Éditorial du 22 septembre 2006

Numéro 45

22 au 28 septembre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 22 septembre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

«C’est maintenant qu’on s’embrasse?», a demandé Thierry Ardisson à Sophie Chiasson, sur le plateau de Tout le monde en parle québécois, alors que flottait un léger malaise entre les deux invités et que l’on tentait de relativiser le fait divers que constitue l’histoire de diffamation de l’ex-météorologue.

Eh ben non, ils ne se sont pas embrassés.

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Déjà, l’image est à elle seule étonnante. En temps normal, jamais on n’aurait pu douter avoir Thierry Ardisson comme invité dans l’émission. Mais le voilà, accessible et modeste, lui qui est peut-être le seul animateur en France qui s’est érigé une notoriété à partir de rien, qui est surtout issu d’un certain underground du showbusiness français.

En entrevue, celui-ci est terriblement nerveux, dit-on. Nerveux et perfectionniste, car depuis le début de son travail à la télévision et au fil des collaborations, l’animateur ne minimise jamais un exercice de communication, comme le soulignait le magazine Technikart autrefois, faisant allusion dans une entrevue avec l’animateur de sa promptitude à contrôler l’information à son propos.

Le magazine avait également évoqué ses mains qui balayaient sans cesse la table durant l’entrevue, tel l’ouvrier qui nettoie les miettes de pain, par réflexe. Ce qui, par ailleurs et entre autres choses, les avaient brûlé auprès de l’animateur influent…

Mais Thierry Ardisson, au demeurant, c’est une entreprise de marketing en soi. S’il a souvent parlé de l’accent québécois tel un accent laid et régressif, reste qu’il en parlait, ce qui l’incorporait par défaut à l’actualité culturelle québécoise. Aujourd’hui, on l’interroge à ce propos et la star se fait humaine, plaide pour qu’il soit reconnu comme un simple enquiquineur mondain…

Ardisson est probablement cet enquiquineur mondain, et c’est tant mieux, parce qu’il s’exécute quand même comme un pro sur un plateau télé (notamment avec des vannes adaptée à la culture québécoise… wow). Ses paroles s’envolent, on y croit.

Aussi parce que la cause, au fond, en vaut la peine: Ardisson lance un livre autobiographique, pense négocier les droits de quelques productions télé avec Radio-Canada, et sa femme, Béatrice Ardisson, a présenté dans les médias les compilations musicales enregistrées autour de l’émission Paris Dernière diffusée sur la chaîne française Paris Première.

Lui qui est un fin animateur en France s’est révélé être un bon invité sur un plateau tel celui de TMEP québécois. Avec ses quelques années où il régnait à la barre de l’émission culturelle la plus influente en France, Thierry Ardisson a construit un ego qui s’accorde finalement de près avec les valeurs du milieu, où l’on quémande les invitations sur les plateaux télé: vendre un produit, sinon se vendre soi-même comme être unique et original. Original, ça l’est, ça se nomme l’universalité du langage télévisuel, et si on est habile, on sait comment l’exploiter.

Thierry Ardisson, en tant qu’ex-animateur et aussi créateur du concept de TMEP, est désormais un invité comme les autres. Descendu de son piédestal l’homme en noir fait aujourd’hui figure de créature de la nuit, provoquant et conciliant à la fois, sans plus, mais il reste malgré toute sa nervosité et la futilité de certains de ses propos, en matière de langage télévisuel, un des meilleurs linguistes.


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