Éditorial du 2 février 2007

Numéro 62

2 au 8 février 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 2 février 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

Pourquoi je me sens soulagé de ne pas pratiquer le journalisme d’information par les temps qui courent…

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Car des 5 W, on délaisse progressivement le plus important, le «What?». Quoi? Qu’est-ce qu’il y a? Qu’est-ce qui peut bien justifier ces hystéries médiatiques?

C’est à croire que ces artisans journalistes des grands médias n’ont plus l’occasion de se faire masser, ou de lire un livre, ou même de déjeuner chez les grands-parents le dimanche ne serait-ce que pour se mettre en danger et disserter avec humilité, dignité, respect, autour des choses qui constituent le cadre de leur mode de vie.

Ce n’est pas tant que la profession manque de vertu, mais plutôt que les entreprises de presse cultivent la démagogie comme on affûte le fleuron en vue d’une nouvelle guerre, celle de l’information-produit.

Sur la scène internationale, le Québec dans ce dossier constitue certainement un cas d’espèce: en temps réel, qu’arrive-t-il à une société qui réalise le fantasme d’inscrire la violence dans tous ses traitements journalistiques? Qu’arrive-t-il à une société qui sacre les démagos plutôt que les intellos? À partir de quel stade cesse-t-on définitivement de réfléchir en terme d’information et remplissons-nous les «trous» qu’avec du spectacle, ou pire, qu’avec toujours les mêmes idées?

À partir de quel moment l’Occident redevient-il barbare?

Avons-nous seulement la capacité de nous dégoûter de nous-mêmes? Ou peut-être ne faudrait-il pas en arriver là, ne serait-ce que pour éviter les exécutions publiques, celles-là même dont on aimerait davantage relever la finesse argumentative que leur puissance à construire des métaphores de Jugement dernier.

Le Québec crie déjà bien assez au loup comme ça.

Une exécution publique, nous aurions bien évité celle contenue dans cette lettre de Victor-Lévy Beaulieu, publiée dans La Presse cette semaine. L’écrivain intervient à un moment précis dans l’évolution d’un leadership au Parti québécois, celui d’André Boisclair, et s’encline à prendre le rôle de l’intellectuel. Seulement, on nage en plein paradoxe.

Personne n’en voudra à son message, celui qui dit, en gros, que le politicien manque de couilles. Le paradoxe: il crie lui aussi au loup et s’engage dans une démonstration de preacher, lui qui utilise le langage effrontément cynique des chroniqueurs société tout acabit qui préfèrent le sacre au mot. Ce langage, celui qui dit les «vraies affaires». On en rit, mais cette boutade résume tout l’enjeu ici.

Nonobstant les arguments de Victor-Lévy Beaulieu, ceux qui alimentent son opinion sur André Boisclair comme indigne chef du PQ, devant la terrible tentation des mots qui font mal, il cède: «des chefs qui sont moumounes en diable», «propos imbéciles», etc. Soit. Et donc, l’intellectuel de s’engouffrer dans la bataille médiatique comme un tribun quelconque.

Quels que soient nos affections envers l’homme et ses idées, Victor-Lévy Beaulieu est de ces gens qui perpétuent une tradition médiatique plutôt stérile, en plus de nuire à son propre rôle sur la scène médiatique, celle de l’intellectuel… Par conséquent, on semble arriver à ce constat: le milieu des médias québécois semble faire la perpétuelle expérience de sa petitesse. Nous participons à un phénomène, et le perpétuons. Et l’information ne semble pouvoir à ce moment-ci endiguer le phénomène, coincé dans une guerre commerciale plutôt égoïste au fond.

L’information-produit possède une dynamique difficilement réversible, et certes aliénante. Mais ne demeure, pourtant, qu’un exercice de style.



Éditorial du 26 janvier 2007, par Xavier K. Richard

Il y a un art qu’on travaille à P45, celui de la provocation. Provoquer avec de bonnes idées, avec un style qui nous est propre; ce que, en d’autres temps, nous appelons notre ligne éditoriale.

La ligne éditoriale de P45, un corpus libre pensant qui veut autant qu’il fait: P45 crée du contenu pour la vie que ça prend pour le faire et la vie que ça génère à le faire. Toucher du bout du crayon l’essentiel: la vie est courte, on n’est surtout pas là pour s’emmerder.

La petite histoire nous a amenés à ouvrir la porte à de nouveaux collaborateurs, à créer de nouvelles chroniques et à favoriser de nouveaux concepts. Provoquer ça reste ça: faire des choix, suivre ses coups de cœur et argumenter ses coups de gueule.

P45 respire l’air du temps, et ses choix, ils mènent tous vers la description toujours plus vaste de cette modernité des formes et des œuvres qui nous fascine tant.

Par ailleurs, c’est à considérer, mais la mission de P45 se poursuit toujours avec ce net penchant pour l’humour caustique et pour la provocation, avec cette même volonté de servir de pont entre l’impertinence et le bon sens.

Le Québec vit des heures de gloire au sommet du publi-reportage. Pendant ce temps à P45, on tourne des yeux, faisons la fête et écrivons.

Il s’agit d’aimer faire ce qu’on fait. Et ça, ça risque de perdurer.


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