Éditorial du 18 mai 2007

Numéro 77

18 au 24 mai 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 18 mai 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

Dans 6 minutes très précises, le camelot va déposer le journal devant la porte. Un pied à l’extérieur, on entend la ville au loin. Un vrombissement de scène techno s’en émane, un bruit de rave que peine à enterrer le son du filtreur de la piscine. Mais il l’enterre.

Rien à signaler donc.

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4 tendances à surveiller à même votre salon

1. La télévision: l’objet est nouveau, non plutôt un vieux modèle nouveau. Quoi qu’il en soit, tous les jours on y regarde des choses, certaines nous intéressent, d’autres moins. Il est là le téléviseur, et nous on le regarde ou alors passons à côté si on doit se déplacer d’une partie de la pièce à une autre. Ce qui arrive.

Il arrive qu’on y apprenne des choses, c’est à ce moment qu’il doit s’opérer un genre de momentum dans la pièce le temps de tout entendre et ainsi sentir monter ce sentiment de fierté qu’est celui de s’être porté acquéreur d’une nouvelle connaissance.

Parfois, il arrive aussi qu’on oublie très vite ce qu’on vient d’apprendre, ça fait partie du jeu.

Il faut alors compter très fort dans sa tête jusqu’à dix. Si vous n’avez pas oublié l’information en détournant ainsi votre attention sur autre chose, il y a un risque que vous ne l’oubliez pas de sitôt. Un conseil: portez une attention particulière aux nouvelles émissions, ou à celles plus anciennes mais qui vous intéressent vraiment.

2. Le micro-ondes: genre vieux modèle nouveau aussi, mais avec une rigidité pour survivre en compagnie des insectes et des rats advenant une apocalypse nucléaire. À éviter : renverser ses épices derrière l’appareil. Surtout que vous ne mangez pas particulièrement épicé, ça va prendre un bon bout de temps avant de réaliser la chose.

Mardi, un couple vous a fait le coup et s’est roulé sur votre micro-ondes en s’embrassant. Naturellement, ils ne vous ont pas averti du grabuge. Pour contrer la tendance, refusez l’accès de votre appartement aux couples de 35 ans et moins, ou vous chercherez vos épices à steak.

3. Le tube de dentifrice: laid, il grimace. Normalement, plus le miroir de la salle de bain est sale, plus votre imaginaire vous donne l’impression que le dentifrice ne fait pas son effet, au contraire qu’il laisse des taches sur vos dents.

Il est de plus en plus mal fermé, ce tube. C’est un tube pourtant qui pourrait avoir une certaine classe, si on le regarde bien.

4. La patrie: lorsqu’un bruit ou une pensée attire votre attention à l’extérieur, votre univers rapproché peut subitement prendre un autre sens. Au milieu de votre salon, vous vous posez dès lors cette question: mais pourquoi?

Vient ensuite un frisson purement cérébral qui vous commande de trouver une réponse à la question. Votre regard se porte assez naturellement vers vos pieds: mais quelle est cette terre sur laquelle j’ai bâti ma vie, où mes ancêtres ont fait de même et qui me donne tant de plaisir l’été à la pêche? (Notez bien que pour aller à la pêche, pas vraiment besoin de se déplacer. Tous peuvent très bien faire cela à partir de leur salon.)

L’idée est surtout de ressentir le sentiment d’appartenance envers l’embarquée qui vous fera pêcher du bon poisson. L’appartenance est très relative au contexte (femme, enfants, moquette très douce dans le salon, musique ambiante), mais normalement, déjà si vous lisez les journaux, c’est que vous trouvez que c’est une bonne idée d’améliorer les choses.


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