît, bien sûr. Un effet viral qui rassemble à la fois les amateurs de cheesy pop et les fans de groupe à la démarche plus rigoureuse.

The Internets, personne ne les connaît encore, mais ils ont tout pour se marier gentiment à votre vie et ramener l’état de grâce à l’ordre du jour. Au-delà du phénomène, une sorte d’amour déchaîné, la trame sonore que vous attendiez depuis toujours. On ne pourra pas dire, en tout cas, qu’une fois The Internets au sommet des palmarès, personne avant eux n’aura eu l’idée de ce nom de band…

Personne ne les connaît encore. Vous si. C’est peut-être ça, l’avant-garde.


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