Éditorial du 25 mai 2007

Numéro 78

25 au 31 mai 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 25 mai 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

C’est un peu l’incarnation du raccourci intellectuel, ces chroniques qui commencent avec le mot «ainsi».

Ainsi, vous mettez tout dans le même panier; ainsi, les choses ne semblent pas s’arranger; ainsi, vous faites les abrutis, mais bien sûr, je vais vous démontrer en quoi ce que vous faites est abruti. En toute modestie.

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Ce sont des débuts de textes que l’on saisit au passage dans les pages Idées des quotidiens, ou encore dans l’espace privilégié de certains chroniqueurs qui tiennent la barre de la polémique bon marché mais de salon: ainsi, les choses sont comme elles sont, et tout ce que l’auteur pourra écrire par la suite sera de l’ordre du chialage puisque les choses sont comme elles sont (eh oui, tout a déjà été dit, ou fait, reste plus qu’à donner son opinion – funeste – sur la problématique).

C’est malheureux, mais les dés sont pipés.

On comprend bien l’idée: tenir pour acquis que le lecteur sait de quoi il retourne des récentes actualités, supposant qu’il pense comme l’auteur du «ainsi».

Tenir pour acquis que le lecteur a déjà des notions sur le sujet abordé semble un aspect nécessaire à tout discours qui tenterait de s’élever. Par contre, tenir pour acquis que le lecteur a déjà une opinion sur le sujet, et qu’il sera en mesure à la fin de la lecture du texte de se positionner (et seulement se positionner) en accord ou non avec le texte, c’est favoriser la confrontation d’opinions. Pas la confrontation d’idées.

«Ainsi» est un mot qu’on devrait abolir de la langue française. D’abord, ce n’est pas un mot particulièrement sexy, mais surtout, il aide les polémistes à faire leur travail en toute impunité intellectuelle. On devrait faire de même d’ailleurs avec les expressions «Ben on sait ben», «Ça a l’air que», «Faque comme ça (y’en a qui trouvent que je suis un enfant de chienne, un jaloux, un mange-marde)», et «C’est comme ça que ça arrive ces choses-là».

Les idées, c’est comme l’amour: c’est facile à comprendre, difficile à expliquer.


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