Éditorial du 22 juin 2007

Numéro 83

29 juin au 13 septembre 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 29 juin 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

On ne devrait pas avoir plusieurs filles dans sa vie.

Une seule, quitte à exclure toutes les autres représentantes de la gent féminine, soit la moitié de la population et des poussières, pour des siècles et des siècles. Quitte à refuser de parler à sa mère. «Excuse-moi maman, mais il le faut.»

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Chaste. Courtois. Poète. Ce genre de qualificatifs, on les entendrait plus souvent. Sauf bien sûr de la part de sa propre mère, qui serait sans doute très en colère de rompre les liens avec sa progéniture pour un tas de raisons érotico-philosophiques obscures. Mais on ne peut pas toutes les avoir, maman. Les pistes de danse se transforment en champ de maïs fluos à cette époque de l’année. C’est toute la récolte ou rien.

C’est la leçon que m’a enseignée mon Mexicain de voisin, qui sort la fin de la journée venue sur son balcon avec sa flûte à bec.

Il habite juste en face de mon salon. Sous son paréo, je discerne habituellement une virilité de grand voyageur. Il les conquiert une à une, attirées depuis la rue par une pléthore de symboles amoureux et par la musique qui en sort.

Hésitante, un peu académique mais rafraîchissante, une musique pour qui sait qu’au-delà de son dur labeur citadin, il y a un monde de liberté où les sens n’ont de distinction que le temps qui fait son court, que le soleil qui trace des cercles dans le ciel et réchauffe les membres qui s’entrelacent dans la sérénité. Je le soupçonne de faire passer en arrière-plan des bruits de melons d’eau qu’on rompt et qu’on déguste. Le salaud.

C’est lui qui a accueilli le printemps cette année. J’en suis sûr, je le regardais sur son balcon alors que le soleil se couchait. Il était beau, portait du rose la plupart du temps et se retrouvait dans toutes mes soirées. D’où mon analyse: il les a toutes aimées et respectées, sa sérénité est implacable. C’était pas évident de prime abord, mais il semble y être parvenu.

Maintenant qu’il est parti, on peut respirer. Non c’est vrai — vous remarquerez si vous passez par le quartier St-Jean-Baptiste à Québec —, il y une espèce d’épidémie de graffitis hindouistes. On ne se sent plus tellement en sécurité.

Le retour du beau temps

Des ouvriers ont monté des échafauds sur l’église. On peut désormais y amener une fille, puis aller voir la vue sur la basse-ville tandis que se couche le soleil. À la manière de l’Indien. Du Mexicain, je veux dire. Finalement, j’ai bien appris ses leçons.

Ça donne de belles idylles ratées sur le toit d’une église, en tout cas. Très littéraire.

Je me cache derrière un mec qui parle à son CB, un autre trop saoul qui se cogne et s’écrase la face sur le trottoir, et j’entre voir Montag et Miracle Fortress au Dabobert, sur Grande-Allée Est.

Raté. Pas que le show manque d’enthousiasme — oui c’est certain, un peu —, mais surtout qu’au-dessus de la salle de spectacle quasiment vide, remuent au moins 4 000 personnes sur une piste de danse blindée. « Manque que les feux d’artifice », que j’ai le goût de dire au portier qui me passe le détecteur de métal.

Une fille oublie son portefeuille sur la piste de danse, sorti de son sac. Je le lui rends. Elle est tellement émue et émotive que c’en est louche. Je dois lui tourner le dos pour qu’elle s’en aille et arrête de me toucher l’épaule l’air ébahi. Merde, on n’est pas dans l’Auberge espagnole.

Pourquoi ai-je attendu toutes ces années pour sortir dans un club de gangsters juvéniles petits bourgeois? Bonne question. À un moment, une glande sudoripare descend du plafond, projetée sur un grand écran articulé. La glande qui est en fait un logo très laid. Wow l’effet, tout le monde trippe. Quand on se tire, ça fait 15 minutes qu’on danse.

J’ai soumis ma candidature au nouveau quiz de Véronique Cloutier, Paquet voleur. J’espère avoir mes chances. Du balcon de mon appart à Montréal, que j’ai dit dans ma présentation vidéo, on peut très bien voir les feux d’artifice de l’Île-Sainte-Hélène. C’est vraiment magnifique, comme un champ de maïs fluos à même le balcon. Le rêve quoi.

Mais je reste lucide. Ça se peut que je ne sois pas accepté comme candidat à Paquet voleur. On ne peut pas tout avoir en même temps.


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