Éditorial du 27 octobre 2006

Numéro 50

27 octobre au 2 novembre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 27 octobre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

Quand on est jeune, on est libre (eh ouais).

Parce qu’ils sont libres, les jeunes adultes qui voudraient se poser le feraient contre nature, ils luttent pour tout faire, tout penser, tout devenir. Le monde est une contrainte en soi, les rêves prennent forme en expériences, oui, on croit que quelque chose arrive et que toutes les chances sont de notre côté pour que ça se passe bien pour nous…

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Cette impulsion — pour autant qu’on la respecte — nous pousse à faire ce que l’on souhaite faire, d’une manière ou d’une autre, et plus le temps passe, plus il nous semble inconcevable de revenir en arrière, de s’imaginer avoir eu un autre idéal. Selon toutes vraisemblances, on l’incarne.

En même temps, pourquoi pas. La vie nous échappant en général, comme on aurait tous bien besoin de plusieurs vies pour vivre pleinement la nôtre, on reste frais et dispo, au cas où.

Au cas où d’autres gens frais en parlent mieux que nous, de cette jeunesse, ou l’incarnent mieux. On est fasciné par eux très vite, très tôt dans sa vie; ça va des grandes gueules de la cour d’école aux grands décadents du nightlife montréalais, des jeunes groupes de musique aux auteurs de premiers romans. C’est un petit avantage que possède celui qui a la primeur de sa personne. C’est un peu la perception mercantile du temps qui passe, le temps comme capital.

Parfois aussi, c’est blasant, l’égoïsme prend le dessus et on devient calculateur. On croit toujours avoir pu faire mieux. Alors on s’efforce de le prouver.

Ils sont des héros astucieux, dont le temps ne laissera que l’audace, mais l’audace, tout de même, demeure. Ça flotte comme ça dans l’air, on se surprend nous-mêmes par exemple à entretenir certaines idées plutôt que d’autres, comme de lire des livres, ou d’appeler «ma pouliche» sa copine au téléphone, sans raisons apparentes. On ne vieillit pas, seules les idées vieillissent.

Tous les jours, on associe la liberté à cette jeunesse, c’est peut-être ce qui fascine: la tête suit le corps qui transgresse le monde adulte, et pourtant, il arrive qu’on s’ennuie, qu’on se sente vieux, qu’on sente les autres vieux. Pourtant il n’y a pas de quoi s’ennuyer, même si le monde qui nous entoure semble parfois avoir perdu tout de son audace. Redéfinir ses idéaux de jeunesse, c’est une liberté accessible à tous, c’est l’histoire de sa vie peut-être.

Une métaphore animale, tirée d’une émission littéraire de France Inter: «Tandis que le porc-épic adulte est sournois, ténébreux, lymphatique et qu’il charge de travers, le jeune porc-épic pour sa part reste un individu particulièrement enjoué.»

Ouais, c’est fascinant. Et ça énerve. Ça nous énerve. Et c’est tant mieux.


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