Éditorial du 22 décembre 2006

Numéro 58

22 décembre 2006 au 11 janvier 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 22 décembre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

Petit ode sarcastique à Éric Canuel.

«Si je peux me permettre, j’aimerais remercier le public encore une fois de l’accueil, de l’appui pis leur souhaiter de merveilleuses fêtes. Que tout le monde en profite en famille, pis qu’il y ait de la joie pis de la paix dans le cœur de tout le monde, ainsi que vous-mêmes.

— Merci.

— Ça fait plaisir.»

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J’écoute Jean-Pierre dans le bus. Jean-Pierre Canuel comme son nom l’indique (non, il ne l’indique pas son nom. Jean-Pierre, c’est juste un sobriquet) est un réalisateur à succès s’exprimant à la radio à l’occasion de la sortie en DVD de son dernier film, tout juste avant les fêtes.

Gracieuseté de l’iPod qui me permet d’écouter d’anciennes émissions en baladodiffusion, je fais un trajet avec Jean-Pierre Canuel dans les oreilles ainsi qu’accompagné d’un tendre sentiment de compassion à l’entendre remercier son public comme un politicien galvaniserait ses troupes.

Nous sommes responsables du succès des films d’Éric Canuel. Il est content. Autrement, ne l’ayant pas encouragé dans sa démarche artistique, nous, public, aurions été irresponsables. C’aurait été gênant.

Ça fait penser à son nouvel auteur fétiche, Jean-Pierre Huard, de son petit nom Patrick, qui tient bizarrement les mêmes propos. Sur les ondes de l’émission «L’autre midi à la tâble d’à côté» à la radio de la SRC, il disait que la seule raison d’être d’un film est de plaire au public et de toucher les sentiments des « vrais » gens. Pourquoi faire un film qui ne sera pas vu ? Non mais on se le demande.

C’est vrai merde. Je me rappelle de cette citation de Jean-Pierre Huard, épinglée sur le mur de mon hall d’entrée aux côtés d’une photo estivale agréable de l’homme de charme: «Rendre tout le monde bon. Aider les gens à trouver de nouvelles routes. Et moi, recevoir leur expérience et leur talent. Ça me bouleverse». Tout le monde il est gentil. Je me sens méchant.

L’enjeu, c’est de ne pas trop s’exciter. Tranquille, je rentre de vacances, je suis reposé, Montréal est d’un beau brun léger qui ne laisse présager la torpeur habituelle de l’hiver, je flotte sur mon banc d’autobus.

Arrivé au terminus Berry, Éric Canuel est sur le quai et s’occupe de sa fille, apparemment en visite irrégulière à Montréal. Ses mains de père s’agitent au-dessus du tableau de bord et ses multiples bagues disent au revoir dans les airs. Au revoir Jean-Pierre. C’est émouvant quand même de savoir que quelqu’un t’aime avant de te connaître. Ça rappelle l’esprit des fêtes, ou Disneyland.

Émouvant tout ça, de ces petites choses qui vous font mieux comprendre la musique post-rock, pour tout dire. Tous les Jean-Pierre de ce monde grâce auxquels le post-rock carbure et redonne de la virilité aux choses…

Dans l’autobus me ramenant chez moi, dehors un Montréal brun. Le lendemain matin, une tempête de neige allait tout balayer. C’est excitant.


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