Éditorial du 30 mars 2007

Numéro 70

30 mars au 5 avril 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 30 mars 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

Quand il s’agit de s’intéresser à la vie culturelle underground de la ville de Québec, on remarque qu’il y est là aussi question de s’affirmer par opposition à l’encontre de Montréal, comme on a pu le faire en politique. Heureusement, c’est loin d’être le cas partout…

e_xavier20.jpg
À moins qu’il n’y ait un «mystère» partout ailleurs qu’à Montréal, à Québec, rien de tel. C’est ce que du moins nous affirme la scène culturelle indépendante, qui crée au contraire toujours plus de liens entre la capitale et la métropole, cela tout simplement afin d’alimenter les salles de spectacles et le public.

Si la confrontation primaire des identités fait rage dans certaines sphères culturelles (pensons à CHOI FM), celle-ci s’intègre aussi très bien dans la vie de chacun. À tout moment, on risque la voir ressurgir, et d’y aller d’une bonne salve méprisante à l’égard de Montréal…

Cette confrontation en effet est inscrite dans le moeurs, que ce soit en entendant certains répéter vainement que Québec c’est trop petit, en faisant le constat perpétuel d’une offre culturelle «limitée», en allant jusqu’à créer sur la radio communautaire une émission qui s’intitulerait «Québec, c’est pas un village» (émission culturelle soit dit en passant). En quelque sorte, un combat semble préexister dans le domaine et bien malgré nous, on le perpétue bien avant avoir réussi à penser les choses autrement.

Ceux qui les pensent autrement, ce sont ceux qui n’agissent que sous une seule inspiration: celle de considérer la ville de Québec comme une ville culturelle à part entière. Faire comme si… C’est-à-dire jouer le jeu, rassembler le public dans ce qu’il a à offrir, et avancer la tête haute.

C’est CHYZ, la radio universitaire, CKRL, la radio communautaire. Ce sont les productions Itinérance, Get a Room, Goego, les festivals, les manifestations artistiques, et tous leurs publics. Ce sont les artistes locaux, les labels, les librairies indépendantes, les bars, les salles de spectacles… Tous croient à cette vie culturelle, que se soit sous des motifs purement mercantiles ou par envie de voir la ville s’affirmer un peu plus…

Voilà peut-être la principale différence avec Montréal qui, contrairement à Québec, s’est fait consacrée «ville culturelle effervescente». La cohésion à Québec est bonne et l’offre culturelle relativement alléchante. Pourtant, les forces sont telles que la consécration de «ville culturelle» pour la ville de Québec doit bien provenir aussi de l’extérieur. Que peut-on espérer de Montréal en la matière?

Car comme les choses sont menées, il sera difficile pour Montréal de reconnaître un jour, en toute humilité, que Québec rayonne telle une métropole. À tort (Montréal a certainement des médias cyniques ou chauvins, ou les deux) et à raison (l’ADQ, CHOI FM, la mairesse Boucher, le RTC, les fans de métal, le 83)…

Chose possible pour Québec, chose faisable, beaucoup y croit. L’anecdote, c’est que comme le fait Québec, la scène locale montréalaise s’interroge aujourd’hui sur ses capacités de se renouveler et de trouver de nouveaux publics. Au fond, les problématiques ne sont pas bien éloignées… sauf dans les proportions, et avec à Québec, une bonne dose de médias culturels indépendant en moins.

Il existe à Québec cette force culturelle vitale qui fait vibrer les cœurs. Pour les acteurs culturels, organisateurs de spectacles et autres, chaque soirée est une occasion de renouer avec une fierté qui est loin d’être celle de Montréal, mais qui est bien réelle, et non une identité bêtement forgée par opposition. En résumé, grâce à la vie culturelle underground de Québec, on peut penser que la ville ne sera pas toujours un gros village polémiste-populiste, mais pourra devenir un jour quelque chose comme une ville ouverte et moderne…

Début mars, TTC passait au Velvet, rue St-Jean. La Ville aurait peut-être dû en profiter et leur demander conseil… Ou, pourquoi pas, leur confier la tâche de rédiger une petite politique culturelle pour son humble et enthousiaste hôte…


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
Sans commentaire

Nous sommes désolés, il n'est pas possible de réagir à cet article pour le moment.