Éditorial du 16 mars 2007

Numéro 68

16 au 22 mars 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 16 mars 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

On pense souvent la réalité sous forme de moyens et d’obstacles vers l’accession d’un certain idéal de vie. Devant ceux qui échouent, on s’émeut. Devant ceux qui réussissent, on s’extasie, et rêve à eux la nuit.

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En politique, la fin n’est pas un idéal de vie, on s’en doute, mais le pouvoir. Sans rêver à eux la nuit, on aime nos politiciens pour ce qu’ils ont à dire afin de nous convaincre que le pouvoir, eh bien c’est un idéal de vie pour nous tous. C’est comme Loft Story: on se surprend à y croire.

À un moment dans ma vie, j’ai cru que les campagnes politiques québécoises avaient raté leur virage moderne, étaient archaïques dans leurs procédés de communication et handicapées par de lourdes mécaniques partisanes.

Depuis les dernières années par contre, on a repris du poil de la bête: les communications politiques sont bel et bien entrées au 21e siècle, grâce notamment aux émissions de divertissement où les chefs des partis peuvent se la péter en toute bonhomie et sans le cadre stricte associé au sérieux de leur métier.

Entre salves humoristiques et gestion de critiques acerbes, l’électeur peut enfin apprécier tout de l’être fragile et convaincu qu’il portera peut-être au pouvoir.

Cette vague de peopleisation en politique québécoise a pourtant ceci de sournois qu’elle propage des images qui ne s’effacent pas lorsque vient le temps pour ces chefs de faire preuve de dignité et de leadership… Mais c’est bien ce qui, paradoxalement, nous les rend aimables. Des bons clients, comme on dirait dans le métier.

Les politiciens, ces humains, trop humains, coincés qu’ils sont dans la représentation d’eux-mêmes, aux prises avec le pouvoir comme seul argument de vente, comme seule légitimité.

On pourrait s’en réjouir. Enfin, pendant les quelques semaines que constitue la campagne électorale, les chefs s’adresseront directement à l’électeur, dans une relation privilégiée qui le réconfortera dans toutes ses obsessions et dans tous ses malheurs.

Sans savoir ce qui l’obsède, ce petit électeur, le chef en campagne l’imitera dans ses obsessions, comme un petit animal le ferait devant un autre plus haut dans sa hiérarchie. Soudainement, les rôles s’inversent.

L’écart entre la comédie et la tragédie ne peut pas être plus mince. C’est pourquoi on rit beaucoup des chefs en campagne, c’est pourquoi on s’en attriste aussi.

On est attristé d’en rire, et amusé de voir que tout vogue malgré tout de cette manière, que c’est bien ça, la politique québécoise…

Pendant ce temps, on s’interroge toujours sur les taux d’abstention, sur la défection des jeunes en politique…


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