Éditorial du 1er décembre 2006

Numéro 55

1er au 7 décembre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 1 décembre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

Jonathan Littell, citant Margaret Atwood: «S’intéresser à un écrivain parce qu’on aime un livre, c’est comme s’intéresser aux canards parce qu’on aime le foie gras»…

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Les liens se sont fait tout seuls cette semaine, à commencer par une bonne dose de rire en lisant le Devoir.

Trois choses qui m’ont fait vraiment jouir: Jean Dion dans une chronique sur YouTube (ayant saisi tout l’intérêt du site web d’échange de vidéos, son personnage publie les siennes de vidéos de lui en train de regarder YouTube…), Christian Desmeules sur le dernier livre de Florian Zeller (comment l’image d’un auteur supplante son œuvre, un «trou-de-cultissime» roman), et ce titre, Passe-partouze, pour l’article d’André Lavoie sur les Particules élémentaires…

Comme l’occasion s’est présentée, j’ai acquis plus tôt cette semaine une flopée de romans écris par de jeunes auteurs québécois. S’en est suivie une quête Myspace et sur les blogues, pour découvrir un petit monde de fragrances prétentieuses qui ne laissait pas présager une qualité littéraire correspondante.

Pourtant, parmi les phrases découpées sujet-verbe-complément de ces bouquins, je découvre de réelles intentions créatives, de réelles inspirations.

C’est à se demander parfois comment la littérature pourrait se départir de cette lourdeur qu’est l’image, pour ensuite ne laisser que l’œuvre face à l’histoire. Parce que ça remplit des vides, l’image, et en exacerbe les contours. Rares sont ceux, pour tout dire, chez qui l’image et le talent littéraire sont en adéquation. Sauf pour les auteurs qui demeurent dans l’ombre.

Mais c’est bien ce qui dérange: peut-on se permettre de rester dans l’ombre quand on a un livre à vendre? Tous, y compris moi-même, répondront par la négative à cette question. Pourtant, oui. Pourquoi pas. Ne serait-ce que par exercice littéraire, en bonne contrainte que l’on se donnerait de participer à cette société d’image… avec une image littéraire de soi-même.

Car le risque, c’est de tomber dans l’esprit de lourdeur. De se faire militant de soi-même, soit de tomber dans l’idéologie.

La modestie, du moins, reste que ça frappe autant l’imaginaire d’un public lecteur que l’extravagance. Des militants, y’en a déjà beaucoup au Québec, et comme tout est effet de mode, en littérature ou ailleurs, être à la mode, c’est la meilleure façon d’être démodé.

+++

S’il pouvait y avoir une seule revendication adoptée en parallèle à la loi anti-tabac qui s’installe au Québec tout comme le fait l’hiver, ça devrait être de réclamer d’une façon où d’une autre une surveillance des consommations laissées à l’intérieur des bars par les fumeurs.

Car on le sait, la clientèle fumeur des bars ne peut sortir sa bière sur le trottoir. Disons qu’il n’y aura jamais eu un si beau terreau pour que se répandent les agressions au GHB. Sans blague, il y a un réel danger, et ça, le gouvernement ne l’avait pas prévu on s’en doute.

Soit tout le monde arrête de fumer, soit on cesse d’aller dans les bars, soit on passe des bizarres de soirées à surveiller les verres de chacun. C’est franchement castrant.


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